— Tu m’avais dit que les actions seraient transférées avant la fin du mois !

Je sentis mon cœur s’arrêter.

Vanessa venait de prononcer une phrase que je n’oublierais jamais.

Adrian la saisit par le bras.

— Pas maintenant.

Elle se dégagea violemment.

— Tu m’avais dit qu’Élise ne possédait plus rien !

Je me tournai vers elle.

— Qu’est-ce que tu sais ?

Vanessa hésita.

Puis elle regarda Adrian.

Pour la première fois, elle semblait avoir peur de lui.

— Il m’a demandé de travailler avec lui, dit-elle.

— Pour faire quoi ?

— Pour convaincre certains actionnaires que tu n’étais pas en état de gérer tes droits.

Je sentis une colère froide monter en moi.

— Comment ?

Elle baissa les yeux.

— Il m’a demandé de récupérer des informations sur ta famille. Il voulait savoir où tu avais conservé les documents de ta mère. Il m’a aussi demandé de photographier certains papiers lorsque je venais chez vous.

Je regardai Adrian.

Il ne niait rien.

Vanessa poursuivit :

— Il m’avait promis qu’une fois les actions transférées, nous pourrions partir ensemble. Il disait que votre divorce était déjà prévu et que tu ne représentais plus rien pour lui.

Je sentis mes doigts devenir glacés.

— Tu savais que ce collier appartenait à ma mère ?

Vanessa secoua la tête.

— Je savais qu’il venait d’une famille importante. Je ne savais pas qu’il t’appartenait.

— Et tu as accepté de porter un bijou que ton amant avait volé à sa femme ?

Elle éclata en sanglots.

— Je ne savais pas !

Adrian leva les yeux au ciel.

— C’est terminé. Tu n’as aucune preuve de ce que tu racontes.

Vanessa le regarda avec incrédulité.

— Tu m’avais dit que tu me protégerais !

— Je t’ai dit beaucoup de choses.

Cette réponse fut plus révélatrice que tous les documents.

Vanessa comprit qu’elle avait été utilisée.

Et moi, je compris que nous avions peut-être été deux femmes différentes à croire les promesses du même homme.

Mais cela ne faisait pas de nous des alliées.

Pas encore.

CHAPITRE 6 — LA DERNIÈRE NUIT DANS NOTRE MAISON

Je quittai Paris le soir même pour rejoindre l’appartement que nous possédions à Neuilly.

Je voulais récupérer mes affaires.

Je ne voulais plus passer une seule nuit sous le même toit qu’Adrian.

Lorsque j’entrai, tout semblait étrangement normal.

Les fleurs blanches dans le salon.

Les tableaux que nous avions choisis ensemble.

Les photographies de nos voyages.

Sur une étagère, une image de notre mariage.

J’y apparaissais souriante, les mains posées sur le bras d’Adrian.

Il me regardait avec une expression que j’avais longtemps prise pour de l’amour.

Je me demandai combien de fois il avait souri devant moi en pensant à autre chose.

Je montai dans notre chambre.

Une valise était posée près du dressing.

Je commençai à ranger mes vêtements.

Puis je remarquai que le tiroir de son bureau était légèrement ouvert.

Je n’avais jamais fouillé ses affaires.

Même après ses absences répétées.

Même après les appels nocturnes.

Même après les premiers soupçons.

Mais cette fois, je n’avais plus aucune raison de protéger ses secrets.

Le tiroir contenait plusieurs dossiers.

Le premier portait le titre :

PROJET ISABELLE.

Le deuxième :

TRANSFERT MOREAU — PHASE FINALE.

Le troisième avait été glissé sous une chemise cartonnée.

Je l’ouvris.

Une photographie de moi apparaissait sur la première page.

C’était une photo prise à la sortie d’un cabinet médical.

Sous l’image, une annotation manuscrite :

« État émotionnel fragile. Possibilité de demander une mesure de protection si nécessaire. »

Je dus m’asseoir.

Il avait donc préparé un dossier destiné à me faire passer pour incapable de gérer mes propres intérêts.

Plusieurs courriers mentionnaient des rendez-vous avec un médecin que je n’avais jamais rencontré.

D’autres évoquaient des témoignages de personnes qui auraient prétendument constaté mon instabilité.

Je tournai les pages.

Puis je découvris un document qui me coupa le souffle.

Une copie de mon acte de mariage.

À côté, une note :

« La relation doit être maintenue jusqu’à la sécurisation complète de la succession. »

Je relus la phrase.

Une fois.

Deux fois.

Puis une troisième.

Mon mariage était devenu un calendrier de prise de contrôle.

Je pris des photographies de chaque page.

J’envoyai les copies à Maître Delorme.

Quelques secondes plus tard, mon téléphone vibra.

C’était Celeste.

— Élise, as-tu découvert quelque chose ?

— Oui.

Ma voix était presque méconnaissable.

— J’ai trouvé un dossier sur moi. Il voulait me faire déclarer incapable de gérer mon héritage.

Un silence.

Puis Celeste répondit :

— Ne touche plus à rien. Prends uniquement les copies que tu as légalement le droit de conserver. Nous allons demander les mesures nécessaires pour protéger les documents et les preuves.

— Il avait prévu de me dépouiller depuis le début.

— Je le crains.

Je regardai notre photographie de mariage.

— Pourquoi m’a-t-il fait ça ?

Celeste soupira.

— Parce qu’il croyait que ton héritage était une porte vers le pouvoir. Et parce qu’il a probablement fini par croire que tu étais incapable de découvrir la vérité.

Je raccrochai.

Puis je pris le cadre de notre mariage.

Je ne le jetai pas.

Je le retournai simplement contre le mur.

Ce fut le premier geste que je fis pour mettre fin à notre histoire.

CHAPITRE 7 — LA FEMME QUI AVAIT TOUT ENTENDU

Le lendemain matin, Vanessa demanda à me rencontrer.

Je refusai d’abord.

Puis elle m’envoya un message.

« Je possède quelque chose qui pourrait vous aider. Ce n’est pas une demande de pardon. Je veux seulement que vous sachiez la vérité. »

Nous nous retrouvâmes dans un café discret près de la place Saint-Sulpice.

Vanessa arriva sans maquillage.

Elle ne portait plus de vêtements de luxe.

Elle avait l’air épuisée.

Elle posa une clé USB sur la table.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Des enregistrements.

Je ne touchai pas immédiatement l’objet.

— Pourquoi me les donner ?

— Parce qu’Adrian m’a menti.

Je la regardai.