Un matin, le collier avait disparu.
Adrian m’avait aidée à chercher.
Il avait même appelé la société chargée de la sécurité de l’immeuble.
Il m’avait serrée dans ses bras lorsque j’avais fondu en larmes.
— Les objets ne ramènent pas les morts, Élise, m’avait-il dit. Ta mère aurait voulu que tu avances.
J’avais fini par accepter sa disparition.
Et maintenant, je découvrais que mon mari avait probablement conservé le bijou pendant toutes ces années.
— Comment l’avez-vous obtenu ? demandai-je à Vanessa.
Elle se tourna vers Adrian.
— Je ne savais pas !
— Je t’ai posé une question, répétai-je.
Vanessa déglutit.
— Adrian me l’a donné il y a trois mois.
Trois mois.
Cela signifiait qu’il savait exactement à qui appartenait ce collier.
Celeste tendit la main.
— Il va falloir le restituer à son héritière.
Vanessa recula.
— Vous ne pouvez pas me traiter comme une voleuse !
— Je ne te traite pas de voleuse, répondit Celeste. Je te demande de rendre un bien familial dont tu ne peux justifier la provenance.
Un agent de sécurité s’approcha.
Vanessa détacha finalement le collier, mais ses doigts tremblaient tellement qu’elle faillit le laisser tomber.
Je le reçus dans mes mains.
Il était froid.
Étrangement froid.
Je passai mon pouce sur le fermoir et remarquai une petite gravure à l’intérieur.
I.M.
Les initiales de ma mère.
Puis une autre inscription.
E.M.
Les miennes.
Je levai les yeux vers Celeste.
Elle hocha doucement la tête.
— Ta mère avait fait ajouter tes initiales lorsqu’elle avait décidé de te transmettre ce bijou.
Je sentis les larmes monter.
— Elle voulait donc me le donner ?
— Elle voulait que tu le portes le jour où tu comprendrais enfin qui tu étais.
Je serrai le collier contre ma poitrine.
Pendant onze ans, j’avais cru être une femme ordinaire qui avait eu la chance d’épouser un homme ambitieux.
Je venais de découvrir que cet homme avait peut-être construit sa réussite en exploitant une histoire qui ne lui appartenait pas.
CHAPITRE 3 — QUARANTE-DEUX POUR CENT
Celeste m’invita à la rejoindre dans une salle privée attenante au salon.
Avant de partir, elle se retourna vers Adrian.
— Tu es libre de nous accompagner si tu souhaites expliquer certaines opérations financières.
— Je n’ai aucune obligation de vous suivre.
— C’est vrai. Mais je te conseille de ne pas quitter Paris.
Il eut un rire nerveux.
— Vous me menacez ?
— Non. Je te préviens.
Je suivis Celeste sans regarder derrière moi.
La pièce était calme.
Une longue table en bois sombre occupait le centre. Sur un écran mural apparaissait le logo de la maison Moreau, accompagné d’une phrase que je connaissais depuis mon enfance :
« La beauté traverse les générations. L’intégrité aussi. »
Celeste posa l’enveloppe devant moi.
À ses côtés se trouvait un homme d’une cinquantaine d’années, portant des lunettes fines et un costume gris.
— Je te présente Maître Laurent Delorme, notre avocat spécialisé en droit des sociétés et en successions.
Il me salua.
— Enchanté, madame Vale.
— Élise, simplement.
Celeste ouvrit l’enveloppe.
— Ta mère détenait 42 % de la société Moreau International au moment de son décès. Ces actions ont été placées dans une structure successorale afin de protéger tes intérêts.
Je regardai les documents.
Les chiffres me semblaient irréels.
— Pourquoi ne m’a-t-elle jamais parlé de cela ?
Celeste s’assit.
— Parce qu’elle voulait te protéger.
— De quoi ?
Son regard se troubla.
— De ton père.
Je restai immobile.
Mon père était mort lorsque j’avais huit ans, officiellement dans un accident de voiture.
Ma mère n’avait jamais aimé parler de cette période.
Elle avait simplement expliqué qu’il était parti trop tôt.
— Mon père n’avait rien à voir avec la mode, dis-je.
— C’est ce que tu as toujours cru.
Celeste échangea un regard avec l’avocat.
Puis elle continua :
— Ton père, Gabriel Moreau, était l’un des principaux architectes financiers du groupe. Il a participé à son développement international. Il a également découvert que plusieurs dirigeants détournaient des fonds.
Je sentis mon cœur accélérer.
— Il est mort dans un accident.
Celeste baissa les yeux.
— C’est la version officielle.
Maître Delorme prit la parole.
— Nous avons récemment récupéré des archives qui montrent que Gabriel préparait une procédure interne contre plusieurs associés. Peu avant sa mort, il avait également modifié certaines dispositions relatives aux droits de vote et à la transmission des actions.
Je regardai les documents.
— Et ma mère ?
— Elle a poursuivi son travail, répondit Celeste. Elle a protégé les actions de ta famille, mais elle a refusé de reprendre un rôle public. Elle craignait que les personnes responsables de la disparition de ton père s’intéressent à toi.
Je n’arrivais plus à respirer normalement.
— Et Adrian ? Quel est son rapport avec tout cela ?
Celeste posa les mains sur la table.
— C’est précisément ce que nous devons t’expliquer.
Maître Delorme ouvrit un dossier.
Des relevés bancaires apparurent.
Puis des contrats.
Puis une série de transferts entre plusieurs sociétés.
Je reconnus immédiatement le nom de l’une d’elles.
Vale Strategic Holdings.
La société d’Adrian.
— Depuis quatre ans, Adrian tente de réunir suffisamment de droits de vote pour prendre le contrôle opérationnel de Moreau International, expliqua l’avocat.
Je secouai la tête.
— Mais il possède une entreprise de conseil. Il n’a jamais travaillé pour Moreau.
— Officiellement, non.
Celeste se pencha vers moi.
— Il a commencé à approcher certains actionnaires après votre mariage. Il a utilisé des sociétés intermédiaires pour acheter des participations. Il a ensuite tenté d’obtenir une procuration sur tes actions.
Je restai silencieuse.
— Mais je n’ai jamais signé de procuration.
Maître Delorme sortit une feuille.
— C’est justement le problème.
Je pris le document.
Une signature figurait au bas de la page.
Élise Moreau.
Je la connaissais.
C’était ma signature.
Ou du moins, elle lui ressemblait énormément.
Mais je n’avais jamais vu ce document.
— C’est un faux.
L’avocat acquiesça.