Claire courut jusqu’au lit et se jeta doucement dans ses bras.

— Maman ! Maman !

Marguerite l’enlaça comme elle le pouvait.

Elle caressa ses cheveux, son visage, ses épaules, comme si elle voulait vérifier que sa fille était bien réelle.

— Tu es là, murmura-t-elle. Tu es vraiment là.

— Pourquoi ? sanglota Claire. Pourquoi tu ne m’as jamais retrouvée ?

Marguerite ferma les yeux.

Une larme glissa sur sa joue.

— Je t’ai cherchée, ma chérie. Je t’ai cherchée pendant des années.

— On m’a dit que tu étais morte.

— Je sais.

— On m’a enterré ton nom dans une histoire d’accident. J’ai grandi en pensant que tu m’avais quittée.

Marguerite serra sa main.

— Je sais, Claire. Et je suis désolée.

La jeune femme recula légèrement pour regarder sa mère.

— Qui m’a menti ?

Marguerite tourna les yeux vers Antoine.

Puis vers Emma.

— Ton oncle.

Le silence qui suivit fut terrible.

— Victor ? demanda Claire.

Sa mère acquiesça.

— Mais ce n’est pas seulement lui. Il y a une autre personne que tu dois connaître.

Elle désigna la photographie sur la table de chevet.

Claire la prit.

On y voyait Marguerite, beaucoup plus jeune, debout devant une maison. À ses côtés se tenait une femme brune tenant un bébé dans ses bras.

Claire retourna la photo.

Au dos, une inscription était visible :

« À Marguerite, qui m’a offert une seconde chance. Sophie et Emma, 2019. »

Claire leva les yeux.

— Sophie ?

Marguerite sourit faiblement.

— La mère d’Emma.

— Pourquoi cette femme a-t-elle gardé le médaillon ?

— Parce qu’elle m’a sauvée lorsque personne d’autre ne voulait m’aider.

La vieille femme prit une longue inspiration.

— Claire, ce que je vais te raconter ne concerne pas seulement notre famille. Cela concerne aussi une petite fille qui n’aurait jamais dû être mêlée à cette histoire.

Elle regarda Emma.

— Approche, mon ange.

Emma s’avança et prit sa main.

— Tu as été courageuse.

Puis Marguerite se tourna vers sa fille.

— Il est temps que tu saches pourquoi ton oncle voulait absolument que je disparaisse.

PARTIE 3 — LE MENSONGE QUI AVAIT RAPPORTÉ DES MILLIONS

Quinze ans plus tôt, Marguerite Moreau n’était pas seulement une mère de famille.

Elle était également la principale héritière d’une entreprise fondée par son père : Moreau Patrimoine.

Cette société possédait plusieurs immeubles, des terrains constructibles et des parts dans différentes entreprises régionales.

Sa valeur était considérable.

À la mort de son père, Marguerite avait hérité de soixante pour cent des parts.

Son frère Victor avait reçu une participation minoritaire et une fonction de directeur administratif.

Pendant plusieurs années, ils avaient travaillé ensemble.

Marguerite s’occupait des décisions stratégiques et des investissements.

Victor gérait les opérations quotidiennes.

Au début, leur relation était bonne.

Mais progressivement, Marguerite avait découvert des irrégularités dans les comptes.

Des factures fictives.

Des transferts vers des sociétés qui n’avaient aucune activité réelle.

Des achats immobiliers effectués à des prix anormalement élevés.

Elle avait d’abord pensé à des erreurs comptables.

Puis elle avait découvert que plusieurs millions d’euros avaient quitté les comptes de l’entreprise.

Et que les signatures autorisant ces mouvements portaient le nom de son frère.

Elle l’avait confronté un soir dans le bureau familial.

— Victor, explique-moi ces transferts.

Il avait regardé les documents sans répondre.

— Tu as pris de l’argent dans la société.

— Ce n’est pas ce que tu crois.

— Alors explique-moi.

Il avait fini par avouer qu’il avait utilisé une partie des fonds pour financer des investissements personnels.

Il promettait de rembourser.

Il disait avoir simplement voulu faire fructifier l’argent de la famille.

Marguerite lui avait laissé une chance.

Elle lui avait demandé de régulariser les comptes et de restituer les sommes.

Mais quelques semaines plus tard, elle avait découvert que les mouvements financiers continuaient.

Cette fois, elle avait compris que son frère ne s’arrêterait pas.

Elle avait pris rendez-vous avec un avocat spécialisé.

Elle avait commencé à rassembler les preuves.

Et elle avait également découvert une autre vérité.

Victor préparait le transfert de plusieurs biens immobiliers vers une société étrangère dont il était le véritable bénéficiaire.

S’il parvenait à finaliser l’opération, Marguerite perdrait une grande partie de son patrimoine.

Elle décida alors de modifier les règles de gouvernance de l’entreprise.

Mais Victor apprit ce qu’elle préparait.

Il comprit que sa sœur pouvait le faire condamner.

Et il prit une décision.

Une décision qui allait détruire deux vies.

La nuit de sa disparition, Marguerite devait se rendre à Lyon pour rencontrer son avocat.

Elle avait laissé Claire chez une amie de confiance.

Victor l’avait appelée en prétendant qu’un problème urgent nécessitait sa présence au siège de l’entreprise.

Marguerite avait accepté de le rejoindre.

Elle ignorait qu’il avait organisé cette rencontre avec deux hommes.

Lorsqu’elle arriva, son frère l’attendait dans un parking souterrain.

Il lui demanda de monter dans sa voiture pour discuter.

Elle refusa.

Il insista.

Puis la dispute éclata.

— Tu vas détruire toute notre famille ! avait-il crié.

— C’est toi qui as détruit cette famille en volant notre héritage !

— Tu ne comprends pas ce que tu fais.

— Je comprends parfaitement. Demain, les documents seront remis à la justice.

Victor avait alors perdu son calme.

Il avait essayé de lui prendre son sac contenant les dossiers.

Marguerite s’était débattue.

L’un des hommes présents l’avait poussée.

Elle était tombée contre un véhicule et s’était blessée à la tête.

Lorsqu’elle avait repris connaissance, elle se trouvait dans une maison isolée, à plusieurs kilomètres de la ville.

Ses papiers avaient disparu.

Son téléphone avait été détruit.

Victor lui avait expliqué qu’elle ne reverrait jamais sa fille si elle ne signait pas certains documents.

Marguerite avait refusé.

Alors son frère avait commencé à lui raconter ce qu’il allait faire.

Il allait annoncer sa mort.

Il allait organiser des funérailles sans corps identifiable.

Il allait récupérer le contrôle de ses parts en utilisant des procurations et de faux documents.