« Parce que je voulais que tu puisses vivre sans avoir l’impression que chaque personne que tu rencontres s’intéresse à ton argent. »

J’ai souri tristement.

« C’est exactement ce qui m’est arrivé. »

Il a baissé les yeux.

« Je suis désolé, ma chérie. »

« Pourquoi ? »

« J’aurais dû comprendre que certaines personnes chercheraient à profiter de ta gentillesse. »

J’ai secoué la tête.

« Ce n’est pas ta faute. Je voulais simplement être aimée normalement. »

Il a serré ma main.

« Et tu mérites exactement cela. »

J’ai regardé la bague.

« Est-ce que tu crois que maman aurait voulu que je me batte contre eux ? »

Il a réfléchi.

« Ta mère n’aimait pas les conflits. Mais elle détestait l’injustice. Elle m’aurait demandé de protéger notre fille. »

J’ai souri à travers mes larmes.

« Alors, nous allons faire les choses correctement. »

Mon père a hoché la tête.

« Oui. Sans vengeance aveugle. Sans humiliation. Avec des preuves, des avocats et la vérité. »

C’est à ce moment-là que j’ai compris que la plus grande force de mon père ne venait pas de sa fortune.

Elle venait de sa capacité à ne pas devenir semblable à ceux qui lui avaient fait du mal.
CHAPITRE 12 — LA NAISSANCE DE MA FILLE
Les semaines suivantes ont été difficiles.

Je devais me reposer et éviter les efforts inutiles.

Mon père avait réorganisé son emploi du temps pour être davantage présent.

Il ne parlait presque jamais de l’affaire Whitmore devant moi.

Il voulait que je puisse profiter de ma grossesse.

Daniel, lui, avait continué à envoyer des messages.

Certains étaient des excuses.

D’autres parlaient de notre avenir.

Il disait qu’il voulait être présent à la naissance de notre fille.

Je n’avais pas encore pris de décision définitive concernant notre mariage.

Mais je savais que je ne pouvais plus revenir à la vie d’avant.

Un matin de décembre, alors que la neige commençait à tomber sur les jardins, j’ai ressenti les premières contractions régulières.

Mon père m’a conduite à l’hôpital.

Cette fois, tout s’est déroulé dans le calme.

L’équipe médicale était prête.

Après plusieurs heures de travail, j’ai entendu un petit cri.

Un cri fragile, mais puissant.

La médecin a souri.

« Félicitations, madame Laurent. Vous avez une magnifique petite fille. »

J’ai éclaté en sanglots.

On a posé mon bébé contre moi.

Elle avait de minuscules mains, des joues roses et des cheveux bruns.

Je l’ai regardée pendant plusieurs minutes.

Puis j’ai murmuré :

« Bonjour, mon amour. »

Mon père est entré peu après.

Lorsqu’il a vu sa petite-fille, il s’est arrêté sur le seuil.

Ses yeux se sont remplis de larmes.

« Elle est magnifique. »

Je lui ai souri.

« Tu veux la prendre ? »

Il s’est approché avec une prudence presque comique.

« J’ai peur de mal la tenir. »

J’ai ri doucement.

« Tu as élevé une fille entière. Tu peux bien tenir un bébé. »

Il a pris sa petite-fille dans ses bras.

Puis il a murmuré :

« Bienvenue, petite Isabelle. »

J’ai compris qu’il avait choisi ce prénom en hommage à ma mère.

À cet instant, j’ai eu l’impression que quelque chose se refermait enfin dans notre histoire familiale.

Un chapitre douloureux.

Mais pas la fin de notre bonheur.

Quelques heures plus tard, Daniel a envoyé un message.

« J’ai appris que notre fille était née. Est-ce que je peux venir la voir ? »

J’ai regardé l’écran longtemps.

Puis j’ai répondu :

« Tu pourras la rencontrer. Mais les conditions seront fixées avec les avocats et les médecins. Pour le moment, je dois me reposer. »

Il a répondu presque immédiatement :

« Je comprends. Félicitations, Chloe. Prends soin de vous deux. »

Je n’ai pas répondu.

Je n’étais pas encore prête à lui pardonner.

Et je savais désormais que le pardon n’était pas une obligation que l’on devait à quelqu’un simplement parce qu’il le demandait.
CHAPITRE 13 — LE DERNIER MENSONGE D’ELEANOR
Deux mois après la naissance de ma fille, une nouvelle information a bouleversé l’enquête.

Les enquêteurs avaient retrouvé un ancien enregistrement audio conservé dans les archives d’un cabinet juridique.

Il avait été réalisé plusieurs années auparavant, lors d’une conversation entre Harold Whitmore et Eleanor.

La qualité était mauvaise.

Mais plusieurs passages étaient parfaitement audibles.

Harold y expliquait qu’il ne voulait plus conserver la bague d’Isabelle.

Il disait craindre que Victor Laurent découvre son origine.

Eleanor répondait qu’elle pouvait s’en débarrasser.

Puis Harold prononçait une phrase qui avait attiré l’attention des enquêteurs :

« Ce n’est pas la bague qui est dangereuse. C’est ce qu’elle prouve. »

Les avocats de mon père ont demandé une expertise du document.

Ils ont également retrouvé un ancien registre dans lequel Harold avait consigné plusieurs opérations financières.

Un nom y revenait régulièrement.

Celui d’un intermédiaire qui avait participé à des transactions liées à la famille Whitmore.

Les enquêteurs ont découvert que cet homme avait été présent dans la région le jour de l’accident de ma mère.

Cela ne prouvait pas qu’il avait provoqué l’accident.

Mais cela justifiait de réexaminer certains éléments de l’enquête initiale.

Mon père a reçu les informations avec une grande prudence.

Il m’a expliqué que les autorités avaient rouvert des vérifications sur les circonstances de la mort de ma mère.

Je lui ai demandé :

« Tu crois qu’elle a été tuée ? »

Il m’a regardée avec gravité.

« Je ne sais pas. Et je ne veux pas te donner de faux espoirs ni t’effrayer sans raison. Nous devons laisser les enquêteurs travailler. »

J’ai hoché la tête.

Je voulais connaître la vérité.

Mais je ne voulais pas vivre prisonnière du passé.

Pendant ce temps, Eleanor a tenté une dernière fois de se défendre.

Elle a fait parvenir une lettre à mon père.

Elle y affirmait qu’elle avait conservé la bague uniquement pour la protéger.

Elle prétendait également que mon père lui avait autrefois promis une récompense pour son travail dans la maison familiale.