La rencontre eut lieu une semaine plus tard.

Nous nous retrouvâmes dans un petit cabinet de médiation, loin de l’entreprise et de la maison.

Cédric arriva seul.

Il avait perdu du poids.

Il portait une veste grise et une chemise blanche.

Je remarquai qu’il avait retiré sa montre habituelle.

Il s’assit en face de moi.

Pendant quelques secondes, nous ne parlâmes pas.

Puis il prit une profonde inspiration.

— Maman, je ne sais pas par où commencer.

Je répondis :

— Commence par la vérité.

Il hocha la tête.

— J’ai fait des erreurs.

Je le regardai.

— Lesquelles ?

Il baissa les yeux.

— J’ai laissé Valentine prendre trop de place dans mes décisions. Au début, je pensais qu’elle voulait simplement améliorer notre situation. Elle me disait que nous devions profiter des opportunités pendant que nous le pouvions.

Il poursuivit :

— Elle me répétait que tu ne me laisserais jamais vraiment diriger l’entreprise. Que tu me garderais toujours sous ton contrôle. Elle disait que je devais construire mon indépendance avant qu’il ne soit trop tard.

Je restai silencieuse.

— J’ai commencé à accepter certaines opérations sans vérifier tous les détails. Je savais que les contrats avec sa sœur étaient discutables. Mais je me disais que ce n’était pas grave.

— Et l’appartement ?

Il inspira profondément.

— Je voulais lui offrir une vie différente.

— Pourquoi ne m’as-tu pas simplement demandé conseil ?

Il eut un petit rire amer.

— Parce que j’avais honte.

— De quoi ?

— De ne pas réussir à financer seul notre train de vie.

Je le regardai.

— Cédric, tu avais un salaire confortable. Tu n’avais pas besoin de vivre comme les personnes que tu fréquentais.

Il hocha la tête.

— Je sais.

Puis il ajouta :

— Valentine disait que nous devions avoir une image à la hauteur de notre position.

Je compris alors quelque chose.

Mon fils avait fini par confondre sa valeur personnelle avec le regard des autres.

Il avait voulu donner l’impression d’être un homme puissant.

Et il avait oublié qu’il avait déjà une vie que beaucoup auraient enviée.

— Et la procuration ? demandai-je.

Il resta silencieux.

— Tu savais qu’elle préparait ce document ?

Il acquiesça lentement.

— Oui.

Je fermai les yeux.

— Pourquoi ?

— Elle disait que ce serait plus simple pour organiser les investissements familiaux.

— Et tu savais que je n’avais jamais accepté ?

— Oui.

Je sentis mes yeux se remplir de larmes.

— Tu as donc accepté de préparer quelque chose qui aurait pu me priver du contrôle de mes propres affaires ?

Il baissa la tête.

— Je suis désolé.

Je le regardai longuement.

— Cédric, tu sais ce qui m’a fait le plus mal ?

Il releva les yeux.

— Ce n’est pas l’argent. Ce n’est même pas ton poste. C’est le fait que tu aies pu me regarder souffrir et choisir de ne rien dire.

Il essuya ses yeux.

— Je sais.

— Non, je ne crois pas que tu le saches encore.

Je pris une respiration.

— Lorsque ton père est mort, j’ai eu peur de ne pas réussir à t’élever seule. J’ai travaillé jour et nuit. J’ai vendu des biens pour payer tes études. J’ai renoncé à plusieurs projets personnels pour que tu puisses avoir une vie stable.

Je marquai une pause.

— Je n’ai jamais regretté de t’avoir aidé. Mais j’ai peut-être commis une erreur en pensant que t’aimer signifiait toujours te protéger des conséquences de tes actes.

Il pleurait maintenant.

— Je ne veux pas te perdre, maman.

Je baissai les yeux.

— Tu ne m’as pas perdue, Cédric. Mais tu as perdu une partie de ma confiance.

Il resta silencieux.

— Et cette confiance ne reviendra pas parce que tu me demandes pardon. Elle reviendra si, pendant longtemps, tes actes montrent que tu as changé.

Il acquiesça.

Pour la première fois depuis des mois, je sentis qu’il m’écoutait réellement.

Chapitre 13 — Valentine révèle son véritable visage

Je pensais que cette rencontre marquerait le début d’un apaisement.

Mais quelques jours plus tard, je reçus un appel inattendu.

C’était Élodie.

Sa voix était tremblante.

— Madame Moreau, je dois vous prévenir.

— Que se passe-t-il ?

— Valentine a appris que Cédric avait rencontré un médiateur.

Je restai silencieuse.

— Elle est furieuse. Elle dit qu’il est en train de la trahir.

— Pourquoi m’appelles-tu ?

Élodie hésita.

— Parce qu’elle prépare quelque chose.

Je me redressai.

— Quoi ?

— Elle veut publier des informations sur votre famille et sur l’entreprise.

Je fermai les yeux.

— Quelles informations ?

— Elle veut raconter que vous avez manipulé Cédric pendant des années, que vous l’avez utilisé comme un employé et que vous l’avez renvoyé parce qu’il voulait devenir indépendant.

Je restai calme.

— Ce sont des accusations.

— Je sais. Mais elle a aussi parlé de certains documents confidentiels.

Je compris immédiatement.

— A-t-elle encore accès à des informations de l’entreprise ?

— Je ne sais pas. Mais elle possède des copies de plusieurs courriels.

Je remerciai Élodie et raccrochai.

J’appelai Claire.

Nous vérifiâmes immédiatement les accès et les échanges externes.

Aucune intrusion récente ne fut constatée.

Cependant, plusieurs anciens documents avaient été envoyés à des adresses personnelles avant la suspension de Cédric.

Maître Delmas fut informé.

Il recommanda de conserver les preuves, de ne pas répondre publiquement aux accusations et de suivre les procédures appropriées.

Je décidai de ne pas intervenir directement.

Je ne voulais pas transformer un conflit familial en spectacle public.

Mais Valentine ne semblait pas avoir la même intention.

Deux jours plus tard, un article apparut sur un site consacré aux affaires locales.

Le titre était particulièrement agressif.

« Une femme d’affaires de soixante-dix ans aurait sacrifié la carrière de son fils pour conserver le contrôle de son empire immobilier. »

Je lus l’article.

Il contenait plusieurs affirmations fausses ou déformées.

Il racontait que Cédric avait été écarté injustement.

Il insinuait que je souffrais de difficultés liées à mon âge.