Il avait utilisé le téléphone d’Henri.
Il avait attiré Julien dans la maison.
Il voulait que Julien soit vu sur les caméras.
Il voulait créer une preuve.
Mais Henri avait prévu cela.
Son téléphone avait enregistré la conversation.
Laurent comprit qu’il n’avait plus d’issue.
Il lâcha Claire.
L’inspectrice se jeta sur lui.
L’arme tomba.
Laurent fut menotté.
Il ne résista pas.
Mais avant d’être emmené, il regarda Julien.
— Ton père n’a jamais été innocent.
Julien répondit :
— Peut-être.
Laurent sourit.
— Demande-lui ce qu’il a fait à Antoine.
PARTIE 18 — ANTOINE
Antoine fut retrouvé vivant dans une maison isolée.
Il avait été détenu pendant plusieurs mois.
Mais il n’avait pas été enfermé par Marc.
Il avait accepté de se cacher.
Parce qu’il savait que s’il parlait trop tôt, toute la famille serait en danger.
Lorsque Julien le vit, il ne reconnut presque pas son oncle.
Il était plus maigre.
Plus vieux.
Mais ses yeux étaient les mêmes.
Antoine regarda les trois enfants.
— Henri vous a protégés jusqu’au bout.
Claire pleurait.
— Pourquoi ne nous as-tu jamais dit que tu étais vivant ?
Antoine répondit :
— Parce que votre père me l’avait demandé.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il savait que les ennemis ne chercheraient pas seulement les preuves.
— Ils chercheraient qui les détenait.
Antoine hocha la tête.
— Exactement.
Julien demanda :
— Pourquoi Papa a-t-il laissé croire que tu étais mort ?
Antoine regarda le sol.
— Parce que j’avais découvert le premier détournement.
— Celui de 2009 ?
— Oui.
— Qui était impliqué ?
Antoine répondit :
— Laurent.
Julien ferma les yeux.
— Et Marc.
— Oui.
— Et Mathieu ?
Antoine secoua la tête.
— Non.
Mathieu fondit en larmes.
Antoine posa une main sur son épaule.
— Ton frère n’était pas coupable.
Puis il regarda Julien.
— Mais toi, tu étais leur cible.
Julien fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce que tu étais le fils qu’Henri destinait à reprendre l’entreprise.
— Je ne comprends pas.
— Marc voulait te contrôler.
Antoine expliqua.
Marc avait progressivement éloigné Julien de son père.
Il lui répétait qu’Henri ne lui faisait pas confiance.
Il lui faisait signer des documents.
Il provoquait des disputes.
Il alimentait la jalousie entre les enfants.
Son objectif était simple :
Lorsque Henri mourrait, Julien deviendrait le nouveau dirigeant.
Et Marc contrôlerait l’entreprise à travers lui.
Mais Henri avait compris le plan.
Il avait donc décidé de changer le testament.
Claire deviendrait l’héritière principale.
Non parce qu’il aimait moins Julien.
Mais parce qu’il savait que Claire était la seule que Marc n’avait pas réussi à manipuler.
PARTIE 19 — LE DERNIER ENREGISTREMENT
Quelques semaines après l’arrestation de Laurent et Marc, la famille se réunit une dernière fois dans la villa.
L’inspectrice avait remis à Claire un petit appareil retrouvé dans la chambre d’Henri.
Il contenait un dernier enregistrement.
Claire appuya sur lecture.
La voix d’Henri résonna.
— Mes enfants…
Il fit une pause.
— Si vous entendez ceci ensemble, alors j’ai réussi.
Julien baissa les yeux.
Henri continua :
— Je sais que vous êtes en colère contre moi.
— Peut-être que vous me détestez.
— Peut-être que vous pensez que je vous ai menti.
Un souffle.
— Mais parfois, protéger quelqu’un signifie accepter qu’il vous déteste.
Claire pleurait.
— Julien, je suis désolé.
— Je t’ai laissé croire que tu n’étais pas assez bon.
— Je t’ai laissé croire que je préférais Claire.
— Ce n’était pas vrai.
Julien ferma les yeux.
Henri poursuivit :
— Je voulais simplement que tu apprennes à penser sans Marc.
Puis il s’adressa à Mathieu.
— Et toi, pardonne-moi de ne pas avoir vu tes problèmes plus tôt.
Mathieu pleura.
Enfin, Henri parla à Claire.
— Toi, je savais que tu comprendrais.
Un silence.
— Tu es l’héritière.
Claire releva la tête.
Henri ajouta :
— Mais l’héritage n’est pas l’argent.
La voix devint plus faible.
— L’héritage, c’est la possibilité de réparer ce que nous avons détruit.
L’enregistrement s’arrêta.
Personne ne parla pendant plusieurs minutes.
Puis Julien prit la parole.
— Je ne veux pas l’entreprise.
Claire le regarda.
— Quoi ?
— Je ne veux pas diriger seul.
Mathieu demanda :
— Alors qu’est-ce que tu veux ?
Julien répondit :
— Qu’on recommence.
Claire sourit à travers ses larmes.
PARTIE 20 — L’HÉRITAGE
Un an plus tard, l’entreprise Moreau avait changé.
Claire en était devenue la présidente.
Julien dirigeait les opérations.
Mathieu supervisait les finances.
Ils avaient créé une fondation au nom de leur père.
Une partie de la fortune avait été consacrée à des projets sociaux.
Une autre partie avait servi à indemniser les victimes indirectes des détournements.
Le reste avait été placé sous contrôle indépendant.
La villa fut vendue.
Claire ne voulait plus y vivre.
Mais avant de quitter définitivement la maison, elle retourna une dernière fois dans le bureau d’Henri.
La pièce était vide.
Elle ouvrit le tiroir du bureau.
Il restait une enveloppe.
Sur laquelle était écrit :
« Pour Claire, si tout est terminé. »
Elle l’ouvrit.
Une seule phrase.
« Ne fais jamais de l’argent une raison de rester ensemble. Fais de votre amour une raison de ne pas vous perdre. »
Claire pleura.
Puis elle replia la lettre.
Elle allait sortir lorsqu’elle entendit un bruit.
Un petit claquement.
Elle se retourna.
Le mur derrière la bibliothèque venait de s’ouvrir légèrement.
Claire resta immobile.
Elle appela Julien.
Il arriva quelques minutes plus tard avec Mathieu.
Derrière la bibliothèque se trouvait un petit compartiment.
À l’intérieur :
une boîte métallique.
Ils l’ouvrirent.
Il y avait une photographie.
Une vieille photographie.
Henri.
Madeleine.
Antoine.
Et une quatrième personne.
Claire regarda le visage.
Elle ne la connaissait pas.
Julien prit la photo.
Au dos, une date :
1987.
Et un nom :
Gabriel Moreau.
Mathieu fronça les sourcils.
— Qui est Gabriel ?
Antoine, qui venait d’entrer dans la pièce, s’arrêta.
Son visage changea.
— Où avez-vous trouvé cette photo ?
Claire lui tendit.