Un message de Valentine apparut immédiatement.

« Vous êtes allée trop loin. Vous allez regretter ce que vous avez fait aujourd’hui. »

Je relus ces mots.

Puis un deuxième message arriva.

« Cédric n’est pas un employé ordinaire. Vous ne pouvez pas le traiter comme un étranger. Nous avons des droits dans cette famille. »

Je posai le téléphone.

Je n’avais aucune intention de répondre.

À midi, je quittai le siège.

En arrivant chez moi, je découvris que plusieurs valises avaient été sorties de la chambre de Cédric.

Valentine se trouvait dans le salon.

Elle avait changé de vêtements. Elle portait un pantalon noir et un manteau élégant.

Elle tenait une pochette en cuir.

— Nous partons, annonça-t-elle.

Je déposai mes clés sur la console.

— C’est votre décision.

Elle me regarda avec mépris.

— Cédric a été suspendu à cause de vous.

— Cédric a été suspendu à cause d’irrégularités qui doivent être examinées.

— Vous avez toujours voulu contrôler sa vie !

Je retirai mon manteau.

— Non. J’ai voulu lui donner les moyens de réussir.

Elle eut un rire nerveux.

— Vous ne supportez pas qu’il ait sa propre vie.

Je la regardai.

— Valentine, il a trente-neuf ans. Je ne cherche pas à contrôler sa vie. Je cherche à protéger mon entreprise.

Elle s’approcha.

— Vous ne savez même pas ce qui se passe réellement.

Je remarquai qu’elle serrait sa pochette contre elle.

— Alors explique-moi.

Elle hésita.

Puis elle lâcha :

— Vous avez toujours été injuste envers lui.

Je ne répondis pas.

— Vous lui avez donné un poste, mais vous n’avez jamais voulu lui donner réellement le pouvoir. Vous avez toujours gardé le contrôle. Vous avez toujours voulu qu’il vous demande votre avis.

— Tu crois que diriger une entreprise consiste à recevoir un titre et à faire ce que l’on veut ?

Elle leva les yeux au ciel.

— Voilà. C’est exactement ce que je veux dire.

À cet instant, Cédric entra dans le salon.

Il avait retiré sa veste et tenait son téléphone.

— Valentine, arrête.

Elle se tourna vers lui.

— Quoi ? Tu veux encore la défendre ?

Il ne répondit pas.

Je compris qu’ils avaient déjà commencé à se disputer.

Cédric me regarda.

— Maman, nous devons parler de l’appartement.

Je fronçai les sourcils.

— Quel appartement ?

Il pâlit.

Valentine ferma les yeux.

Je continuai :

— Celui que tu occupes avec ta femme et qui semble avoir été financé indirectement par des fonds liés à notre entreprise ?

Le silence qui suivit fut terrible.

Cédric regarda sa femme.

Elle lui lança un regard furieux.

— Tu lui as dit ?

— Non.

Je sortis le dossier de mon sac.

— Je n’ai pas besoin que tu me le dises. Les documents parlent déjà.

Cédric s’assit lentement.

Valentine posa sa pochette sur le canapé.

— Ce n’est pas ce que vous croyez.

Je la regardai.

— Alors explique-moi.

Elle inspira profondément.

— Cet appartement appartient à ma sœur.

— Et pourquoi y avez-vous installé vos affaires ?

— Parce qu’elle nous a proposé de le garder à disposition.

— Avec quel argent ?

Elle ne répondit pas.

Cédric se leva brusquement.

— Ça suffit, Valentine !

Elle se retourna.

— Ne me parle pas comme ça !

Je les observai.

Pour la première fois depuis longtemps, ils semblaient avoir oublié ma présence.

Et je compris qu’ils avaient quelque chose à se reprocher mutuellement.

Chapitre 5 — Ce que mon fils avait caché

Après leur départ dans la chambre, je montai dans mon bureau.

Je n’avais plus envie de discuter.

Je voulais réfléchir.

Vers quinze heures, Jacqueline m’appela.

Elle faisait partie des invités de la veille.

— Hélène, comment vas-tu ?

Sa voix était douce.

— Je vais tenir.

— Je voulais te dire que ce qui s’est passé hier était inadmissible. Je n’ai pas trouvé les mots sur le moment.

Je fermai les yeux.

— Je sais, Jacqueline.

— J’aurais dû intervenir.

— Tu étais invitée. Tu n’avais pas à porter seule cette responsabilité.

Elle marqua une pause.

— Il y a quelque chose que je dois te dire.

Je me redressai.

— Quoi donc ?

— Après ton départ, Valentine a continué à parler de toi.

Je sentis mon cœur se serrer.

— Qu’a-t-elle dit ?

— Elle a expliqué à plusieurs personnes que tu étais devenue difficile à vivre. Elle disait que tu refusais de laisser Cédric construire sa propre vie et que tu utilisais ton argent pour le contrôler.

Je restai silencieuse.

Jacqueline poursuivit :

— Elle a aussi parlé de ton âge. Elle a dit que tu devrais envisager de vendre la maison et de prendre une résidence plus adaptée.

Je regardai le mur devant moi.

Une résidence.

Voilà donc ce qu’elle envisageait.

— Cédric était présent ?

— Oui.

— Et il n’a rien dit ?

Jacqueline soupira.

— Il a simplement demandé aux invités de ne pas en parler.

Je raccrochai après l’avoir remerciée.

Je m’assis dans mon fauteuil.

Je pensais à mon mari.

Antoine avait toujours eu peur que notre fils grandisse en croyant que l’argent pouvait remplacer les valeurs.

Il me répétait souvent :

« Hélène, ne lui donne jamais tout sans lui apprendre à construire quelque chose lui-même. »

Je n’avais pas écouté suffisamment.

J’avais voulu compenser son absence.

J’avais payé ses études.

J’avais financé son premier appartement.

J’avais réglé certaines de ses dettes.

J’avais facilité son entrée dans l’entreprise.

Et chaque fois qu’il rencontrait une difficulté, je trouvais une solution.

Je pensais l’aider.

Peut-être lui avais-je surtout appris que quelqu’un serait toujours là pour effacer les conséquences de ses décisions.

Vers dix-sept heures, on frappa à mon bureau.

C’était Cédric.

Il entra seul.

— Maman, est-ce qu’on peut parler ?

Je lui désignai le fauteuil.

Il s’assit.

Pendant quelques secondes, il regarda ses mains.

— Je suis désolé pour hier.

Je ne répondis pas immédiatement.

— Pour la réunion aussi, ajouta-t-il.

Je le regardai.