— Tu ne comprends pas ? Elle pourrait avoir des problèmes avec cette histoire.

— Et moi, tu crois que je n’ai pas eu de problèmes hier soir ?

Il soupira.

— Maman, je t’ai dit de faire un effort. Pourquoi faut-il toujours que tu compliques les choses ?

Je sentis mes doigts se crisper.

— Cédric, hier, ta femme a jeté six heures de travail à la poubelle devant vingt personnes. Elle m’a insultée dans ma propre maison. Elle a prétendu que cette maison lui appartenait autant qu’à moi. Et toi, tu lui as donné raison.

— Elle était stressée.

— Et moi, j’étais quoi ?

Il ne répondit pas.

— J’étais ta mère, Cédric. C’était mon anniversaire. J’avais préparé ce repas pour vous tous.

Il détourna les yeux.

— Nous avons d’autres choses à gérer.

Cette phrase me fit presque sourire.

Même à cet instant, il ne semblait pas comprendre.

— Tu as raison. Nous avons effectivement beaucoup de choses à gérer. C’est pourquoi tu dois être au siège de l’entreprise à neuf heures trente.

Il fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

— Une réunion extraordinaire du conseil d’administration.

Son expression changea.

— Quel conseil ?

— Celui dont tu fais partie depuis quinze ans.

Il resta silencieux quelques secondes.

— Tu as organisé une réunion sans m’en parler ?

— Tu recevras les documents nécessaires.

— Maman, qu’est-ce que tu prépares ?

Je le regardai calmement.

— Quelque chose que j’aurais dû faire depuis longtemps.

Puis je refermai doucement la porte.

Cette fois, il ne frappa pas.

Chapitre 2 — Le secret des quinze dernières années

À huit heures, je descendis prendre mon petit-déjeuner.

Valentine était déjà dans la cuisine.

Elle portait un peignoir beige et consultait son téléphone. Devant elle se trouvait une tasse de café qu’elle avait préparée avec ma machine.

Elle leva les yeux lorsque j’entrai.

— Ah, vous voilà.

Je ne répondis pas.

Elle posa son téléphone.

— Je pense que nous devons clarifier certaines choses.

Je m’assis à l’autre extrémité de la table.

— Je t’écoute.

Elle croisa les jambes.

— Hier soir, vous avez dépassé les limites. Je peux comprendre que vous ayez été contrariée, mais me gifler devant nos invités était totalement inacceptable.

— Tu as raison sur un point. Je n’aurais pas dû te frapper.

Elle ne s’attendait manifestement pas à ce que je reconnaisse ma faute.

Son expression se détendit légèrement.

— Bien. Je suis contente que vous le reconnaissiez.

Je poursuivis :

— Mais cela ne change rien à ce que tu as fait. Tu as humilié une femme de soixante-dix ans dans sa propre maison. Tu as détruit son repas d’anniversaire et tu as prétendu avoir des droits sur un bien qui ne t’appartient pas.

Son sourire disparut.

— Cédric et moi sommes mariés.

— Je le sais.

— Nous formons une famille.

— Une famille ne se construit pas en piétinant les autres.

Elle posa sa tasse avec un bruit sec.

— Vous devriez faire attention à ce que vous dites. Cédric n’est plus un enfant. Il a des responsabilités, une carrière et une réputation.

— Je suis parfaitement au courant.

— Alors vous devriez peut-être comprendre que votre comportement pourrait avoir des conséquences sur son avenir.

Je levai les yeux vers elle.

— Tu parles de son avenir professionnel ?

Elle acquiesça.

— Oui. Il est directeur depuis quinze ans. Il a des relations importantes. Il est respecté dans son milieu. Vous ne pouvez pas vous permettre de le mettre dans une situation embarrassante.

Je la regardai longuement.

Il était fascinant de constater à quel point cette femme était convaincue que tout tournait autour de son mari.

— Valentine, tu sais combien de temps j’ai travaillé pour construire cette entreprise ?

Elle haussa les épaules.

— Je sais que vous avez créé une agence.

— Une agence qui, aujourd’hui, possède plusieurs filiales et gère des actifs immobiliers considérables. Une entreprise qui emploie plus de cent personnes. Une entreprise que j’ai construite pendant trente-cinq ans.

Elle consulta son téléphone.

— Je ne vois pas le rapport.

— C’est précisément ce qui m’inquiète.

Je me levai.

— Tu devrais préparer tes affaires.

Son visage se ferma.

— Vous êtes sérieuse ?

— Absolument.

— Vous ne pouvez pas nous mettre dehors comme ça !

— Je n’ai encore pris aucune décision concernant les formalités de votre départ. Mais vous devez comprendre que cette situation ne peut plus durer.

Elle se leva à son tour.

— Cédric ne vous laissera jamais faire.

Je pris mon sac à main.

— Nous verrons.

Avant de quitter la cuisine, je me retournai.

— Une dernière chose, Valentine. Si tu tiens tant à la réputation professionnelle de ton mari, tu ferais mieux de lui conseiller d’être honnête lors de la réunion de ce matin.

Elle pâlit légèrement.

Je ne savais pas encore si cette réaction était liée à mes paroles ou à quelque chose qu’elle redoutait déjà.

Mais je commençais à comprendre que mon enquête avait peut-être mis au jour bien plus qu’une simple affaire de mauvaise gestion.

À neuf heures dix, j’arrivai au siège de Moreau Immobilier.

Le bâtiment se trouvait dans le quartier des affaires, dans un immeuble moderne dont nous avions acquis les bureaux principaux douze ans auparavant.

À mon arrivée, Claire m’attendait dans le hall.

Elle avait travaillé à mes côtés pendant dix-huit ans. Je l’avais recrutée lorsqu’elle sortait tout juste de l’université. Aujourd’hui, elle était directrice financière et l’une des rares personnes en qui j’avais une confiance absolue.

— Bonjour, Hélène.

Elle m’embrassa.

— Comment allez-vous ?

— Je suis fatiguée, Claire. Mais je suis prête.

Elle baissa légèrement la voix.

— Nous avons reçu les derniers relevés du cabinet d’audit.

Je m’arrêtai.

— Et ?

Elle me tendit une chemise cartonnée.

— Ils ont retrouvé un nouveau transfert. Celui-ci est particulièrement important.

J’ouvris le dossier.

Le montant était de 280 000 euros.

Le bénéficiaire était une société appelée Valmont Conseil.

Je parcourus les informations.