Je n’avais pas besoin qu’Olivia reconnaisse ce que j’avais fait pour elle.
Je n’avais pas besoin qu’elle regrette de m’avoir perdu.
Je voulais simplement reprendre possession de ma vie.
Et, pour la première fois depuis des années, cette vie m’appartenait entièrement.
CHAPITRE 9 — OLIVIA PERD CE QU’ELLE PENSAIT AVOIR CONQUIS
La conférence de presse eut des conséquences immédiates.
Les images de la présentation furent reprises par plusieurs médias spécialisés.
Le nom de Thomas Carter commença à circuler dans le secteur automobile.
Mais ce ne fut pas la seule nouvelle.
Quelques jours plus tard, l’université de Boston annonça l’ouverture d’une procédure d’examen concernant plusieurs éléments de la thèse d’Olivia Parker.
La procédure devait déterminer si certaines contributions intellectuelles avaient été présentées sans reconnaissance suffisante de leur origine.
Olivia fut convoquée.
Elle arriva dans une salle où trois membres du comité l’attendaient.
Son ancien directeur de recherche était également présent.
— Docteure Parker, nous allons examiner plusieurs documents relatifs à vos travaux.
Elle posa son sac.
— Je suis prête à répondre.
Le président du comité ouvrit le premier dossier.
— Nous avons retrouvé des correspondances datant de votre quatrième année de recherche.
Il fit glisser une copie vers elle.
— Pouvez-vous expliquer pourquoi vous avez transmis à un partenaire industriel des dessins provenant des archives de Thomas Carter sans mentionner leur origine ?
Olivia se crispa.
— J’avais accès à ces documents dans le cadre de mes recherches.
— Avez-vous obtenu une autorisation écrite ?
— Non.
— Avez-vous mentionné leur auteur dans votre thèse ?
Elle resta silencieuse.
Le président continua :
— Nous avons également identifié des passages dans lesquels des éléments techniques de M. Carter sont présentés comme des développements originaux de votre travail.
Olivia sentit les larmes monter.
— J’ai effectivement adapté certains modèles.
— Ce n’est pas la question.
Le membre du comité situé à sa gauche prit la parole.
— Avez-vous volontairement dissimulé l’origine de ces travaux afin d’améliorer la valeur académique de votre recherche ?
Olivia regarda ses mains.
Elle aurait pu continuer à nier.
Mais les documents étaient trop nombreux.
Les dates étaient trop précises.
Les ressemblances trop importantes.
Elle finit par murmurer :
— Oui, j’ai commis des erreurs.
Le comité ne répondit pas immédiatement.
L’examen se poursuivit pendant plusieurs heures.
À la fin de la réunion, aucune décision définitive ne fut annoncée.
Mais Olivia fut informée que son doctorat et certaines publications seraient réexaminés selon les règles de l’université.
Lorsqu’elle sortit du bâtiment, elle avait l’impression que le sol se dérobait sous ses pieds.
Son téléphone vibra.
C’était Alexander.
« Nous devons parler. »
Elle l’appela immédiatement.
— Alexander, s’il te plaît, écoute-moi.
— Je t’écoute.
— Je sais que j’ai fait des erreurs.
— Ce n’est pas seulement une question d’erreurs, Olivia.
— Je peux réparer les choses.
— Comment ?
Elle ne sut pas répondre.
Alexander poursuivit :
— Tu m’as menti sur Daniel. Tu m’as menti sur tes recherches. Tu as laissé mon père croire que nous pouvions utiliser ces travaux sans problème juridique.
— Je voulais réussir.
— Et tu pensais que cela justifiait tout ?
Elle se mit à pleurer.
— Je t’aime.
Il resta silencieux.
Puis il répondit :
— Je ne veux pas épouser quelqu’un dont je ne peux pas croire les paroles.
Olivia sentit son cœur se serrer.
— Tu me quittes ?
— Oui.
Il raccrocha.
Elle resta devant l’université, le téléphone contre l’oreille.
Quelques heures plus tard, elle rentra dans l’appartement.
Plusieurs cartons étaient déjà préparés.
Alexander avait demandé à son assistant de récupérer ses affaires personnelles.
Il ne voulait pas de scène.
Il ne voulait pas de dispute.
Il voulait simplement mettre fin à leur relation.
Olivia s’assit sur le canapé.
Elle regarda autour d’elle.
Les meubles.
Les tableaux.
La cuisine.
Tout ce qui lui avait semblé représenter sa réussite.
Elle avait pensé qu’en quittant Daniel, elle accédait à une vie meilleure.
Mais maintenant, elle se retrouvait seule.
Et, pour la première fois, elle repensa réellement aux sacrifices de l’homme qu’elle avait abandonné.
Elle revit les soirs où Daniel rentrait tard.
Les repas qu’il sautait.
La moto qu’il avait vendue.
Le garage de son père.
Elle se souvint d’une nuit où elle avait découvert Daniel endormi sur la table de la cuisine, une facture universitaire à côté de son coude.
Elle l’avait réveillé doucement.
Il lui avait souri.
« Ne t’inquiète pas, Liv. Tout ira bien. »
À l’époque, elle avait trouvé cette phrase rassurante.
Maintenant, elle comprenait qu’il avait probablement peur.
Peur de ne pas réussir à tout payer.
Peur de perdre le seul héritage de son père.
Peur de ne pas être à la hauteur.
Et malgré tout, il avait continué.
Olivia prit son téléphone.
Elle écrivit un message.
« Daniel, je suis désolée. Je sais que cela ne changera rien, mais j’aimerais te parler une dernière fois. »
Elle appuya sur envoyer.
Cette fois, Daniel répondit.
« Je t’écouterai. Mais je ne te promets rien. »
CHAPITRE 10 — LA DERNIÈRE CONVERSATION
Nous nous sommes retrouvés dans un petit café de Boston.
Pas celui où nous nous étions rencontrés.
Un autre.
Un endroit calme, près du jardin public.
Je suis arrivé dix minutes en avance.
Je me suis installé près de la fenêtre.
J’ai commandé un café noir.
À dix heures précises, Olivia est entrée.
Elle semblait différente.
Son visage était fatigué.
Elle ne portait plus ses vêtements luxueux habituels.
Elle avait simplement un manteau gris et un sac à main.
Lorsqu’elle m’aperçut, elle s’arrêta quelques secondes.
Puis elle s’approcha.
— Bonjour, Daniel.
— Bonjour.
Elle s’assit.
Un serveur vint prendre sa commande.
Elle demanda un thé.
Puis le silence s’installa.
Pendant plusieurs minutes, aucun de nous ne parla.
Finalement, elle posa ses mains sur la table.
— Je ne sais pas par où commencer.
Je regardai mon café.
— Commence par la vérité.
Elle inspira profondément.
— J’ai eu tort.
Je ne répondis pas.