— Je m’en souviendrais.

Laurent la regarda droit dans les yeux.

— Vous aviez dix-neuf ans.

Claire resta silencieuse.

Quelque chose lui revint.

Une nuit.

Une voiture.

Une conversation.

Elle avait oublié presque tout.

Mais une phrase lui revint soudain.

« Si un jour je ne suis plus là, ne crois pas ton frère. »

Claire porta une main à sa bouche.

Julien la regarda.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Elle ne répondit pas.

— Claire ?

Elle murmura :

— Papa m’avait dit quelque chose.

— Quoi ?

Elle leva les yeux.

— Il m’avait dit de ne jamais te faire confiance.

Julien resta immobile.

Mathieu baissa la tête.

L’inspectrice observa les trois frères et sœur.

Puis elle demanda :

— Qu’est-ce qui s’est passé en 2009 ?

Personne ne répondit.

Laurent Dubois ouvrit un dossier.

— Antoine Moreau travaillait avec Henri.

— Dans l’entreprise ?

— Oui.

— Quel poste ?

— Directeur financier.

Julien fronça les sourcils.

— Je ne savais pas.

— Parce qu’il est parti avant votre entrée dans l’entreprise.

— Pourquoi ?

Laurent hésita.

— Il avait découvert quelque chose.

— Quoi ?

— Des détournements d’argent.

Le silence fut immédiat.

Élodie demanda :

— De combien ?

— À l’époque ?

Laurent regarda le dossier.

— Environ quatre millions d’euros.

Julien secoua la tête.

— Quatre millions ?

— Oui.

— Qui volait cet argent ?

Laurent referma le dossier.

— C’est justement la question qui a provoqué la mort d’Antoine.

PARTIE 5 — LE FRÈRE DISPARU

Antoine Moreau n’était pas mort en 2009.

Cette vérité fut confirmée deux heures plus tard.

L’inspectrice retrouva dans les archives administratives un dossier incomplet.

Pas de certificat de décès.

Pas de corps.

Pas d’acte médical.

Seulement une déclaration de disparition.

Julien regardait le document.

— Pourquoi nous a-t-on dit qu’il était mort ?

Laurent répondit :

— Parce que quelqu’un voulait que vous le croyiez.

Claire demanda :

— Qui ?

L’avocat regarda Mathieu.

— Votre père pensait que la personne responsable était proche de lui.

Mathieu leva brusquement les yeux.

— Pourquoi vous me regardez ?

— Parce que vous étiez le seul de la famille à avoir encore contact avec Antoine.

Julien se retourna.

— Quoi ?

Mathieu resta silencieux.

Claire s’approcha.

— Tu le voyais ?

— Non.

— Mathieu.

— Je l’ai vu une fois.

— Quand ?

— Il y a huit ans.

Julien pâlit.

— Huit ans ?

— Oui.

— Et tu ne nous as rien dit ?

— Parce qu’il me l’avait demandé.

— Pourquoi ?

Mathieu regarda l’inspectrice.

— Parce qu’il avait peur.

— De qui ?

Mathieu baissa la voix.

— De Julien.

Julien resta pétrifié.

— De moi ?

— Oui.

— Pourquoi ?

Mathieu ferma les yeux.

— Parce qu’Antoine pensait que tu savais.

— Que je savais quoi ?

Mathieu ne répondit pas.

Laurent intervint :

— Antoine croyait que Julien avait découvert les comptes.

Julien secoua la tête.

— Je ne savais rien.

— Peut-être pas consciemment.

— Qu’est-ce que ça signifie ?

L’avocat sortit une seconde enveloppe.

— Votre père a laissé ceci pour vous.

Julien la prit.

À l’intérieur se trouvait une clé USB.

Et une feuille.

Un seul mot :

« REGARDE. »

Un ordinateur fut installé dans le salon.

La clé fut ouverte.

Un dossier vidéo apparut.

Date : 14 novembre 2025.

Julien regarda l’écran.

Henri apparut.

Il était assis dans son bureau.

Son visage était fatigué.

Mais sa voix était claire.

— Julien, si tu regardes cette vidéo, c’est que je suis mort.

Julien détourna les yeux.

Henri continua :

— Je sais que tu vas penser que je t’accuse.

Un silence.

— Et tu auras raison.

Julien se figea.

Henri regarda directement la caméra.

— Mais je ne t’accuse pas d’avoir voulu me tuer.

Julien releva la tête.

— Je t’accuse d’avoir laissé quelqu’un utiliser ta faiblesse.

La vidéo s’arrêta.

Un autre fichier se lança automatiquement.

Henri parlait encore.

— Tu as toujours voulu prouver que tu étais digne de moi. C’est précisément pour cette raison qu’il t’a manipulé.

Julien sentit son ventre se nouer.

— Qui ?

La vidéo continua.

Henri prononça :

— Celui que tu considères comme ton meilleur allié.

L’image s’arrêta.

Puis une photographie apparut.

Julien reconnut immédiatement l’homme.

C’était son associé.

Marc Delorme.

Son meilleur ami depuis quinze ans.

Julien recula.

— Non.

Mathieu demanda :

— Qui est-ce ?

Julien répondit :

— Marc.

L’inspectrice prit la clé.

— Qui est Marc Delorme ?

— Mon associé.

— Dans l’entreprise ?

— Oui.

— Et quel est son rôle ?

Julien avala difficilement.

— Directeur général adjoint.

Laurent Dubois ferma les yeux.

— Voilà.

Julien se tourna vers lui.

— Voilà quoi ?

— Ce que votre père essayait de vous dire.

PARTIE 6 — LE PLAN DE HENRI

L’inspectrice ordonna immédiatement une surveillance discrète de Marc Delorme.

Mais avant même qu’elle puisse le convoquer, son téléphone sonna.

Un agent de police parla rapidement.

Élodie pâlit.

— Quand ?

Elle écouta.

— Où ?

Silence.

— Très bien. Ne touchez à rien.

Elle raccrocha.

Julien demanda :

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Votre entreprise.

— Quoi ?

— Les bureaux viennent d’être cambriolés.

Julien se leva.

— Qu’est-ce qui a été volé ?

— Les serveurs contenant les comptes de l’entreprise.

Julien regarda Laurent.

L’avocat murmura :

— Ils cherchent quelque chose.

— Quoi ?

— La preuve du détournement.

L’inspectrice se leva.

— Nous allons au bureau.

Mais avant de partir, Claire aperçut quelque chose dans la poche de Julien.

Une petite clé métallique.

— Qu’est-ce que c’est ?

Julien la sortit.

— Je ne sais pas.

Claire la regarda.

Elle reconnut immédiatement le symbole gravé dessus.

— C’est la clé de la chambre de Papa.

Julien fronça les sourcils.

— Comment tu sais ?

— Parce que je l’ai vue sur son bureau.

Laurent Dubois intervint.

— Cette clé ouvre quelque chose d’autre.