Ton fils,
Cédric. »
Je relus la lettre.
Puis je la reposai doucement.
Il me regardait.
— Je sais que les mots ne suffisent pas, dit-il.
Je hochai la tête.
— C’est vrai.
Il baissa les yeux.
— Je ne m’attends pas à ce que tout redevienne comme avant.
Je pris sa main.
— Ce ne sera jamais exactement comme avant.
Il ferma les yeux.
— Je comprends.
Je poursuivis :
— Mais cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas construire quelque chose de nouveau.
Il releva la tête.
— Tu veux dire que tu me pardonnes ?
Je réfléchis quelques secondes.
— Je suis prête à commencer à te pardonner. Mais tu dois comprendre une chose : le pardon ne signifie pas que les conséquences disparaissent.
Il acquiesça.
— Je sais.
— Tu dois continuer à assumer ce qui s’est passé. Tu dois coopérer avec les procédures en cours. Et tu dois apprendre à vivre sans attendre que je règle tes problèmes.
Il sourit tristement.
— Je vais essayer.
Je lui répondis :
— Ne me promets pas d’essayer. Montre-le-moi.
Il resta quelques instants dans la cuisine.
Puis il se leva.
Avant de partir, il se retourna.
— Maman ?
— Oui ?
— Est-ce que tu pourrais un jour me refaire ton rôti ?
Je sentis mes yeux se remplir de larmes.
— Bien sûr.
Il sourit.
Puis il ajouta :
— Cette fois, je t’aiderai à préparer les légumes.
Je ris doucement.
— Nous verrons si tu sais encore éplucher une carotte.
Pour la première fois depuis des mois, nous partageâmes un véritable moment de complicité.
Mais je savais que le chemin serait long.
Chapitre 16 — La dernière confrontation avec Valentine
Je n’avais plus de nouvelles directes de Valentine.
J’appris par Élodie qu’elle et Cédric s’étaient séparés.
Leur relation s’était dégradée après les révélations concernant les sociétés extérieures.
Cédric avait quitté leur appartement et s’était installé dans un logement plus modeste.
Valentine, elle, continuait à contester certaines responsabilités dans les opérations financières.
Puis, un après-midi, je reçus une visite inattendue.
Elle se présenta à ma porte.
Je fus surprise de la voir.
Elle avait l’air fatigué.
Son visage était moins assuré qu’autrefois.
— Bonjour, Hélène.
Je restai sur le seuil.
— Bonjour, Valentine.
Elle regarda derrière moi.
— Est-ce que je peux entrer ?
J’hésitai.
Puis je m’écartai.
Nous nous installâmes dans le salon.
Elle posa son sac.
Pendant quelques secondes, elle ne parla pas.
Puis elle dit :
— Je sais que vous me détestez.
Je répondis calmement :
— Je ne passe plus mes journées à penser à toi.
Elle eut un petit sourire amer.
— Je comprends.
Elle regarda ses mains.
— Je suis venue vous dire que je suis désolée.
Je ne répondis pas immédiatement.
Elle poursuivit :
— Pour votre anniversaire. Pour le repas. Pour tout ce que je vous ai dit.
Je la regardai.
— Pourquoi maintenant ?
Elle inspira profondément.
— Parce que j’ai perdu Cédric.
— Tu ne l’as pas perdu à cause de moi.
Elle baissa la tête.
— Je sais.
Elle se mit à pleurer.
— J’étais tellement obsédée par l’idée de réussir. Je voulais une belle maison, des vêtements chers, des relations importantes. Je voulais que les gens nous admirent.
Je l’écoutais sans l’interrompre.
— Je pensais que vous étiez un obstacle. Vous aviez tout construit avant nous, et j’avais l’impression que nous ne pourrions jamais avoir notre propre place.
Je répondis doucement :
— Tu aurais pu construire ta place sans détruire la mienne.
Elle essuya ses joues.
— Je sais.
Puis elle ajouta :
— Cédric m’a dit que vous aviez accepté de lui parler.
— Oui.
— Il a changé.
Je ne répondis pas.
Elle regarda la salle à manger.
— Vous savez, je me souviens du rôti.
Je levai les yeux vers elle.
— Le soir de votre anniversaire, je voulais que tout soit parfait. J’avais invité des personnes importantes pour moi. Je voulais leur montrer que nous étions une famille influente.
Elle marqua une pause.
— Et lorsque j’ai vu votre plat, j’ai pensé qu’il allait tout gâcher.
Je la regardai avec tristesse.
— Ce n’était qu’un plat, Valentine.
Elle baissa la tête.
— Je sais maintenant.
Je me levai pour aller chercher de l’eau.
Lorsque je revins, elle avait sorti un petit objet de son sac.
C’était une photographie.
On y voyait Cédric enfant, assis à côté de son père dans le jardin.
— Je l’ai retrouvée dans nos affaires, expliqua-t-elle. Je pensais que vous aimeriez l’avoir.
Je pris la photographie.
Je la regardai longtemps.
— Merci.
Elle se leva.
— Je ne vous demande pas de me pardonner.
Je la regardai.
— C’est une bonne chose. Parce que je ne sais pas encore si j’en suis capable.
Elle acquiesça.
Puis elle se dirigea vers la porte.
Avant de sortir, elle se retourna.
— Hélène ?
— Oui ?
— Votre maison était magnifique.
Je la regardai.
— Elle l’est toujours.
Elle hocha la tête.
Puis elle partit.
Je refermai la porte.
Je n’avais ressenti ni satisfaction ni désir de vengeance.
Seulement une forme de tristesse.
J’avais compris que certaines personnes ne réalisent la valeur de ce qu’elles ont détruit qu’une fois qu’il est trop tard.
Chapitre 17 — Le dernier verdict
Six mois après le début de l’affaire, les procédures concernant les opérations financières avaient suffisamment avancé pour permettre aux autorités compétentes d’examiner les éléments transmis.
Je ne pouvais pas prédire leur issue.
Je savais seulement que les documents avaient été conservés, que les personnes concernées avaient été entendues et que l’entreprise avait engagé les démarches nécessaires.
Cédric coopérait désormais avec les vérifications.
Il avait reconnu certaines décisions inappropriées et contesté d’autres éléments.
Les responsabilités de chacun devaient être déterminées sur la base des preuves.
Je ne voulais pas que mon amour maternel interfère avec la justice.
Mais je ne souhaitais pas non plus que mon fils soit condamné avant que les faits soient établis.