CHAPITRE 2 — L’HÉRITAGE QUE MON PÈRE AVAIT CACHÉ
Je me tenais au milieu du campus de l’université de Boston, incapable de faire un pas de plus.
Le message de mon avocat était toujours affiché sur mon téléphone.
DANIEL, NOUS DEVONS ABSOLUMENT NOUS PARLER AU SUJET DU BREVET DE TON PÈRE. UNE OPÉRATION DE 38 MILLIONS DE DOLLARS VIENT DE SE PRÉSENTER. ET IL Y A QUELQUE CHOSE QUE TU DOIS SAVOIR AVANT DE SIGNER QUOI QUE CE SOIT.
J’ai relu le message trois fois.
Un brevet ?
Mon père avait-il réellement déposé un brevet ?
Pendant toutes ces années, j’avais grandi dans son garage. Je l’avais vu réparer des moteurs, fabriquer des pièces avec des morceaux de métal récupérés et passer des nuits entières à dessiner des mécanismes dans ses vieux carnets.
Mais je n’avais jamais imaginé que ses inventions puissent valoir quelque chose.
J’ai immédiatement appelé mon avocat.
— Daniel, enfin. Je commençais à croire que tu ne répondrais pas.
La voix de Richard Hayes était sérieuse.
Richard connaissait mon père depuis presque trente ans. Il avait rédigé son testament et s’était occupé de quelques affaires administratives après sa mort.
— Richard, qu’est-ce qui se passe ? De quel brevet parles-tu ?
Il y eut un silence.
— Je préfère que tu viennes à mon cabinet. Il y a des documents que je dois te montrer. Et je ne veux surtout pas que tu prennes une décision sans les avoir lus.
— Est-ce que c’est lié à mon père ?
— Entièrement.
— Est-ce que je risque quelque chose ?
— Non. Mais tu pourrais découvrir que ton père t’a laissé beaucoup plus que ce garage.
J’ai regardé la bague de fiançailles de ma mère dans ma main.
Quelques heures plus tôt, je pensais avoir tout perdu.
Maintenant, un homme que je connaissais depuis mon enfance me disait que mon père avait peut-être laissé derrière lui quelque chose d’extraordinaire.
— J’arrive demain matin, ai-je répondu.
Je suis rentré dans l’Ohio le soir même.
Le trajet m’a paru interminable.
Chaque kilomètre me ramenait vers des souvenirs que j’avais essayé d’enterrer.
Je revoyais mon père, assis sur son vieux tabouret rouge, une lampe suspendue au-dessus de sa tête. Il avait toujours une tasse de café noir à côté de lui et un crayon coincé derrière l’oreille.
Il disait souvent :
« Danny, un moteur ne ment jamais. Les hommes, eux, savent très bien le faire. »
À l’époque, je trouvais cette phrase amusante.
Je ne savais pas encore à quel point elle allait devenir importante.
Le lendemain, à neuf heures précises, j’entrai dans le cabinet de Richard.
Il m’attendait avec une épaisse chemise cartonnée.
— Assieds-toi.
Je pris place.
Il posa devant moi une photographie ancienne.
C’était mon père, beaucoup plus jeune, debout devant un prototype métallique installé sur un établi.
— Tu reconnais cette machine ?
J’ai froncé les sourcils.
— Pas vraiment. Elle ressemble à un système de diagnostic automobile.
Richard hocha la tête.
— C’est exactement ce que c’est. Mais ce n’est pas un simple appareil de diagnostic.
Il ouvrit la chemise.
À l’intérieur se trouvaient plusieurs documents officiels, des dessins techniques, des courriers et une copie d’un brevet américain.
Le nom inscrit sur la première page était celui de mon père.
THOMAS CARTER.
Je me suis redressé.
— Attends. Mon père a inventé ça ?
— Oui. Ton père a consacré près de quinze ans au développement de ce système.
Richard fit glisser un schéma vers moi.
— Il s’agit d’une technologie capable d’analyser en temps réel les performances d’un moteur, de détecter certaines défaillances avant qu’elles ne deviennent critiques et d’optimiser la consommation énergétique d’un véhicule.
Je regardais les dessins sans comprendre toute leur portée.
— Pourquoi ne m’a-t-il jamais parlé de ça ?
— Il t’en a probablement parlé sans entrer dans les détails. Ton père était un homme prudent. Il n’aimait pas attirer l’attention.
Richard prit une profonde inspiration.
— Il avait déposé une première demande de brevet plusieurs années avant sa mort. Ensuite, il avait travaillé sur une version améliorée. Cette seconde version est protégée par un brevet distinct et plusieurs documents techniques confidentiels.
— Et pourquoi est-ce que tu m’en parles seulement maintenant ?
Richard baissa les yeux.
— Parce que ton père m’avait demandé de ne pas te révéler l’existence de la dernière version avant que tu sois prêt à prendre tes responsabilités.
— Prêt à quoi ?
— À décider si tu voulais poursuivre son travail ou le laisser définitivement derrière toi.
Je me suis passé une main sur le visage.
Tout cela me semblait irréel.
Mon père était mort depuis trois ans. J’avais vendu son garage depuis plusieurs mois pour payer les études d’Olivia. Et maintenant, j’apprenais que son travail pouvait avoir une valeur considérable.
— Combien vaut ce brevet ?
Richard ne répondit pas immédiatement.
Il sortit une autre feuille.
— Une société spécialisée dans les technologies automobiles a effectué une première évaluation indépendante. Selon ses estimations, la propriété intellectuelle de ton père pourrait représenter entre trente et cinquante millions de dollars dans le contexte actuel du marché.
J’ai laissé échapper un rire nerveux.
— Tu plaisantes ?
— Non.
— Trente-huit millions ?
Richard acquiesça.
— C’est précisément le montant proposé par Whitmore Technologies pour acquérir une licence exclusive mondiale sur la technologie.
Je me suis figé.
Whitmore Technologies.
Le nom résonna dans ma tête.
Alexander Whitmore.
L’homme qui avait posé sa main autour de la taille d’Olivia quelques heures plus tôt.
L’homme devant lequel elle avait prétendu que je n’étais qu’un ancien ami.
J’ai lentement reposé le document.
— C’est la société de son père ?
Richard me regarda attentivement.
— Tu connais les Whitmore ?
— Je connais leur fils.
Il comprit immédiatement que quelque chose n’allait pas.
— Daniel, écoute-moi bien. Nous ne savons pas encore pourquoi cette société s’intéresse autant au brevet de ton père. Mais son directeur juridique a insisté pour rencontrer personnellement l’héritier.
— Et qui est le directeur juridique ?