Encore.
Ce simple mot m’a fait plus mal que je ne l’aurais imaginé.
Eleanor a croisé les bras.
« Ta femme refuse de comprendre que certaines places ne sont pas pour elle. »
Daniel a baissé la voix.
« Chloe, fais ce que maman te demande. Ne gâche pas la soirée. »
Je l’ai fixé.
« Tu veux vraiment que je change de table parce qu’elle me l’ordonne ? »
Il a serré les mâchoires.
« Je t’en prie. Pas maintenant. »
J’ai lentement pris mon sac.
Mais Eleanor n’avait pas terminé.
Elle a regardé ma robe avec un mépris évident.
« Et cette tenue… Tu crois vraiment qu’une robe pareille convient à une réception de ce niveau ? »
J’ai tenté de garder mon calme.
« Elle a été faite spécialement pour moi. »
« Cela ne veut pas dire qu’elle est belle. »
Elle a attrapé un pan de ma traîne.
Je me suis immédiatement retournée.
« Eleanor, ne faites pas ça. »
Elle a tiré brusquement sur le tissu.
Un bruit sec a déchiré le silence.
Ma robe venait de se déchirer sur toute la longueur de la couture latérale.
J’ai poussé un cri.
« Arrêtez ! »
Ma main s’est portée à mon ventre.
La douleur m’a traversée comme une décharge.
Autour de nous, les conversations se sont arrêtées.
Plusieurs téléphones se sont levés.
Des invités filmaient déjà la scène.
Eleanor tenait encore un morceau de tissu entre ses doigts.
« Voilà ce qui arrive lorsqu’on porte des vêtements qui ne sont pas à sa place. »
J’étais incapable de répondre.
J’ai regardé Daniel.
Il n’avait pas bougé.
« Daniel… »
Il a détourné les yeux.
« Maman, tu aurais pu faire attention. »
C’était tout.
Pas une excuse.
Pas un geste pour m’aider.
Pas même une question pour savoir si j’allais bien.
Puis Eleanor a saisi mon sac et l’a jeté sur le sol.
Mes affaires se sont répandues sur le parquet : mon portefeuille, mes clés, mon téléphone, un petit carnet et une photographie de mes parents.
Elle a donné un coup de pied dans mon sac.
« Ramasse tout ça. Et ensuite, quitte cette salle. »
Je me suis penchée pour récupérer mes affaires.
Mon ventre me faisait mal.
Une jeune serveuse a voulu m’aider, mais Eleanor lui a lancé un regard glacial.
« Ne vous mêlez pas de cette histoire. »
Je me suis redressée avec difficulté.
J’ai regardé mon mari une dernière fois.
« Tu vas vraiment la laisser faire ? »
Daniel a passé une main sur son visage.
« Chloe, s’il te plaît. Ne rends pas les choses plus difficiles. »
J’ai compris.
Ce soir-là, mon mari avait choisi sa mère.
Et il venait de me laisser seule au milieu d’une salle remplie de témoins.
Ce qu’aucun d’eux ne savait, c’est que cette humiliation n’était que le début d’une histoire dont les conséquences allaient bouleverser toute leur existence.
Car, au même moment, dans le bureau du directeur de l’hôtel, un homme venait de découvrir qu’une bague en diamant avait disparu.
Et cette bague allait révéler un secret que Daniel et Eleanor avaient passé des années à dissimuler.
CHAPITRE 2 — LA BAGUE QUI N’AURAIT JAMAIS DÛ DISPARAÎTRE
Je venais à peine de ramasser mon téléphone qu’une voix masculine s’est élevée derrière nous.
« Madame, veuillez ne pas quitter la salle pour le moment. »
Nous nous sommes tous retournés.
Un homme d’une cinquantaine d’années, vêtu d’un costume sombre parfaitement ajusté, venait d’entrer dans la salle de bal. Il était accompagné de deux agents de sécurité.
Je l’avais déjà aperçu à plusieurs reprises dans les couloirs de l’hôtel.
Il s’agissait d’Étienne Morel, le directeur général du Montclair.
Eleanor a immédiatement retrouvé son sourire mondain.
« Monsieur Morel ! Je suis ravie de vous voir. Nous avons malheureusement un petit problème avec cette jeune femme. »
Étienne n’a pas souri.
Il a regardé ma robe déchirée, mes affaires éparpillées sur le sol, puis les visages des invités.
« Quel genre de problème ? »
Eleanor a pris une expression faussement embarrassée.
« Une situation familiale. Ma belle-fille a fait une scène et nous essayons simplement de préserver la tranquillité de cette réception. »
J’ai ouvert la bouche.
« Ce n’est pas ce qui s’est passé… »
« Je vous en prie, Chloe ! » m’a interrompue Eleanor. « Ne commence pas à raconter tes histoires. »
Le directeur a levé une main.
« Je voudrais entendre chaque personne séparément. »
Eleanor a laissé échapper un petit rire.
« Vous n’avez pas besoin de perdre votre temps. Nous connaissons parfaitement cette femme. »
Étienne a conservé son calme.
« Madame Whitmore, je suis le responsable de cet établissement. C’est à moi de décider comment une situation survenue dans mon hôtel doit être traitée. »
Pour la première fois de la soirée, Eleanor a semblé déstabilisée.
Daniel s’est avancé.
« Monsieur Morel, je pense que nous pouvons régler cela discrètement. »
« C’est également ce que je souhaite, monsieur Whitmore. Mais il y a un autre problème. »
Il a échangé un regard avec l’un des agents de sécurité.
« Une bague en diamant a disparu du salon privé réservé aux membres du comité d’honneur. »
Un murmure a parcouru la salle.
Eleanor s’est immédiatement raidie.
« Ma bague ? »
« Oui, madame. »
Elle a porté une main à son cou, comme si elle cherchait instinctivement un bijou qui n’y était pas.
« Mon Dieu ! Je l’avais laissée dans son écrin avant le dîner. »
Daniel a froncé les sourcils.
« Maman, tu es certaine ? »
« Absolument. C’est une bague familiale. Elle vaut une fortune. »
Étienne a sorti une petite tablette.
« Nous avons vérifié les premières images de surveillance. Plusieurs personnes sont entrées dans le salon privé pendant la réception. Nous devons donc procéder à quelques vérifications. »
Eleanor a soudain tourné la tête vers moi.
Son regard a changé.
Ce n’était plus simplement du mépris.