— Je t’attendrai.
La Banque Saint-Martin avait conservé son ancienne façade en pierre.
Le bâtiment se trouvait dans une rue calme, à proximité du centre historique.
Maître Julien Perrin les attendait dans le hall.
C’était un homme d’une soixantaine d’années, élégant, aux cheveux gris et au regard attentif.
Lorsqu’il aperçut Claire, il resta quelques secondes immobile.
— Vous ressemblez tellement à votre mère.
Claire lui tendit la main.
— Vous la connaissiez ?
— Très bien. Et j’ai regretté pendant longtemps de ne pas avoir pu la retrouver.
Il les conduisit dans une salle privée.
Après avoir vérifié leurs identités et examiné la clé, il demanda à un employé de la banque de les accompagner jusqu’au coffre.
Le numéro 317 se trouvait au fond d’un couloir sécurisé.
Claire introduisit la clé.
Le mécanisme résista quelques secondes.
Puis un déclic se fit entendre.
Le coffre s’ouvrit.
À l’intérieur se trouvaient plusieurs dossiers, une boîte en bois, une enveloppe scellée et un petit magnétophone.
Claire regarda Maître Perrin.
— Qu’est-ce que tout cela ?
L’avocat prit le premier dossier.
— Les documents de votre père.
Il l’ouvrit.
Des relevés bancaires.
Des copies de contrats.
Des actes de propriété.
Des correspondances entre plusieurs sociétés.
Et surtout, un ensemble de documents portant la signature de Victor Moreau.
L’avocat pâlit en parcourant les premières pages.
— C’est beaucoup plus grave que ce que j’imaginais.
Antoine se pencha.
— Vous pouvez nous expliquer ?
— Votre oncle n’a pas simplement détourné de l’argent. Il semble avoir organisé une opération de transfert frauduleux de plusieurs biens immobiliers. Certains documents montrent également qu’il a tenté de faire passer votre mère pour inapte à gérer son patrimoine.
Claire sentit sa gorge se serrer.
— Et la mort de mon père ?
Maître Perrin ouvrit une seconde chemise.
Il y trouva un rapport médical, une lettre et une photographie.
— Votre père avait demandé une expertise indépendante avant sa mort.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il soupçonnait qu’on lui administrait un médicament sans son consentement.
Claire posa une main sur la table.
— Vous voulez dire qu’il était empoisonné ?
— Je ne peux pas l’affirmer. Mais le document mentionne des anomalies qui méritent une enquête.
Il sortit ensuite une petite cassette.
Sur son étiquette, une phrase avait été écrite à la main :
« Pour Claire, lorsque la vérité pourra enfin la protéger. »
Claire sentit les larmes couler sur ses joues.
Maître Perrin installa le magnétophone.
Il appuya sur le bouton.
Un léger grésillement se fit entendre.
Puis une voix masculine retentit.
— Ma petite Claire…
La jeune femme porta ses mains à sa bouche.
Elle reconnaissait à peine cette voix.
Mais elle savait.
C’était son père.
— Si tu écoutes cet enregistrement, c’est que tu as grandi. Je ne sais pas quel âge tu as aujourd’hui, mais j’espère que tu es heureuse.
Un silence.
Puis la voix reprit.
— Je veux que tu saches que ta mère et moi t’aimons plus que tout. Si un jour tu découvres que certaines personnes de notre famille ont fait des choses terribles, ne laisse pas leur comportement te convaincre que l’amour n’existe pas.
Claire pleurait maintenant sans retenue.
— Ton oncle Victor a commis des erreurs. De graves erreurs. J’ai essayé de l’aider, mais je crois qu’il a peur de perdre ce qu’il a obtenu. Et la peur peut pousser quelqu’un à faire des choses qu’il n’aurait jamais imaginées.
La cassette continua.
— Je ne sais pas ce qui arrivera. Mais j’ai confiance en ta mère. Elle trouvera le moyen de te protéger. Et si elle ne peut pas, j’espère qu’un jour quelqu’un te donnera cette cassette.
La voix devint plus douce.
— Je suis fier de toi, ma petite fille. Même si tu ne te souviens pas de moi, je serai toujours ton papa.
L’enregistrement s’arrêta.
Claire resta immobile.
Antoine posa une main sur son épaule.
Maître Perrin referma doucement le magnétophone.
— Il y a autre chose, dit-il.
Il prit l’enveloppe scellée.
À l’intérieur se trouvait un document signé par le père de Claire.
Il s’agissait d’une déclaration datée de quelques semaines avant sa mort.
Il y indiquait que Victor avait tenté de lui faire signer un transfert de parts en utilisant des documents falsifiés.
Mais le dernier paragraphe était encore plus troublant.
« Si un accident m’arrive, il faudra vérifier les médicaments prescrits par le docteur Laurent. Je crains que certaines personnes utilisent ma maladie pour accélérer ma disparition. »
Claire leva brusquement les yeux.
— Le docteur Laurent ?
Maître Perrin acquiesça.
— C’était le médecin de famille.
— Il est encore vivant ?
— Oui.
L’avocat se tut.
Puis il ajouta :
— Et il travaille toujours dans la clinique privée qui suivait votre famille à l’époque.
À cet instant, le téléphone de Claire vibra.
Un message d’un numéro inconnu.
« Tu ferais mieux de refermer ce coffre. Tu ne sais pas ce que tu réveilles. »
Claire montra l’écran à Antoine.
Cette fois, elle ne ressentit pas seulement de la peur.
Elle ressentit de la colère.
Quelqu’un savait exactement où ils se trouvaient.
Et quelqu’un voulait absolument les empêcher d’aller jusqu’au bout.
PARTIE 6 — LA PETITE FILLE QUI AVAIT RECONNU UN VISAGE
Lorsqu’ils quittèrent la banque, une voiture les attendait à l’autre bout de la rue.
L’enquêtrice Garnier leur avait demandé de ne pas s’éloigner de l’itinéraire prévu.
Antoine monta le premier.
Claire le suivit.
Mais avant de fermer la portière, elle remarqua une silhouette sur le trottoir.
Un homme d’une cinquantaine d’années.
Il portait un manteau sombre et tenait un téléphone contre son oreille.
Claire ne le connaissait pas.
Pourtant, quelque chose dans son visage lui rappela une photographie qu’elle avait vue dans les dossiers.
Elle se retourna.
— Attendez.
Antoine suivit son regard.
— Quoi ?
— Cet homme.
L’inconnu venait de baisser son téléphone.
Il regardait directement Claire.
Puis il se retourna et s’éloigna rapidement.
L’enquêtrice descendit du véhicule et tenta de le rejoindre.
Mais il disparut dans une rue adjacente.