Mon père a lu la lettre jusqu’au bout.

Puis il l’a déposée dans le dossier destiné à ses avocats.

Il n’a pas répondu.

Mais une semaine plus tard, il a reçu un appel de Richard.

Celui-ci souhaitait le rencontrer.

Mon père a accepté.

Je l’ai accompagné.

Richard avait vieilli.

Son visage était marqué par les nuits sans sommeil et les conséquences de l’affaire.

Il a commencé sans détour.

« Victor, je suis venu te présenter mes excuses. »

Mon père est resté silencieux.

Richard a continué :

« J’ai passé des années à protéger mon père, puis Eleanor. J’ai fermé les yeux sur des choses que je savais mauvaises. J’ai laissé mon fils grandir dans une famille où l’argent et l’apparence comptaient davantage que la vérité. »

Il a regardé mes mains.

« Et j’ai laissé ma famille faire du mal à Chloe. »

Mon père a répondu calmement :

« Les excuses ne suffisent pas toujours à réparer les dégâts. »

« Je le sais. »

Richard a sorti un dossier.

« J’ai décidé de remettre aux enquêteurs tous les documents que je possède. Je ne veux plus rien cacher. »

Mon père a parcouru les premières pages.

« Vous comprenez que cela peut avoir des conséquences sur votre situation personnelle et financière ? »

Richard a hoché la tête.

« Oui. »

Puis il a regardé vers moi.

« Chloe, je ne vous demande pas de me pardonner. Je veux simplement que vous sachiez que je regrette de ne pas avoir eu le courage de vous défendre. »

Je l’ai observé.

Je ne ressentais pas de haine envers lui.

Mais je n’éprouvais plus aucune confiance.

« J’espère que vous direz toute la vérité aux enquêteurs. C’est tout ce que je vous demande. »

Il a baissé la tête.

« Je le ferai. »

En sortant du rendez-vous, mon père m’a demandé :

« Tu te sens mieux ? »

J’ai regardé ma fille endormie dans sa poussette.

« Oui. »

Puis j’ai ajouté :

« Je crois que je commence enfin à respirer. »
CHAPITRE 14 — LE JOUR OÙ DANIEL A PERDU TOUT CE QU’IL PENSAIT POSSÉDER
Six mois après la soirée du Montclair, Daniel a demandé à me rencontrer.

Il avait officiellement engagé une procédure de séparation.

Ses dettes avaient été révélées et plusieurs de ses investissements avaient été placés sous examen. Il avait également perdu son poste de directeur commercial dans une société liée à la famille Whitmore.

Il ne vivait plus dans la grande maison où nous avions passé nos premières années de mariage.

Il avait emménagé dans un appartement beaucoup plus modeste.

Je n’éprouvais aucune satisfaction à le voir dans cette situation.

Mais je ne ressentais plus le besoin de le sauver.

Nous nous sommes retrouvés dans le cabinet de mon avocate, Maître Isabelle Garnier.

Daniel est arrivé avec quelques minutes d’avance.

Il portait un costume gris simple.

Lorsqu’il m’a vue, il s’est levé.

« Bonjour, Chloe. »

« Bonjour, Daniel. »

Il a regardé la photographie de notre fille posée sur la table.

« Elle a beaucoup grandi. »

« Oui. Elle va bien. »

Il a souri tristement.

« Elle est magnifique. »

Mon avocate a commencé à présenter les documents relatifs à la séparation, à la résidence de notre enfant et aux modalités de sa prise en charge.

Daniel écoutait sans interrompre.

Il a accepté que les premières rencontres avec sa fille se déroulent dans un cadre organisé, en tenant compte de son âge et de ses besoins.

Puis, à la fin du rendez-vous, il m’a demandé quelques minutes.

Mon avocate a accepté de nous laisser seuls, tout en restant à proximité.

Daniel a gardé les mains posées sur ses genoux.

« Je sais que tu ne veux probablement plus entendre mes excuses. »

Je n’ai rien dit.

« J’ai commencé à voir un psychologue. »

Je l’ai regardé.

« Pourquoi ? »

« Parce que j’ai compris que je passais ma vie à essayer de satisfaire ma mère. Je pensais que si je lui obéissais, elle finirait par être fière de moi. »

Il a esquissé un sourire douloureux.

« Mais elle ne l’a jamais été. Rien n’était jamais suffisant. »

Je suis restée silencieuse.

« Quand tu es arrivée dans ma vie, j’ai cru que je pouvais construire quelque chose de différent. Mais au lieu de protéger notre couple, j’ai laissé ma mère prendre toutes les décisions. »

Il a levé les yeux vers moi.

« Le soir du gala, lorsque j’ai vu ta robe déchirée, j’ai eu honte. J’aurais dû intervenir immédiatement. J’aurais dû te prendre dans mes bras et partir avec toi. »

Sa voix s’est brisée.

« Mais j’ai choisi de préserver ma place dans ma famille plutôt que de préserver notre mariage. »

J’ai pris une profonde inspiration.

« Tu sais ce qui m’a le plus blessée ? »

Il a secoué la tête.

« Ce n’est pas ta mère. Je savais depuis longtemps qu’elle ne m’aimait pas. C’est toi. Parce que je pensais que tu étais la personne qui me connaîtrait mieux que tout le monde. Je pensais que tu saurais reconnaître lorsque j’avais besoin de toi. »

Des larmes ont commencé à couler sur ses joues.

« Je le sais maintenant. »

« Non, Daniel. Tu le comprends maintenant parce que tu as perdu quelque chose. »

Il a baissé les yeux.

Je me suis penchée légèrement vers lui.

« Notre fille aura besoin d’un père. Je ne t’empêcherai jamais de construire une relation avec elle si tu respectes ses besoins et sa sécurité. Mais je ne redeviendrai pas ta femme simplement parce que tu regrettes tes décisions. »

Il a hoché la tête.

« Je comprends. »

Il a sorti une petite boîte de sa poche.

À l’intérieur se trouvait une alliance.

La mienne.

Je l’avais retirée le jour de mon arrivée à l’hôpital.

« Je l’ai retrouvée dans mes affaires. Je pensais que tu voudrais la récupérer. »