Et surtout, il allait faire croire à Claire que sa mère était morte dans un accident.
Marguerite avait essayé de s’échapper.
Mais elle avait été surveillée pendant plusieurs semaines.
Un soir, profitant de l’absence de ses gardiens, elle avait réussi à sortir par une porte arrière.
Elle avait marché plusieurs kilomètres dans la nuit avant d’être recueillie par un chauffeur routier.
Il l’avait conduite dans une petite clinique.
Mais les blessures et les médicaments qu’elle avait reçus avaient provoqué de graves complications.
Lorsqu’elle fut enfin en état de parler, elle apprit que Victor avait déjà annoncé son décès.
Elle voulut immédiatement contacter Claire.
Elle essaya de joindre son avocat.
Mais son frère avait fait surveiller les communications de plusieurs personnes de son entourage.
Et surtout, il avait envoyé un message à Marguerite.
Une photographie de Claire, sortant de l’école.
Avec une phrase :
« Si tu reviens, elle paiera à ta place. »
Marguerite comprit qu’il était prêt à aller très loin.
Elle ne savait pas si la menace était réelle.
Mais elle ne pouvait pas prendre le risque.
Alors elle disparut.
Elle changea de région, puis de nom.
Elle travailla quelques années dans une petite association avant de rencontrer Sophie, une jeune femme qui s’occupait de personnes âgées.
Sophie ne posa pas de questions lorsqu’elle découvrit que Marguerite vivait avec très peu de choses.
Elle lui apporta simplement de quoi manger et lui proposa de l’aider.
Une amitié profonde naquit entre elles.
Avec le temps, Marguerite lui raconta toute son histoire.
Sophie fut bouleversée.
Elle lui demanda pourquoi elle ne retournait pas voir sa fille.
Marguerite répondit qu’elle avait essayé.
Plusieurs fois.
Mais chaque tentative s’était terminée par une menace ou une nouvelle preuve que Victor continuait à surveiller Claire.
Puis, un jour, Sophie lui annonça qu’elle attendait un enfant.
Marguerite fut la première personne à qui elle confia son bonheur.
Quand Emma naquit, la vieille femme eut l’impression de retrouver une partie de la joie qu’elle avait perdue.
Elle devint sa grand-mère de cœur.
Elle lui apprit à lire, lui raconta des histoires et lui confectionna de petits jouets en tissu.
Mais elle ne lui parla jamais de Claire avant qu’elle soit assez grande pour comprendre.
Pendant des années, elle conserva le médaillon.
À l’intérieur, elle avait glissé une photographie d’elle avec sa fille.
Elle y avait également caché un petit papier portant un symbole particulier.
Ce symbole était celui d’un coffre bancaire.
Car Marguerite avait compris que les preuves financières détenues contre Victor ne suffiraient pas.
Elle devait trouver un moyen de démontrer que sa disparition avait été organisée.
Et elle avait conservé ce qu’il fallait pour le faire.
— Alors pourquoi maintenant ? demanda Claire.
Sa mère reprit difficilement son souffle.
— Parce que je n’ai plus beaucoup de temps.
— Ne dis pas ça.
— Ma chérie…
— On vient de se retrouver. Tu ne peux pas me dire que tu vas mourir maintenant.
Marguerite caressa sa joue.
— Je ne veux pas que tu passes les prochaines années à me supplier de rester. Je veux que tu vives.
Claire se mit à pleurer.
— J’ai passé quinze ans sans toi.
— Je sais.
— J’ai cru que tu étais partie sans même penser à moi.
— Je n’ai jamais cessé de penser à toi.
Elle désigna le médaillon.
— Regarde à l’intérieur.
Claire l’ouvrit.
Elle connaissait déjà la petite photographie.
Mais elle n’avait jamais remarqué le symbole gravé sur le bord intérieur.
C’était un petit cercle traversé par trois lignes.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Le symbole de la Banque Saint-Martin. Ton grand-père y avait ouvert un coffre avant sa mort.
— Et qu’est-ce qu’il contient ?
Marguerite sourit tristement.
— La vérité que Victor n’a jamais réussi à détruire.
Elle se tourna vers Antoine.
— J’ai besoin que vous m’aidiez à protéger Claire.
Antoine acquiesça.
— Vous pouvez compter sur moi.
— Et il faut retrouver mon ancien avocat. Maître Julien Perrin.
— Vous savez où il est ? demanda Claire.
— Il a déménagé à Bordeaux. Il doit encore posséder une copie de certains documents. Mais il ignore que je suis vivante.
Marguerite ferma les yeux quelques secondes.
Puis elle ajouta :
— Et surtout, Claire, ne fais confiance à personne qui prétend vouloir régler cette affaire rapidement.
Elle serra la main de sa fille.
— Ton oncle ne va pas rester sans réagir.
À cet instant, le téléphone d’Antoine vibra.
Un message venait d’arriver.
Il regarda l’écran.
Son visage changea.
Claire le remarqua.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
Antoine hésita.
Puis il lui tendit le téléphone.
Le message provenait d’un numéro inconnu.
« Félicitations pour votre mariage. Profitez de cette soirée. Certaines vérités devraient rester enterrées. »
Sous le texte se trouvait une photographie.
Une photographie prise quelques minutes plus tôt.
À travers la fenêtre de l’hôpital, on distinguait clairement la chambre 214.
Quelqu’un les observait.
PARTIE 4 — L’HOMME QUI N’AVAIT JAMAIS PERDU LE CONTRÔLE
Antoine appela immédiatement la sécurité de l’hôpital.
Deux agents inspectèrent les couloirs et les accès extérieurs.
Personne ne fut retrouvé.
La caméra du parking montrait cependant une voiture noire stationnée devant l’entrée depuis près d’une heure.
Son conducteur portait une casquette et gardait le visage baissé.
Lorsque les agents sortirent, le véhicule avait disparu.
Claire ne quittait plus sa mère des yeux.
— Nous allons te protéger, dit-elle.
Marguerite secoua doucement la tête.
— Il ne faut pas que tu te mettes en danger.
— Tu m’as protégée pendant quinze ans. Maintenant, c’est mon tour.
Antoine prit son téléphone.
Il connaissait plusieurs personnes capables de vérifier l’origine du message et d’organiser une protection discrète.
Mais il ne voulait pas prendre de décision sans prévenir la police.
Il avait compris que cette affaire dépassait largement un conflit familial.
Il s’agissait peut-être d’une séquestration, de faux documents, de détournements financiers et d’une menace contre une personne vulnérable.
Il contacta un commissariat et expliqua les faits.
Une enquêtrice nommée Élodie Garnier fut chargée de recueillir leur témoignage.