Le nom d’Olivia apparaissait dans les échanges ultérieurs.
Elle avait été identifiée comme une chercheuse potentiellement capable de reprendre certains éléments du projet.
Je fixai le document.
Tout devenait plus clair.
Elle n’avait peut-être pas seulement utilisé les recherches de mon père pour terminer son doctorat.
Elle avait également pu devenir une passerelle entre ses travaux et une entreprise qui cherchait depuis longtemps à obtenir cette technologie.
Mais nous ne disposions pas encore de toutes les preuves.
Je ne voulais pas transformer des soupçons en accusations.
Nous avons donc demandé une expertise indépendante.
Pendant plusieurs semaines, des spécialistes comparèrent les carnets originaux de mon père, les versions successives de la thèse d’Olivia et les documents internes de Whitmore.
Le rapport final fut sans appel sur un point essentiel :
Plusieurs éléments techniques présents dans les travaux d’Olivia provenaient de documents antérieurs rédigés par Thomas Carter.
Certaines adaptations avaient été réalisées par Olivia.
Mais les fondements du modèle prédictif existaient déjà dans les carnets de mon père.
L’expert soulignait également que l’absence de citation et d’autorisation soulevait de sérieuses questions concernant la propriété intellectuelle.
Ce rapport ne suffisait pas, à lui seul, à établir une fraude universitaire ou une responsabilité pénale.
Mais il suffisait à justifier une enquête approfondie.
Et cette enquête allait bientôt être rendue publique.
CHAPITRE 8 — LA VÉRITÉ DEVANT TOUT LE MONDE
Deux mois après la cérémonie de remise des diplômes, Whitmore Technologies organisa une conférence de presse.
L’entreprise souhaitait présenter son nouveau programme de partenariat technologique.
La salle était remplie de journalistes, d’investisseurs et de responsables du secteur automobile.
J’étais assis au premier rang avec Richard Hayes.
Pour la première fois de ma vie, je me retrouvais devant des dizaines de caméras.
Je n’étais pas particulièrement à l’aise.
J’aurais préféré être dans un atelier, les mains occupées à réparer un moteur.
Mais j’avais accepté de participer pour une raison.
Je voulais que le nom de mon père soit reconnu.
Alexander monta sur scène.
Il prit le micro.
— Mesdames et messieurs, merci d’être présents.
Il présenta brièvement l’évolution du secteur automobile et les défis liés à la maintenance prédictive.
Puis il annonça :
— Aujourd’hui, Whitmore Technologies est fière de présenter un partenariat stratégique avec le propriétaire des brevets développés par Thomas Carter, inventeur indépendant et mécanicien de l’Ohio.
Un écran s’alluma derrière lui.
Une photographie de mon père apparut.
Je reconnus immédiatement son sourire.
Il portait sa vieille chemise de travail et se tenait devant son garage.
Pendant quelques secondes, la salle resta silencieuse.
Alexander poursuivit :
— Thomas Carter a consacré une grande partie de sa vie à développer une technologie destinée à rendre les systèmes mécaniques plus fiables et plus accessibles. Son travail n’a pas reçu la reconnaissance qu’il méritait de son vivant.
Il marqua une pause.
— Nous avons donc décidé de structurer notre partenariat de manière à préserver ses droits fondamentaux et à reconnaître l’origine de ses recherches.
Puis il se tourna vers moi.
— J’aimerais inviter son fils, Daniel Carter, à nous rejoindre.
Je montai sur scène.
Les applaudissements résonnèrent dans la salle.
Alexander me tendit le micro.
Je regardai la photographie de mon père.
Je ne pensais pas aux trente-huit millions de dollars.
Je pensais à ses mains couvertes d’huile.
À ses vieux outils.
À toutes ces nuits où il avait travaillé sans savoir si quelqu’un reconnaîtrait un jour la valeur de ses efforts.
Je pris une inspiration.
— Mon père n’a jamais été un homme célèbre. Il n’a jamais possédé de grande entreprise. Il n’a jamais eu de bureau au trente-deuxième étage d’un immeuble.
Quelques personnes sourirent.
Je continuai :
— Il avait un petit garage dans l’Ohio. Il réparait les voitures des voisins, aidait les gens qui n’avaient pas beaucoup d’argent et passait ses nuits à dessiner des inventions sur de vieux cahiers.
Je regardai le public.
— Il m’a appris que le travail honnête n’est jamais inférieur à celui des autres. Et il m’a appris qu’une invention ne vaut pas seulement par l’argent qu’elle peut rapporter, mais aussi par les vies qu’elle peut améliorer.
Je marquai une pause.
— Je suis ici aujourd’hui pour que son nom reste attaché à son travail.
Les applaudissements reprirent.
Puis un journaliste leva la main.
— Monsieur Carter, pouvez-vous confirmer que la transaction représente trente-huit millions de dollars ?
Je répondis calmement :
— Le montant de référence du partenariat est bien de trente-huit millions de dollars, sous réserve des conditions contractuelles et des étapes prévues dans l’accord.
Un autre journaliste prit la parole.
— Est-il vrai que vous avez financé les études doctorales d’Olivia Parker, qui a ensuite travaillé sur une technologie similaire ?
La salle se figea légèrement.
Je regardai Alexander.
Il ne semblait pas surpris.
Je répondis :
— J’ai effectivement soutenu financièrement une personne pendant plusieurs années. Je ne regrette pas d’avoir aidé quelqu’un à poursuivre ses études. En revanche, je pense que le travail d’un inventeur doit être reconnu, quelle que soit sa situation financière.
Le journaliste insista :
— Vous faites référence à Olivia Parker ?
Je gardai mon calme.
— Je ne souhaite pas transformer cette conférence en règlement de comptes personnel. Les questions relatives aux recherches universitaires sont examinées par les instances compétentes.
Une autre journaliste leva la main.
— Mais vous avez été en couple pendant six ans ?
Je regardai le public.
Puis je répondis :
— Oui.
Le silence fut total.
— Et vous l’avez présentée comme votre fiancée lors de sa remise de diplôme ?
Je pris quelques secondes avant de répondre.
— Je suis venu la féliciter. J’avais apporté des fleurs et une bague. Elle a préféré me présenter comme un ami.
Plusieurs personnes échangèrent des regards.
Je poursuivis :
— C’est son choix. Je ne suis pas ici pour lui demander de changer d’avis. Je suis ici pour parler du travail de mon père.
Je reposai le micro.
Mais cette fois, je ne repartis pas avec la tête baissée.
J’avais compris quelque chose.