« Ils étaient trois cette nuit-là. L’un a organisé, l’autre a signé, le troisième a exécuté. »
Claire sentit ses jambes se dérober.
— Ma mère savait tout cela ?
— Elle avait des soupçons, répondit Sophie. Mais elle ne voulait pas accuser quelqu’un sans preuve.
L’enquêtrice referma le carnet.
— Nous allons transmettre ces éléments au parquet. À partir de maintenant, personne ne doit contacter ces hommes.
Mais il était déjà trop tard.
Car Victor venait d’apprendre que la boîte avait été retrouvée.
Et cette fois, il ne comptait plus seulement intimider sa nièce.
Il voulait récupérer la dernière preuve qui pouvait le faire tomber.
PARTIE 8 — LA NUIT OÙ EMMA A DISPARU
Ce soir-là, Sophie avait préparé le dîner.
Emma était assise à la table de la cuisine.
Elle dessinait une maison avec un grand jardin.
Au-dessus de la porte, elle avait écrit :
« Chez mamie Marguerite ».
Sophie sourit en voyant le dessin.
— Tu veux lui montrer demain ?
— Oui. Elle m’a promis qu’elle viendrait voir mon école quand elle ira mieux.
Sophie ne répondit pas.
Elle savait que Marguerite était très malade.
Mais elle ne voulait pas briser les espoirs de sa fille.
Un bruit se fit entendre à l’extérieur.
Sophie leva la tête.
Elle pensa d’abord à un voisin.
Puis la lumière du jardin s’éteignit.
Elle se leva.
— Emma, reste ici.
Elle s’approcha de la fenêtre.
Une silhouette venait de passer devant le portail.
Puis elle entendit trois coups contre la porte.
Sophie recula.
— Qui est là ?
Une voix masculine répondit :
— Police.
Elle ne bougea pas.
— Montrez votre badge.
Aucune réponse.
Puis une autre voix.
— Sophie, nous savons que vous avez les documents.
Elle reconnut immédiatement cette voix.
C’était Victor.
Elle attrapa son téléphone.
Mais avant qu’elle puisse appeler, la porte céda.
Deux hommes entrèrent.
Sophie cria à Emma de courir vers la chambre.
La fillette se leva brusquement.
Elle ne comprenait pas.
L’un des hommes saisit Sophie par le bras.
Elle se débattit.
— Ne touchez pas à ma fille !
Victor apparut dans l’encadrement.
Il avait le visage fermé.
— Où est la boîte ?
Sophie cracha presque ses mots.
— Je ne sais pas de quoi tu parles.
Il fit un signe à l’un des hommes.
Celui-ci se dirigea vers le couloir.
Mais Emma avait déjà réussi à se cacher dans une petite armoire de rangement.
Elle retenait sa respiration.
Elle entendait les voix.
Elle entendait sa mère pleurer.
Et elle entendit surtout Victor prononcer une phrase qui allait rester gravée dans sa mémoire.
— Tu aurais dû rester silencieuse. Maintenant, tout le monde va payer.
Quelques minutes plus tard, les hommes quittèrent la maison.
Sophie était blessée.
La boîte avait disparu.
Mais Emma était introuvable.
Victor avait cru qu’elle était partie avec sa mère.
En réalité, la fillette avait réussi à sortir par la porte arrière pendant qu’un des hommes fouillait le salon.
Elle avait couru jusqu’à la maison d’une voisine.
Celle-ci appela immédiatement les secours.
Lorsque Claire apprit la nouvelle, elle se précipita à l’hôpital.
Sophie avait été transportée aux urgences.
Emma se trouvait dans une pièce voisine, sous la surveillance d’une infirmière.
Claire entra.
La fillette était assise sur un fauteuil.
Ses chaussures étaient couvertes de boue.
Elle tenait contre elle le dessin qu’elle avait commencé avant l’arrivée des hommes.
— Emma…
La petite leva les yeux.
Puis elle se mit à pleurer.
Claire s’agenouilla devant elle.
— Tu es en sécurité maintenant.
Emma secoua la tête.
— Ils ont pris la boîte.
— Ce n’est pas grave.
— Mais grand-mère avait dit que c’était important.
Claire lui prit les mains.
— Écoute-moi. Tu es beaucoup plus importante que tous les papiers du monde.
Emma baissa la tête.
— Ils ont fait du mal à maman.
Claire la serra contre elle.
— Les médecins vont s’occuper d’elle.
— Est-ce qu’elle va mourir ?
Claire ne répondit pas immédiatement.
Elle ne voulait pas mentir.
— Ils font tout pour qu’elle aille mieux.
Emma enfouit son visage contre son épaule.
— Je ne veux pas perdre ma maman.
Claire ferma les yeux.
Elle pensa à ses quinze années de solitude.
À toutes les nuits où elle avait pleuré sa propre mère.
Puis elle murmura :
— Je ne te laisserai pas affronter ça toute seule.
À cet instant, Antoine entra dans la pièce.
Il avait le téléphone à la main.
— Claire, la police vient de retrouver la voiture de Victor.
— Où ?
— À proximité de la clinique où ton père était soigné.
Elle se redressa.
— Qu’est-ce qu’il fait là-bas ?
Antoine hésita.
— Il vient de demander à rencontrer le docteur Laurent.
Claire comprit immédiatement.
Victor avait peur.
Et les personnes qui avaient participé à son secret commençaient probablement à se retourner contre lui.
PARTIE 9 — LE DOCTEUR QUI AVAIT SIGNÉ LA MORT
L’enquêtrice Garnier retrouva le docteur Laurent dans son bureau.
Il avait déjà appris que la photographie avait été découverte.
Il savait également que Victor avait tenté de récupérer les documents chez Sophie.
Lorsqu’il vit les policiers entrer, il comprit que le temps des arrangements était terminé.
— Nous devons vous poser quelques questions concernant le décès de monsieur Moreau, annonça l’enquêtrice.
Le médecin resta debout.
— Cela remonte à quinze ans.
— Justement. Nous avons retrouvé des documents qui remettent en question certaines conclusions médicales de l’époque.
Elle posa devant lui une copie du rapport.
Le docteur Laurent regarda les pages.
Ses mains tremblaient.
— Je n’ai rien fait de mal.
— Alors vous n’aurez aucune difficulté à nous expliquer pourquoi vous avez modifié le dossier médical du patient après son décès.
Le médecin ne répondit pas.
L’enquêtrice sortit ensuite la photographie.
— Qui est cet homme ?
Il fixa l’image.
— Bernard Vautrin.
— Quel était son rôle ?
— Il travaillait pour la sécurité de l’établissement.
— Et pourquoi se trouvait-il dans le couloir de la chambre de monsieur Moreau la nuit de sa mort ?