Claire expliqua ce qu’elle avait remarqué.

Maître Perrin sortit une photographie du dossier.

— Est-ce cet homme ?

Elle l’observa.

Son visage devint livide.

— Oui.

L’avocat ferma les yeux.

— C’est le docteur Laurent.

Le docteur Laurent avait été le médecin de la famille Moreau pendant près de vingt ans.

Il avait suivi le père de Claire, puis Marguerite.

Il avait également signé plusieurs documents médicaux concernant la mort de son père.

Et il avait été l’un des témoins présents lors de la cérémonie organisée après le prétendu décès de Marguerite.

L’enquêtrice Garnier demanda immédiatement une vérification de son emploi du temps et de ses anciens dossiers médicaux.

Mais il manquait encore une pièce essentielle.

La raison pour laquelle il avait aidé Victor.

C’est Emma qui allait involontairement fournir le premier élément.

Lorsqu’ils arrivèrent à l’hôtel, la fillette se trouvait dans le salon avec Sophie.

La mère d’Emma était venue les rejoindre après avoir appris ce qui s’était passé.

Elle était inquiète.

— Où est ma fille ? demanda-t-elle.

Emma courut vers elle.

Sophie l’embrassa.

Puis elle aperçut Claire.

— Je suis désolée pour ce qui s’est passé au mariage.

Claire s’approcha.

— Vous n’avez pas à vous excuser. C’est moi qui vous dois des excuses.

Sophie baissa les yeux.

— Marguerite m’avait demandé de ne rien révéler avant le mariage. Elle voulait que sa fille soit entourée de personnes capables de la soutenir.

— Pourquoi ne m’avez-vous jamais contactée ?

Sophie hésita.

— Parce que Victor m’avait retrouvée.

Claire se figea.

— Quand ?

— Il y a trois ans. Il m’a demandé où se trouvait Marguerite. Je lui ai répondu que je ne savais pas.

— Mais vous saviez.

— Oui.

Sophie inspira profondément.

— Il m’a montré une photographie d’Emma à la sortie de son école. Il m’a expliqué que si je parlais, ma fille pourrait avoir des problèmes.

Claire sentit une vague de colère monter.

— Il a menacé une enfant ?

Sophie acquiesça.

— Je voulais protéger ma fille.

Elle prit Emma dans ses bras.

— Marguerite m’avait demandé de garder le médaillon. Elle m’avait aussi confié une enveloppe. Je devais la remettre à Claire le jour de son mariage.

— Une autre enveloppe ?

Sophie acquiesça.

— Oui. Mais elle n’est pas avec moi.

Claire fronça les sourcils.

— Où est-elle ?

— Chez moi, dans une boîte cachée sous le plancher de mon ancienne chambre.

Elle hésita.

— Il y a aussi une photographie. Une photographie que Marguerite m’a demandé de ne jamais montrer à Victor.

Antoine intervint :

— Que représente-t-elle ?

Sophie regarda Emma.

Puis elle répondit :

— La personne qui était présente la nuit où le père de Claire est mort.

Le silence retomba.

Claire sentit son cœur s’arrêter presque.

— Vous savez qui a tué mon père ?

Sophie secoua la tête.

— Non. Je sais seulement que cette photographie montre trois personnes devant l’entrée de la clinique, quelques heures avant sa mort.

Elle prit une profonde inspiration.

— Et l’une d’elles était Victor.

PARTIE 7 — LA PHOTOGRAPHIE QUI A TOUT CHANGÉ

L’enquêtrice Garnier organisa une visite au domicile de Sophie.

La maison se trouvait dans un petit quartier résidentiel à l’extérieur de Bordeaux.

Elle était modeste, avec un jardin étroit et des volets bleus.

Sophie vivait là depuis plusieurs années avec Emma.

Elle conduisit les policiers jusqu’à sa chambre.

Sous une latte du parquet, elle avait dissimulé une petite boîte métallique.

Elle l’ouvrit.

À l’intérieur se trouvaient deux enveloppes, une photographie et un carnet.

Claire prit la première enveloppe.

Son prénom était écrit dessus.

Elle reconnut immédiatement l’écriture de sa mère.

Elle l’ouvrit.

« Claire,

Si tu es arrivée jusqu’ici, c’est que tu as découvert une partie de la vérité.

Je sais que tu as des questions sur ton père. Je sais aussi que tu risques d’être en colère contre moi.

Je voudrais te demander pardon.

Je n’ai pas été assez forte pour revenir vers toi.

J’ai choisi de vivre loin de toi parce que je pensais que c’était le seul moyen de te protéger.

Mais je veux que tu saches que ton père n’a jamais cessé de croire en toi.

Il avait découvert quelque chose qui dépassait les simples détournements d’argent.

Il avait compris que Victor travaillait avec une personne extérieure à notre famille.

Cette personne connaissait les dossiers médicaux de ton père.

Elle connaissait ses traitements.

Elle savait exactement comment exploiter sa maladie pour faire passer une mort suspecte pour une conséquence naturelle.

Je n’ai jamais pu prouver qui avait réellement agi cette nuit-là.

Mais la photographie que tu trouveras avec cette lettre pourrait te rapprocher de la vérité.

Ne cherche pas à te venger.

Cherche à comprendre.

Et laisse la justice faire ce que notre famille n’a jamais réussi à faire : regarder les faits sans détourner les yeux. »

Claire replia la lettre.

Ses doigts tremblaient.

L’enquêtrice prit la photographie.

Elle était ancienne, légèrement abîmée sur les bords.

On y voyait trois hommes devant une clinique.

Le premier était Victor.

Le deuxième était le docteur Laurent.

Le troisième était un homme que Claire ne connaissait pas.

Au dos, une date était inscrite.

La veille de la mort de son père.

Maître Perrin observa longuement l’image.

Puis il s’approcha.

— Je connais cet homme.

Claire se tourna vers lui.

— Qui est-ce ?

— Bernard Vautrin. Il travaillait à l’époque pour une société de sécurité privée qui protégeait certains établissements médicaux.

L’enquêtrice nota le nom.

— Vous pensez qu’il était impliqué ?

— Je ne peux pas le dire. Mais il faut le retrouver.

Elle prit une copie de la photographie.

Puis elle demanda à Sophie :

— Savez-vous pourquoi Marguerite a conservé cette image ?

Sophie ouvrit le carnet.

— Parce qu’elle avait découvert que Bernard avait été payé par une société appartenant à Victor.

Elle montra une page.

Plusieurs dates étaient alignées.

Des montants.

Des noms.

Et une phrase écrite au milieu :