— Non…
Elle se mit à faire les cent pas.
Comment était-ce possible ?
Daniel n’était qu’un mécanicien.
Il n’avait jamais parlé de technologie révolutionnaire.
Il n’avait jamais mentionné de brevet.
Il travaillait dans un garage, réparait des voitures et passait ses journées avec des clients qui ne connaissaient même pas la valeur de son travail.
Comment pouvait-il être propriétaire d’un actif aussi important ?
Elle prit son téléphone et chercha son numéro.
Ses doigts hésitèrent au-dessus de l’écran.
Elle n’avait pas appelé Daniel depuis la cérémonie.
Elle avait même supprimé plusieurs anciennes conversations pour éviter que leur histoire ne réapparaisse lorsqu’Alexander utiliserait son téléphone.
Finalement, elle appuya sur appeler.
Une sonnerie.
Deux sonneries.
Trois sonneries.
Puis sa messagerie.
Elle raccrocha.
Elle essaya une deuxième fois.
Même résultat.
Elle lui envoya un message.
« Daniel, c’est Olivia. Il faut qu’on parle. C’est important. Appelle-moi dès que possible. »
Elle fixa l’écran.
Aucune réponse.
Dans le même temps, au siège de Whitmore Technologies, Alexander venait de découvrir le dossier complet.
Son père, Richard Whitmore, était assis derrière un grand bureau en bois sombre.
À soixante-trois ans, il dirigeait un empire technologique qui employait plusieurs milliers de personnes.
Il n’était pas connu pour sa patience.
— Tu as lu le rapport ? demanda-t-il.
Alexander acquiesça.
— Oui.
— Et ?
— Le brevet est beaucoup plus intéressant que prévu.
Richard fit tourner un stylo entre ses doigts.
— Nous devons l’obtenir avant la fin du trimestre.
— Le propriétaire est Daniel Carter.
Le visage de son père resta impassible.
— Tu le connais ?
— Pas personnellement. Mais il est lié à Olivia.
— La jeune chercheuse ?
— Oui. Ils ont étudié ensemble dans l’Ohio. Elle affirme qu’ils n’étaient que des amis.
Richard posa son stylo.
— Et tu lui fais confiance ?
Alexander fronça les sourcils.
— Pourquoi cette question ?
— Parce que cette technologie pourrait nous rapporter plusieurs centaines de millions de dollars à long terme. Je ne veux aucune surprise.
Alexander ouvrit le dossier technique.
— Le système de Carter est particulièrement intéressant pour nos véhicules commerciaux. Il pourrait réduire les coûts d’exploitation, améliorer la maintenance prédictive et nous donner une avance considérable sur nos concurrents.
— Alors achète-le.
— Le propriétaire ne semble pas pressé.
Richard sourit froidement.
— Tout le monde a un prix.
Alexander tourna une page.
Puis il remarqua une note confidentielle.
Conseillère scientifique susceptible d’être associée au projet : Dr Olivia Parker.
Il leva les yeux.
— Pourquoi Olivia apparaît-elle dans le dossier ?
Richard consulta la page.
— Elle a travaillé sur un sujet de recherche proche de cette technologie pendant son doctorat.
Alexander se pencha.
— Tu veux dire que ses recherches pourraient être liées au brevet ?
— C’est ce que notre département scientifique doit déterminer.
Alexander se redressa.
Pour la première fois, il commença à comprendre pourquoi son père avait insisté pour examiner personnellement ce dossier.
Il prit son téléphone et appela Olivia.
— Bonjour, mon amour.
— Alexander, j’ai reçu un courriel concernant le brevet Carter.
Il marqua une pause.
— Tu l’as déjà consulté ?
— Oui. Le propriétaire s’appelle Daniel Carter.
— Je sais.
Un silence.
— Tu savais qu’il s’agissait de lui ? demanda Olivia.
— Je viens de l’apprendre.
Elle inspira profondément.
— Il faut que je te parle de Daniel.
— De quoi exactement ?
— Nous avons eu une histoire.
Alexander ne répondit pas immédiatement.
— Une histoire ?
— Nous avons été ensemble pendant plusieurs années.
Il resta silencieux.
Puis il demanda :
— Combien d’années ?
Olivia ferma les yeux.
— Six.
Alexander posa son téléphone sur son bureau.
— Tu m’avais dit que c’était un ami d’enfance.
— Je ne voulais pas compliquer les choses.
— Tu as passé six ans avec lui et tu as oublié de me le dire ?
— Alexander, ce n’est pas aussi simple.
— Alors explique-moi.
Elle chercha ses mots.
— Il m’a aidée pendant mes études. Il a fait beaucoup de sacrifices pour moi. Mais nous n’étions plus compatibles.
Alexander se mit à rire sans joie.
— Et tu as décidé de me présenter comme son ancienne amie ?
— Je voulais éviter une scène à la cérémonie.
— Une scène ?
Il se leva.
— Olivia, tu lui as parlé comme s’il était un inconnu.
Elle ne répondit pas.
— Et maintenant, cet homme détient un brevet que mon père veut acheter pour trente-huit millions de dollars.
— Je sais.
Alexander se rapprocha de la fenêtre.
— Tu vas participer à la réunion demain.
— Pourquoi ?
— Parce que tu connais son histoire. Et parce que nous devons comprendre comment il travaille.
Olivia hésita.
— Tu veux que je le rencontre ?
— C’est exactement ce que je veux.
Il raccrocha.
Olivia resta assise sur le bord du lit.
Elle regarda une photographie prise le jour de sa remise de diplôme.
Alexander l’entourait de son bras.
Elle souriait.
Mais, dans le reflet de la vitre derrière eux, on distinguait un homme qui s’éloignait avec des roses à la main.
Daniel.
Pour la première fois depuis longtemps, elle éprouva quelque chose qui ressemblait à de la peur.
CHAPITRE 4 — LE RETOUR DU MÉCANICIEN
Deux semaines passèrent.
Pendant ce temps, je n’avais pas répondu aux messages d’Olivia.
Je travaillais avec Richard et une équipe d’experts indépendants pour comprendre les droits liés au brevet de mon père.
Nous avions également retrouvé plusieurs carnets dans un ancien coffre bancaire.
Ces documents contenaient les dernières améliorations techniques de Thomas Carter.
Certaines annotations étaient difficiles à comprendre.
D’autres étaient remarquablement précises.
Mon père avait passé des années à perfectionner un système capable d’anticiper les défaillances mécaniques en analysant des variations de température, de pression et de vibrations.
Il n’avait pas seulement inventé un appareil.
Il avait imaginé une architecture technologique complète.
Et il avait volontairement conservé certaines informations dans des documents confidentiels.
Richard m’expliqua que mon père avait tenté, plusieurs années auparavant, de négocier avec une grande entreprise automobile.