CHAPITRE 1 — LA SOIRÉE OÙ MA BELLE-MÈRE A VOULU ME DÉTRUIRE
J’étais enceinte de huit mois lorsque j’ai compris que l’homme avec lequel j’avais choisi de construire ma vie ne serait peut-être jamais capable de me protéger.

Ce soir-là, je portais une robe de maternité couleur champagne, confectionnée spécialement pour moi par une petite maison de couture parisienne. Elle avait été réalisée sur mesure, avec une délicate broderie de fleurs argentées au niveau des manches et une longue traîne légère qui accompagnait chacun de mes pas.

Ce n’était pas une robe extravagante.

Je l’avais choisie parce que je voulais me sentir belle, malgré mes chevilles gonflées, mes douleurs au dos et la fatigue qui accompagnait chaque journée de ma grossesse.

Daniel, mon mari, m’avait pourtant promis que cette soirée serait spéciale.

Nous étions invités à un gala de bienfaisance organisé dans le grand hôtel Montclair, au cœur de Paris. La famille de Daniel entretenait depuis plusieurs générations des relations avec les organisateurs de cet événement. Sa mère, Eleanor Whitmore, faisait partie du comité d’honneur et adorait rappeler à tout le monde qu’elle appartenait à l’une des familles les plus influentes de la haute société.

Elle ne m’avait jamais vraiment acceptée.

À ses yeux, je n’étais qu’une jeune femme sans fortune, sans relations et sans nom prestigieux, qui avait eu la chance d’épouser son fils.

Elle ignorait pourtant presque tout de ma famille.

Mon père, Victor Laurent, avait toujours refusé d’exposer sa réussite. Il m’avait élevée loin des réceptions mondaines, des photographes et des conversations où les gens ne parlaient que d’argent.

Je savais qu’il était un homme extrêmement riche.

Je savais également qu’il avait bâti son patrimoine grâce à plusieurs décennies de travail, d’investissements et de décisions difficiles.

Mais il m’avait appris une chose : la valeur d’une personne ne se mesure pas à la taille de son compte bancaire.

Lorsque j’avais épousé Daniel, j’avais donc pris une décision.

Je ne lui parlerais pas de la véritable fortune de mon père.

Je voulais être aimée pour ce que j’étais, et non pour ce que ma famille pouvait offrir.

Pendant trois ans, j’avais cru avoir fait le bon choix.

Jusqu’à cette soirée.

Lorsque nous sommes arrivés dans le hall de l’hôtel, Eleanor nous attendait devant l’entrée de la salle de bal.

Elle portait une robe noire ornée de pierres précieuses et un collier de perles qui semblait valoir davantage que plusieurs mois de salaire.

Son regard s’est immédiatement posé sur mon ventre.

« Daniel, tu aurais au moins pu lui demander de porter quelque chose de plus élégant. »

J’ai senti mes joues rougir.

Daniel a esquissé un sourire embarrassé.

« Maman, elle est très bien comme ça. »

Eleanor a soupiré.

« Je suppose que nous devons nous contenter de ce que nous avons. »

Puis elle s’est tournée vers moi.

« Chloe, essaie au moins de ne pas rester assise toute la soirée. Les invités viennent ici pour discuter, pas pour regarder une femme enceinte se plaindre de ses douleurs. »

J’ai posé instinctivement une main sur mon ventre.

« Je ferai de mon mieux, Eleanor. »

Elle a levé les yeux au ciel.

Nous sommes entrés.

La salle de bal était magnifique. Des lustres en cristal illuminaient les tables recouvertes de nappes blanches. Des compositions florales occupaient le centre de chaque table et un orchestre jouait doucement près de la scène.

Des centaines de personnes étaient présentes.

Des chefs d’entreprise, des investisseurs, des responsables d’associations et plusieurs personnalités connues de la société parisienne.

Daniel m’a accompagnée jusqu’à une table située près d’une colonne.

« Attends-moi ici. Je vais saluer quelques personnes. »

Je lui ai souri.

« D’accord. »

Il m’a embrassée rapidement sur le front avant de s’éloigner.

Je suis restée seule pendant près de vingt minutes.

Personne ne venait vraiment me parler.

Certaines femmes me regardaient avec curiosité. D’autres échangeaient des sourires lorsque Eleanor passait près de moi.

J’essayais de ne pas y prêter attention.

J’avais surtout envie que notre fille naisse en bonne santé.

J’ai sorti mon téléphone pour vérifier si mon père m’avait envoyé un message.

Il m’avait écrit quelques minutes plus tôt :

« Ma chérie, j’espère que tu prends soin de toi. N’oublie pas que tu peux partir à n’importe quel moment si tu ne te sens pas bien. »

J’ai souri.

Puis j’ai répondu :

« Tout va bien, papa. Je t’embrasse. »

Je n’avais pas encore rangé mon téléphone qu’Eleanor est apparue devant moi.

« Lève-toi. »

J’ai levé les yeux.

« Pardon ? »

« Je t’ai dit de te lever. Cette table est réservée à des invités importants. »

J’ai regardé le petit carton posé devant mon assiette.

Mon nom y était inscrit.

« Mais Daniel m’a dit que nous étions installés ici. »

Elle a saisi le carton entre deux doigts.

« Daniel ne décide pas de tout. »

Puis elle l’a déposé sur la table voisine.

« Tu peux t’asseoir là-bas. »

J’ai essayé de me lever, mais mon ventre me gênait et une douleur dans le bas du dos m’a obligée à prendre appui sur le dossier de ma chaise.

« Eleanor, je suis enceinte de huit mois. Pourriez-vous simplement me laisser terminer mon repas ici ? »

Son visage s’est durci.

« Ne te sers pas de ta grossesse comme d’une excuse pour tout obtenir. »

Quelques invités avaient commencé à regarder dans notre direction.

J’ai senti les larmes me monter aux yeux.

Mais j’ai refusé de pleurer.

« Je ne cherche pas à obtenir quoi que ce soit. Je veux seulement passer cette soirée tranquillement. »

Elle a éclaté d’un rire sec.

« Tu veux passer une soirée tranquillement ? Alors commence par apprendre à respecter les gens qui t’ont accueillie dans cette famille. »

C’est à cet instant que Daniel est revenu.

J’ai immédiatement cherché son regard.

« Daniel, peux-tu lui expliquer que tu m’avais installée ici ? »

Il a regardé sa mère, puis moi.

« Qu’est-ce qui se passe encore ? »