De mon côté, je finalisai les démarches nécessaires pour sécuriser définitivement mes droits successoraux.

Je fis également établir une séparation claire entre mes biens personnels, les actions familiales et les activités professionnelles de la maison Moreau.

Je voulais que personne ne puisse à nouveau utiliser mon nom pour détourner des décisions.

Un soir, Celeste me rejoignit dans mon bureau.

Elle posa un dossier sur la table.

— Les formalités principales sont terminées.

Je le parcourus.

Tout était désormais officiel.

Les quarante-deux pour cent des actions étaient inscrits conformément aux dispositions successorales.

Je détenais les droits correspondants.

Je restai silencieuse.

Celeste sourit.

— Tu ne sembles pas particulièrement heureuse.

Je réfléchis quelques secondes.

— Je suis soulagée. Mais je crois que j’aurais préféré découvrir tout cela dans d’autres circonstances.

Elle acquiesça.

— C’est compréhensible.

— Je donnerais beaucoup pour pouvoir parler à ma mère une dernière fois.

Celeste prit ma main.

— Moi aussi.

Nous restâmes ainsi quelques instants.

Puis elle ajouta :

— Mais tu sais, il y a quelque chose qu’Isabelle aurait voulu que tu comprennes.

— Quoi ?

— Elle ne t’a pas laissé quarante-deux pour cent d’une entreprise. Elle t’a laissé la possibilité de choisir.

Je regardai le dossier.

Puis je souris.

CHAPITRE 17 — LA NOUVELLE MAISON MOREAU

Un an après cette première soirée au Palais de Tokyo, je présentai mon premier grand projet au conseil d’administration.

Je voulais créer un programme international destiné à former de jeunes artisans et créateurs.

Les ateliers historiques seraient modernisés.

Les salariés bénéficieraient de nouvelles formations.

Une partie des bénéfices serait consacrée à la préservation des métiers traditionnels.

Je voulais également soutenir des femmes qui souhaitaient créer leur propre entreprise dans le secteur de la mode.

Certaines avaient des compétences remarquables, mais aucun accès aux réseaux financiers.

D’autres possédaient des idées extraordinaires, mais n’avaient jamais eu l’occasion de les présenter.

Je savais ce que signifiait être sous-estimée.

Je savais également ce que signifiait avoir besoin que quelqu’un vous fasse confiance.

Le conseil examina mon projet pendant plusieurs heures.

Certains administrateurs posèrent des questions difficiles.

D’autres demandèrent des garanties financières.

Je répondis sans chercher à impressionner qui que ce soit.

Finalement, le président demanda un vote.

Le projet fut adopté.

Celeste me regarda.

— Félicitations, Élise.

Je souris.

— Nous avons beaucoup de travail.

— Tu as toujours eu cette manière de voir les choses.

Je regardai les membres du conseil.

— Alors commençons.

Quelques mois plus tard, le premier programme ouvrit ses portes.

La première promotion comptait vingt-quatre jeunes artisans.

Parmi eux se trouvait une jeune femme de vingt-six ans nommée Camille.

Elle avait quitté sa région pour venir apprendre la broderie haute couture.

Son dossier avait été refusé par plusieurs établissements parce qu’elle ne possédait pas de réseau familial dans le secteur.

Lorsque je lui remis son certificat d’admission, elle me serra les mains.

— Merci de m’avoir donné une chance.

Je souris.

— Ce n’est pas moi qui ai créé ton talent. Je t’ai simplement donné un endroit où tu peux le développer.

Elle baissa les yeux, émue.

Et je compris que c’était exactement le genre de chose que je voulais construire.

CHAPITRE 18 — LA DERNIÈRE LETTRE

Deux ans après la révélation de mon héritage, je retournai dans l’ancienne maison de ma mère.

La propriété se trouvait dans un petit village près de Lyon.

Je n’y étais pas revenue depuis longtemps.

Le jardin avait changé.

Les rosiers étaient plus grands.

Le vieux portail grinçait toujours.

Je traversai le couloir et montai dans la chambre de ma mère.

Tout était resté presque intact.

Son bureau.

Ses livres.

Ses carnets.

Une petite boîte à musique posée sur la commode.

Je l’ouvris.

La mélodie que j’entendis me fit immédiatement penser à mon enfance.

Je m’assis sur le lit.

Puis je remarquai une enveloppe glissée derrière un cadre.

Mon nom était inscrit dessus.

« Pour Élise, lorsqu’elle sera prête. »

Je l’ouvris avec précaution.

À l’intérieur se trouvait une dernière lettre.

« Ma petite fille,

Je ne sais pas à quel moment tu liras ces mots.

Peut-être dans quelques années. Peut-être lorsque tu auras déjà construit ta propre famille. Peut-être lorsque tu auras traversé des épreuves que je ne pourrai pas empêcher.

Je voudrais te dire quelque chose que je n’ai peut-être pas suffisamment répété.

Ne laisse jamais les personnes qui t’ont blessée devenir le centre de ton existence.

La colère peut te donner la force de te relever, mais elle ne doit pas décider de la direction que tu prendras ensuite.

Tu rencontreras des personnes qui te respecteront.

Tu rencontreras aussi des personnes qui essaieront de profiter de ta gentillesse.

Ne regrette jamais d’avoir été sincère.

La faute appartient à celui qui trahit, pas à celui qui fait confiance.

Si tu hérites un jour de la maison Moreau, prends-en soin si tu le souhaites.

Mais ne sacrifie jamais ta vie pour elle.

Une entreprise peut être reconstruite.

Une fortune peut être perdue.

Un nom peut être oublié.

Mais le temps que tu passes à vivre librement est irremplaçable.

Je t’aime plus que tout.

Maman. »

Je repliai la lettre.

Cette fois, je ne pleurai pas immédiatement.

Je regardai la fenêtre.

Le soleil descendait lentement derrière les arbres.

Je pensai à mon mariage.

À Adrian.

À Vanessa.

À Celeste.

À toutes ces années durant lesquelles j’avais cherché à être suffisamment aimée pour ne pas être abandonnée.

Puis je compris quelque chose.

Je n’avais pas besoin de récupérer mon ancienne vie.

Je devais simplement construire la suivante.

ÉPILOGUE — LA PLACE QUI M’APPARTENAIT

Trois ans après cette première humiliation, la maison Moreau organisa un nouveau défilé à Paris.

Cette fois, le spectacle était consacré à la mémoire des artisans qui avaient contribué à l’histoire de la marque.

Les invitations avaient été envoyées dans le monde entier.

Des créateurs, des journalistes, des investisseurs et des personnalités publiques étaient présents.

Au premier rang, une place était réservée à Celeste.

Une autre à moi.

À côté de nous se trouvait une troisième chaise.