Il resta silencieux.

— Cédric, regarde-moi.

Il finit par lever les yeux.

— Oui, nous avons parlé de cette possibilité.

— Et pourquoi ne m’en as-tu pas parlé directement ?

Il ne répondit pas.

Valentine intervint :

— Parce que vous auriez refusé, comme toujours.

Je la regardai.

— Tu viens de répondre à ma question.

Elle fronça les sourcils.

— Comment ça ?

— Vous saviez que je n’aurais pas accepté. Alors vous avez préparé un document que vous espériez me faire signer sans que je comprenne réellement toutes ses conséquences.

— C’est faux !

Je me levai.

— Cette conversation est terminée.

Valentine se leva également.

— Vous ne pouvez pas nous faire partir comme ça !

Je lui répondis calmement :

— Je ne vais pas discuter de votre départ avec toi dans ces conditions. Les questions concernant votre hébergement seront réglées dans le respect de la loi. Mais je ne vous autoriserai plus à intervenir dans mes affaires personnelles ou professionnelles.

Elle se tourna vers Cédric.

— Tu entends ça ? Ta mère veut nous détruire !

Cédric ne bougea pas.

Je compris qu’il était pris entre deux vérités qu’il ne voulait pas regarder.

Je leur demandai de quitter mon bureau.

Cette fois, ils partirent sans répondre.

Chapitre 9 — Le témoignage inattendu

Une semaine passa.

Le cabinet d’audit continuait son travail.

Je ne cherchais plus à obtenir des explications de Cédric.

J’attendais les conclusions.

Puis, un mardi matin, une femme se présenta à l’accueil de mon entreprise.

Elle s’appelait Élodie Martin.

La sœur de Valentine.

Elle demanda à me rencontrer personnellement.

Lorsque Claire m’annonça sa présence, je fus surprise.

— Elle est seule ?

— Oui.

— Faites-la entrer.

Élodie entra quelques minutes plus tard.

Elle semblait épuisée.

Ses cheveux étaient attachés à la hâte. Elle tenait un sac à main contre elle et évitait mon regard.

— Bonjour, madame Moreau.

Je lui indiquai une chaise.

— Bonjour, Élodie. Que puis-je faire pour vous ?

Elle prit une profonde inspiration.

— Je suis venue vous parler de ma sœur.

Je restai silencieuse.

— Je sais que vous avez découvert certaines choses concernant Valmont Conseil.

Je ne répondis pas.

Elle poursuivit :

— Je ne suis pas venue pour me justifier. Je suis venue parce que je ne veux plus porter la responsabilité de ce qu’elle a fait.

Je la regardai attentivement.

— Que veux-tu dire ?

Elle sortit une enveloppe de son sac.

— Il y a plusieurs mois, Valentine m’a demandé de créer une société de conseil. Elle disait que Cédric avait besoin d’un partenaire extérieur pour certains projets.

— Tu savais que l’entreprise de Cédric était concernée ?

— Oui.

— Et tu savais que les contrats étaient rémunérés ?

Elle baissa les yeux.

— Oui.

Je restai calme.

— Pourquoi as-tu accepté ?

Elle sembla hésiter.

— Au début, je pensais que tout était légal. Valentine me disait que Cédric avait l’autorisation de travailler avec nous. Elle me disait que vous étiez d’accord.

— Je ne l’étais pas.

— Je le sais maintenant.

Elle ouvrit l’enveloppe.

À l’intérieur se trouvaient plusieurs copies de factures, des échanges de courriels et des relevés de paiements.

Je parcourus les documents.

Certains montants correspondaient aux opérations déjà identifiées.

D’autres étaient nouveaux.

— Pourquoi me remets-tu cela ?

Élodie baissa la tête.

— Parce que Valentine m’a demandé récemment de détruire les anciens dossiers. Elle disait que l’audit allait bientôt s’intéresser à notre société.

Je levai les yeux.

— Et tu as refusé ?

Elle acquiesça.

— Oui. Je lui ai dit que je ne voulais pas être impliquée dans quelque chose d’illégal.

Elle eut un petit rire triste.

— Elle m’a répondu que si je parlais, je détruirais sa vie et celle de Cédric.

Je refermai le dossier.

— Sais-tu si Cédric était au courant ?

Elle hésita longtemps.

— Oui. Il savait que certains paiements étaient destinés à financer leur installation future.

Je sentis mon cœur se serrer.

— Leur appartement ?

Elle acquiesça.

— Oui.

Puis elle ajouta quelque chose qui me glaça.

— Mais il y a une autre chose.

Je la regardai.

— Laquelle ?

— Valentine voulait également obtenir une procuration sur vos biens.

Je gardai le silence.

Élodie poursuivit :

— Elle pensait que vous finiriez par accepter si Cédric vous le demandait au bon moment.

— Et pourquoi aurait-elle voulu cette procuration ?

Elle hésita.

— Elle parlait de vendre certains biens immobiliers pour financer un projet.

— Quel projet ?

— Une société d’investissement qu’elle voulait créer avec Cédric.

Je me penchai.

— Élodie, sais-tu si Cédric était au courant de tout cela ?

Elle essuya une larme.

— Je crois qu’il savait une partie des choses. Mais je ne sais pas s’il connaissait tous les détails.

Je regardai les documents.

Je n’étais pas en train d’écouter une simple querelle familiale.

J’étais face à une situation qui pouvait avoir des conséquences juridiques importantes.

Je pris une décision.

— Ces documents doivent être remis directement à mon avocat. Je ne veux pas que tu prennes de risques en manipulant quoi que ce soit. Nous allons faire les choses correctement.

Elle acquiesça.

Puis elle se leva.

Avant de partir, elle se retourna.

— Madame Moreau, je voudrais vous dire quelque chose.

— Je t’écoute.

— Ce que Valentine vous a fait le soir de votre anniversaire… je savais qu’elle pouvait être dure, mais je n’aurais jamais pensé qu’elle irait aussi loin.

Je la regardai.

— Pourquoi ne lui as-tu jamais parlé de son comportement ?

Elle baissa les yeux.

— Parce que j’ai longtemps eu peur d’elle.

Je ne répondis pas.

Elle quitta le bureau.

Et je compris que la vérité était probablement encore plus compliquée que ce que j’imaginais.

Chapitre 10 — Le dernier mensonge

Le rapport final de l’audit arriva trois semaines plus tard.

Je le lus dans mon bureau, en présence de Maître Delmas et de Claire.

Les conclusions étaient sérieuses.