Elle arriva moins d’une heure plus tard.
Après avoir écouté Marguerite, elle demanda à parler à Claire en privé.
— Votre oncle est-il au courant que votre mère est ici ?
— Il sait que nous l’avons retrouvée.
— A-t-il accès à votre domicile ?
— Il possède encore un double de certaines clés.
— Et connaît-il les lieux où votre mère a vécu ces dernières années ?
— Je ne pense pas.
L’enquêtrice prit quelques notes.
— Je vais être honnête avec vous. Si ce que votre mère raconte est exact, nous sommes face à une affaire sérieuse. Mais il faudra des preuves vérifiables.
— Il y a un coffre bancaire, répondit Claire.
— Nous allons examiner cette piste. Ne contactez pas votre oncle et ne cherchez pas à le confronter vous-mêmes.
Claire acquiesça.
Avant de partir, Élodie regarda Emma.
— Tu as fait quelque chose de très courageux aujourd’hui.
La petite fille baissa timidement la tête.
— Je voulais juste que ma grand-mère retrouve sa fille.
L’enquêtrice sourit.
— Et tu as réussi à ouvrir une porte que beaucoup d’adultes avaient laissée fermée.
À la sortie de l’hôpital, Victor attendait près de sa voiture.
Il avait quitté la salle de mariage avant les autres invités.
Il avait d’abord essayé de joindre Claire.
Puis Antoine.
Personne n’avait répondu.
Il avait ensuite appris qu’ils se trouvaient à Saint-Augustin.
Cette nouvelle l’avait glacé.
Il avait cru que Marguerite était trop affaiblie pour révéler quoi que ce soit.
Il avait même pensé que la maladie finirait par emporter ses derniers souvenirs.
Mais maintenant, il comprenait qu’il avait commis une erreur.
Il avait sous-estimé cette petite fille.
Et il avait surtout sous-estimé la détermination de Claire.
Il monta dans sa voiture et appela un homme.
— Il faut retrouver le coffre.
— Je croyais que les documents avaient été détruits.
— Ils ne l’ont pas été.
— Et Marguerite ?
Victor resta silencieux.
— Elle est vivante, dit-il finalement.
L’homme au bout du fil ne répondit pas immédiatement.
— Tu m’avais dit qu’elle était morte.
— Je sais ce que je t’ai dit.
— Alors qu’est-ce que tu veux que je fasse ?
Victor regarda les lumières de l’hôpital.
— Je veux que tu retrouves Sophie. Et que tu me rapportes tout ce qu’elle possède.
— Et si elle refuse ?
La voix de Victor devint froide.
— Elle ne refusera pas longtemps.
Il raccrocha.
Puis il resta quelques secondes immobile.
Il avait construit sa vie autour d’une seule idée : ne jamais perdre ce qu’il avait pris.
Et il n’allait certainement pas tout abandonner à cause d’une lettre vieille de quinze ans.
PARTIE 5 — LE COFFRE NUMÉRO 317
Le lendemain matin, Claire se réveilla dans une chambre d’hôtel.
Elle avait passé la nuit à l’hôpital avec Antoine.
Elle portait toujours une partie de sa tenue de mariage.
Son bouquet était posé dans un vase improvisé, sur une petite table.
Elle n’avait presque pas dormi.
À sept heures, elle reçut un appel de l’enquêtrice Garnier.
— Nous avons retrouvé l’avocat dont votre mère nous a parlé.
Claire se redressa.
— Maître Perrin ?
— Oui. Il accepte de vous rencontrer aujourd’hui. Mais il souhaite d’abord vérifier certains éléments.
— Où ?
— À Bordeaux.
Antoine ouvrit les yeux.
Il avait entendu la conversation.
— Nous allons y aller, dit-il.
L’enquêtrice leur recommanda de ne pas voyager seuls.
Une voiture de police devait les accompagner jusqu’à la gare.
Avant leur départ, Claire retourna dans la chambre de sa mère.
Marguerite était réveillée.
Emma dormait sur un fauteuil, la tête posée contre un coussin.
— Tu pars déjà ? demanda Marguerite.
Claire s’approcha.
— Je dois retrouver Maître Perrin.
Sa mère acquiesça.
— Il saura quoi faire.
— Tu connais le contenu du coffre ?
— Oui.
— Il y a des documents contre Victor ?
— Il y a surtout des documents qui prouvent ce que ton père avait découvert avant sa mort.
Claire fronça les sourcils.
— Mon père ?
Marguerite prit une inspiration.
— Ton père n’est pas mort comme on te l’a raconté non plus.
Claire sentit son corps se raidir.
Elle n’avait presque aucun souvenir de lui.
Il était mort lorsqu’elle avait quatre ans.
On lui avait toujours expliqué qu’il avait succombé à une maladie cardiaque.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Marguerite ferma les yeux.
— Ton père avait découvert les premières irrégularités dans les comptes de Victor. Il avait commencé à réunir des preuves. Quelques semaines plus tard, il est mort dans des circonstances que je n’ai jamais réussi à éclaircir.
Claire resta silencieuse.
— Tu penses qu’il a été tué ?
— Je ne peux pas te l’affirmer. Je ne veux pas te donner de certitudes sans preuves. Mais j’ai toujours pensé que sa mort était liée à ce qu’il avait découvert.
La jeune femme s’assit au bord du lit.
Elle avait l’impression de découvrir une famille entièrement différente de celle dans laquelle elle avait grandi.
— Pourquoi ne m’as-tu jamais rien dit ?
Marguerite lui prit la main.
— Parce que je voulais que tu aies une enfance. Je ne voulais pas que tu grandisses au milieu des soupçons et de la peur.
Elle lui tendit une petite clé attachée à un ruban.
— Cette clé ouvre le coffre.
Claire la prit.
— Et si les documents ont disparu ?
— Alors nous chercherons ailleurs. Mais je ne crois pas que Victor ait réussi à tout récupérer.
Marguerite marqua une pause.
— Il y a aussi quelque chose que tu dois savoir. Ton père avait enregistré un message avant sa mort. Il l’avait confié à son avocat.
Claire sentit ses yeux se remplir de larmes.
— Un message pour moi ?
— Oui.
La vieille femme sourit.
— Il disait qu’il voulait que tu l’entendes lorsque tu serais assez grande pour comprendre que la vérité n’est pas toujours facile à accepter.
Claire se pencha et embrassa son front.
— Je reviendrai.
Marguerite ferma les yeux.