Le siège social se trouvait à une adresse de domiciliation à Lyon.

L’entreprise avait été créée deux ans auparavant.

Son activité déclarée concernait le conseil en développement immobilier.

Je tournai la page.

Un nom apparut dans les documents administratifs.

Élodie Martin.

Je connaissais ce nom.

C’était la sœur de Valentine.

Je relevai lentement les yeux.

— Claire, depuis quand cette société travaille-t-elle avec nous ?

— Officiellement, depuis dix-huit mois.

— Qui a autorisé les contrats ?

Elle hésita.

— Cédric.

Je refermai le dossier.

— Et les paiements ?

— Ils ont été validés par son service. Certains portent également une autorisation électronique attribuée à votre compte.

Je sentis mon estomac se nouer.

— Mon compte ?

Claire acquiesça.

— Mais les journaux de connexion montrent que les validations ont été effectuées depuis un ordinateur situé dans le bureau de votre fils.

Je restai silencieuse.

Je n’étais pas encore prête à accuser Cédric de détournement de fonds.

Il pouvait exister une explication.

Je voulais encore croire qu’il y en avait une.

Claire posa doucement sa main sur mon bras.

— Hélène, je sais que c’est difficile. Mais vous devez être prête à entendre ce qui va être présenté aujourd’hui.

— Je le suis.

Nous prîmes l’ascenseur.

Au dernier étage, plusieurs administrateurs étaient déjà réunis.

Parmi eux se trouvaient Paul Garnier, notre directeur juridique, et Sophie Lambert, administratrice indépendante depuis six ans.

Lorsque j’entrai, ils se levèrent.

— Bonjour, Hélène.

Je les saluai un par un.

Quelques minutes plus tard, la porte s’ouvrit.

Cédric entra.

Il portait un costume bleu marine parfaitement ajusté. Sa montre brillait sous les lumières de la salle.

Il semblait avoir retrouvé toute son assurance.

— Bonjour à tous, lança-t-il.

Puis il me regarda.

— Maman, nous pourrions peut-être régler cette affaire en privé.

Je lui désignai une chaise.

— Nous sommes ici pour parler de l’entreprise.

Il s’assit.

À neuf heures trente précises, Maître Delmas entra dans la salle.

Il posa sa mallette sur la table et sortit plusieurs documents.

— Mesdames et messieurs, merci d’avoir répondu à cette convocation. Cette réunion extraordinaire concerne plusieurs décisions relatives à la gouvernance de Moreau Immobilier.

Cédric croisa les bras.

— J’imagine que cette réunion est liée à l’incident familial d’hier soir ?

Maître Delmas ne réagit pas.

— Nous allons commencer par examiner les éléments financiers.

Cédric eut un petit rire.

— Les éléments financiers ? Je ne vois pas pourquoi nous devrions perdre notre temps avec cela.

Claire ouvrit son ordinateur.

— Parce que plusieurs opérations nécessitent des explications.

Elle projeta le premier document sur l’écran.

Le nom de Valmont Conseil apparut.

Je vis Cédric se redresser.

Ce fut très bref.

Mais je le remarquai.

Chapitre 3 — Les chiffres ne mentent jamais

Claire commença sa présentation.

Elle expliqua que plusieurs contrats avaient été conclus avec Valmont Conseil au cours des dix-huit derniers mois.

Les prestations concernaient notamment des études de faisabilité, des analyses de marché et des missions d’accompagnement stratégique.

En théorie, rien d’anormal.

Les sociétés immobilières travaillent régulièrement avec des cabinets extérieurs.

Mais le problème résidait dans les justificatifs.

Certaines prestations ne possédaient aucun rapport final.

D’autres avaient été facturées alors que les projets correspondants n’avaient jamais été lancés.

Plusieurs montants avaient été réglés en plusieurs fois, parfois à quelques jours d’intervalle.

Au total, les paiements identifiés représentaient 1,46 million d’euros.

Cédric se pencha en arrière.

— Et alors ?

Claire le regarda.

— Nous n’avons retrouvé aucun livrable correspondant à une partie importante de ces paiements.

— Cela ne signifie pas que les prestations n’ont pas été réalisées.

— C’est justement pour cela que nous vous demandons les documents justificatifs.

— Ils doivent être dans les archives.

— Nous avons vérifié.

Il secoua la tête.

— Alors vos recherches sont incomplètes.

Claire resta calme.

— Nous avons également retrouvé des échanges électroniques entre votre service et le cabinet.

Cédric tourna brusquement la tête.

— Quels échanges ?

Maître Delmas intervint.

— Nous ne sommes pas ici pour tirer des conclusions prématurées. Nous souhaitons entendre vos explications.

Cédric posa ses mains sur la table.

— Très bien. Je vais vous expliquer. Valmont Conseil a travaillé sur plusieurs projets. Ma belle-sœur connaît très bien le marché immobilier et nous avons décidé de lui confier certaines missions.

Je le regardai.

— Tu savais que cette société appartenait à la sœur de Valentine ?

Il ne répondit pas immédiatement.

— Oui.

— Et tu ne m’en as jamais parlé ?

— Je n’avais aucune obligation de te demander la permission pour chaque contrat.

Ces mots firent réagir plusieurs administrateurs.

Je gardai mon calme.

— Il ne s’agit pas de demander une permission, Cédric. Il s’agit de respecter les règles de transparence de notre entreprise.

Il haussa la voix.

— Je suis directeur des opérations ! Je ne peux pas passer mon temps à demander l’autorisation de ma mère !

Maître Delmas prit une feuille.

— Votre contrat prévoit effectivement une délégation de pouvoirs. Cependant, il impose également de déclarer toute situation susceptible de constituer un conflit d’intérêts.

Cédric se tut.

Le juriste poursuivit :

— Or, les statuts et la politique interne exigent une validation indépendante lorsque les prestataires présentent un lien familial direct avec un membre de la direction.

— Je ne savais pas que cela s’appliquait à cette situation.

Claire prit la parole.

— Nous vous avons envoyé un rappel écrit il y a onze mois.

Elle projeta un courriel.

Il portait le nom de Cédric.

Je lus les premières lignes.

Il avait bien reçu le rappel.

Il avait même répondu.

« J’ai pris connaissance de la procédure et veillerai à son application. »

Je fermai les yeux une seconde.

C’était donc vrai.

Il savait.

Cédric se racla la gorge.

— J’ai peut-être oublié de transmettre certains éléments. Cela arrive dans une entreprise de cette taille.

Sophie Lambert intervint.

— Oublier de déclarer un lien familial est une chose. Autoriser des paiements importants sans justificatifs en est une autre.

Cédric se tourna vers elle.