Puis je partis.

Je ne me retournai pas.

CHAPITRE 11 — LA CHUTE DE VANESSA ET D’ADRIAN

Les semaines suivantes furent particulièrement difficiles.

Les journaux financiers publièrent plusieurs articles sur les investigations concernant Vale Strategic Holdings.

Des partenaires commerciaux suspendirent leurs contrats.

Plusieurs banques demandèrent des explications sur des opérations jugées inhabituelles.

Philippe Dumas fut convoqué par les autorités compétentes.

Adrian engagea deux cabinets d’avocats pour défendre ses intérêts.

Il affirmait être victime d’une campagne de déstabilisation organisée par Celeste Moreau.

Mais les documents continuaient de s’accumuler.

Les experts examinèrent la procuration.

Les enquêteurs étudièrent les transferts.

Les enregistrements furent analysés.

Le témoignage de Vanessa apporta des éléments supplémentaires.

Elle ne fut pas épargnée par les conséquences de ses actes.

Elle dut répondre à des questions sur sa participation aux opérations et remettre l’ensemble des documents qu’elle détenait.

Elle perdit plusieurs contrats publicitaires.

Des marques avec lesquelles elle travaillait prirent leurs distances.

Elle découvrit que la célébrité qu’elle avait recherchée pouvait disparaître en quelques jours.

Un soir, elle m’envoya un dernier message.

« Je sais que je n’ai aucun droit de vous demander quoi que ce soit. Je voulais simplement vous dire que j’ai raconté toute la vérité. Je suis désolée d’avoir participé à ce qui vous est arrivé. »

Je ne répondis pas.

Pas par cruauté.

Simplement parce que certaines excuses ne peuvent pas effacer ce qui a été fait.

Quant à Adrian, son entreprise entra dans une période de crise.

Plusieurs opérations furent gelées dans l’attente des conclusions des enquêtes.

Il dut quitter certaines fonctions au sein de sociétés partenaires.

Son image publique, soigneusement construite pendant des années, commença à s’effondrer.

Mais je ne ressentis aucune joie particulière en lisant ces nouvelles.

Je n’avais jamais souhaité voir un homme perdre tout ce qu’il possédait.

J’avais simplement voulu qu’il cesse de prendre ce qui ne lui appartenait pas.

CHAPITRE 12 — LA FEMME QUI NE VOULAIT PAS DEVENIR SON ENNEMIE

Deux mois après la réunion du conseil, je retournai dans les ateliers historiques de Moreau.

Celeste m’y attendait.

Je portais un simple pantalon noir et une chemise blanche.

Aucun bijou.

Aucune tenue extravagante.

Je voulais voir l’entreprise telle qu’elle était réellement.

Pas les salons privés.

Pas les défilés.

Pas les photographes.

Les ateliers.

Les femmes et les hommes qui travaillaient chaque jour sur les vêtements, les matières et les détails.

Une jeune couturière m’accueillit.

— Bonjour, madame Moreau.

Je souris.

— Élise, simplement.

Elle me conduisit vers une grande table où plusieurs pièces étaient disposées.

Des robes en soie.

Des manteaux brodés.

Des prototypes.

Je passai doucement les doigts sur un tissu.

— Combien de temps faut-il pour réaliser cette pièce ?

— Presque trois semaines, répondit-elle.

— Et vous êtes combien à travailler dessus ?

— Quatre personnes.

Je regardai les mains de la jeune femme.

Elles portaient de petites marques de travail.

Je pensai à ma mère.

Elle m’avait toujours dit que la véritable valeur d’un vêtement ne se trouvait pas dans son prix, mais dans les heures de travail et le savoir-faire qu’il contenait.

Celeste s’approcha.

— Alors ?

— Je veux comprendre chaque métier avant de prendre une décision sur l’avenir de cette maison.

Elle sourit.

— C’est exactement ce que ta mère aurait voulu.

Je me tournai vers elle.

— Je ne veux pas seulement conserver les quarante-deux pour cent.

— Que veux-tu faire ?

— Je veux protéger les artisans. Je veux que les ateliers restent au cœur de l’entreprise. Je veux également développer des programmes de formation pour les jeunes créateurs.

Celeste me regarda longuement.

— Tu sais que cela demandera du temps.

— Je sais.

— Et beaucoup de travail.

— Je n’ai jamais eu peur de travailler.

Elle éclata doucement de rire.

— Non. Cela, je peux te le confirmer.

Je passai les semaines suivantes à rencontrer les responsables des différents départements.

Je découvris les difficultés financières de certaines divisions.

Je compris les tensions entre les équipes.

Je pris connaissance des contrats internationaux.

Je n’essayai jamais de prétendre que je savais tout.

J’écoutais.

Je posais des questions.

Je prenais des notes.

Et progressivement, les employés cessèrent de me regarder comme une héritière inconnue.

Ils commencèrent à me considérer comme quelqu’un qui voulait réellement comprendre leur travail.

CHAPITRE 13 — LE DOCUMENT QUE MON PÈRE AVAIT LAISSÉ

Un après-midi, Maître Delorme me demanda de venir à son cabinet.

Il avait retrouvé un document supplémentaire dans les archives de Gabriel Moreau.

Il s’agissait d’une lettre adressée à Celeste plusieurs semaines avant sa mort.

— Nous avons récemment authentifié ce document, expliqua-t-il.

Je m’assis.

Il me tendit les pages.

« Celeste,

Si quelque chose m’arrive, protège Isabelle et notre fille.

Victor est allé trop loin.

Je pensais qu’il voulait seulement gagner davantage d’influence au sein de l’entreprise. Mais il a découvert que les actions familiales ne pourraient jamais être transférées sans l’accord d’Isabelle.

Il cherche maintenant à contourner les règles.

Je ne lui fais plus confiance.

Je refuse de laisser cette maison devenir un instrument de domination.

Si Élise hérite un jour de mes parts, je veux qu’elle sache que cet héritage n’est pas une récompense.

C’est une responsabilité.

Qu’elle soit libre de le conserver, de le transformer ou même de s’en séparer.

Mais qu’elle ne laisse jamais quelqu’un lui faire croire que sa valeur dépend de ce qu’elle possède.

Gabriel. »

Je relus les dernières lignes.

Mon père avait écrit presque les mêmes mots que ma mère.

Je levai les yeux vers l’avocat.

— Pourquoi ce document était-il caché ?

— Il se trouvait dans une archive privée, probablement conservée à l’écart pendant des années. Nous ne savons pas encore pourquoi il n’a pas été transmis à ta mère.

Je restai silencieuse.

Puis je posai une question.

— Est-ce que mon père savait qu’il était en danger ?

Maître Delorme prit le temps de répondre.

— Les documents suggèrent qu’il avait des raisons de s’inquiéter. En revanche, ils ne permettent pas de conclure que son accident a été provoqué.

Je hochai lentement la tête.