Je ne voulais pas que tout ce que j’avais construit disparaisse dans une succession de conflits familiaux.

Je voulais donner un sens à mon travail.

Mais avant cela, il restait une vérité à découvrir.

Et cette vérité concernait Valentine.

Chapitre 7 — Le document que Valentine voulait faire signer

Deux jours après la réunion du conseil, je reçus un appel de Maître Delmas.

— Hélène, nous avons un problème.

Je me redressai.

— Quel genre de problème ?

— Votre fils a demandé l’accès à plusieurs dossiers anciens. Il affirme vouloir préparer sa défense.

— A-t-il le droit de le faire ?

— Il peut demander les documents auxquels il a légalement accès, mais nous avons sécurisé les archives sensibles conformément aux procédures.

Je compris.

— Que cherchez-vous à me dire ?

Il marqua une pause.

— Le cabinet d’audit a découvert un document supplémentaire. Il s’agit d’une procuration préparée il y a environ six mois.

Je fronçai les sourcils.

— Une procuration ?

— Oui. Elle aurait permis à une personne de gérer certaines opérations patrimoniales en votre nom.

— Qui était cette personne ?

— Valentine.

Je restai figée.

— C’est impossible.

— Le document n’a jamais été enregistré. Mais nous avons retrouvé plusieurs versions électroniques dans les dossiers professionnels de votre fils.

Je sentis mon cœur battre plus vite.

— Et ma signature ?

— Une version comporte une reproduction de votre signature.

Je fermai les yeux.

Je me souvenais parfaitement de cette période.

Six mois plus tôt, Valentine m’avait demandé de signer plusieurs documents concernant une éventuelle réorganisation patrimoniale.

Elle avait prétendu vouloir m’aider à préparer ma retraite.

Elle avait même proposé de contacter un notaire.

Je n’avais finalement rien signé.

J’avais trouvé les documents trop vagues.

À l’époque, elle avait semblé contrariée.

Je compris maintenant pourquoi.

— Maître Delmas, je veux une copie de chaque version.

— Bien sûr.

— Et je souhaite que nous vérifiions si ce document a été transmis à une banque ou à un établissement extérieur.

— Nous allons le faire.

Après avoir raccroché, je restai immobile.

Je pensais à Valentine, à ses paroles, à son comportement, à cette manière qu’elle avait de me regarder comme si j’étais déjà incapable de prendre mes propres décisions.

Ce n’était plus seulement une affaire de mauvaise éducation.

Il pouvait s’agir d’une tentative d’obtenir un contrôle sur mon patrimoine.

Vers quinze heures, je reçus un message de Jacqueline.

« Hélène, j’ai quelque chose à te montrer. Peux-tu me rappeler ? »

Je l’appelai immédiatement.

— Que se passe-t-il ?

— J’ai retrouvé une photo de la soirée. Je l’avais prise avant le dîner.

— Et ?

— Regarde bien ce qui se trouve derrière Valentine.

Elle m’envoya la photographie.

Je l’ouvris.

On y voyait Valentine près de la cheminée, quelques minutes avant l’incident.

Elle tenait une feuille de papier.

Sur le coin du document, je distinguais un logo.

Celui de Moreau Immobilier.

Je zoomai.

C’était une page imprimée provenant de notre service juridique.

Je reconnus immédiatement le titre.

« Projet de mandat de représentation patrimoniale ».

Je sentis mes jambes devenir faibles.

Valentine avait donc apporté ce document à mon anniversaire.

Pourquoi ?

Pour me le faire signer ?

Pour me présenter ses projets après le repas ?

Ou pour profiter de la présence des invités afin de me mettre la pression ?

Je n’en savais rien.

Mais je commençais à comprendre que l’humiliation de cette soirée n’était peut-être pas un incident isolé.

Elle avait peut-être été précédée d’une stratégie.

Chapitre 8 — La confrontation

Le lendemain, je demandai à Cédric et Valentine de venir dans mon bureau.

Je ne voulais pas les recevoir dans le salon.

Je voulais que cette conversation ait lieu dans un endroit neutre.

Ils arrivèrent ensemble.

Valentine portait une robe noire et des lunettes de soleil qu’elle retira en entrant.

Cédric semblait nerveux.

Je posai trois dossiers sur la table.

— Asseyez-vous.

Valentine regarda les documents.

— Encore une réunion ?

Je ne répondis pas.

J’ouvris le premier dossier.

— Il s’agit des contrats conclus avec Valmont Conseil.

Puis le deuxième.

— Voici les paiements vers Horizon Patrimoine.

Enfin, je sortis le troisième.

— Et voici un projet de procuration qui aurait permis à Valentine de gérer certaines opérations en mon nom.

Cédric pâlit.

Valentine, elle, resta étonnamment calme.

— Je ne vois pas où est le problème.

Je la regardai.

— Tu as préparé un document utilisant une reproduction de ma signature.

— C’était simplement un projet.

— Pourquoi mon nom y figure-t-il ?

— Parce que vous deviez le signer.

— Je n’ai jamais accepté de te donner une procuration.

Elle croisa les bras.

— Vous n’avez pas voulu comprendre que nous essayions de vous aider.

Je sentis une colère froide monter.

— M’aider à quoi ?

— À organiser vos affaires. Vous êtes âgée. Vous avez beaucoup de responsabilités. Il serait normal que quelqu’un vous accompagne.

Je la regardai longuement.

— Quelqu’un comme toi ?

Elle ne répondit pas.

Cédric prit la parole.

— Maman, il faut arrêter de dramatiser. Valentine voulait simplement faciliter les choses.

— Faciliter quoi ?

Il soupira.

— La gestion de tes biens.

Je posai mes mains sur la table.

— Cédric, tu comprends ce que signifie une procuration ?

Il baissa les yeux.

— Oui.

— Alors tu comprends aussi pourquoi je n’ai jamais voulu signer ce document.

Valentine se redressa.

— Vous voyez toujours des complots partout.

Je lui tendis la photographie.

— Jacqueline a pris cette photo pendant mon anniversaire. On t’y voit avec le document à la main.

Elle regarda l’image.

Pour la première fois, son assurance sembla vaciller.

— Je ne sais pas ce que vous essayez de prouver.

— Je n’essaie pas de prouver quoi que ce soit. Je veux simplement comprendre pourquoi ce document se trouvait chez toi.

Elle posa la photographie.

— Parce que Cédric voulait que nous puissions organiser notre avenir.

Je tournai la tête vers mon fils.

— Est-ce vrai ?