Elle avait déjà enquêté sur la mort d’Henri Moreau.
C’était elle qui avait signé la première constatation médicale concluant à une mort naturelle.
Mais lorsqu’elle vit la porte de la chambre forcée, son visage se ferma.
— Personne ne quitte la maison.
Elle regarda les trois enfants.
— Je veux que chacun me raconte exactement ce qui s’est passé.
Julien parla le premier.
Il expliqua le testament.
La déchirure.
L’enveloppe.
L’enregistrement.
Le bruit à l’étage.
La chambre ouverte.
Le coffre vidé.
Puis la voiture.
L’inspectrice prit des notes.
Lorsqu’il eut terminé, elle se tourna vers Claire.
— Et vous ?
Claire raconta l’appel.
— Un homme m’a dit qu’il savait pour la cave.
Élodie leva les yeux.
— Quelle cave ?
Claire hésita.
Mathieu répondit à sa place.
— Il n’y a rien dans la cave.
L’inspectrice le fixa.
— Je ne vous ai pas posé la question.
Mathieu resta silencieux.
Julien le regarda.
— Pourquoi tu mens ?
— Je ne mens pas.
— Tu viens de dire qu’il n’y avait rien.
— Parce qu’il n’y a rien.
Élodie Martin observa les deux frères.
Puis elle demanda :
— Votre père avait-il une cave privée ?
Claire répondit :
— Oui.
Mathieu se retourna vers elle.
— Claire.
— Quoi ?
— Tu ne sais rien de cette cave.
— Alors pourquoi tu es nerveux ?
Mathieu ne répondit pas.
L’inspectrice soupira.
— Très bien.
Elle se tourna vers ses agents.
— Fouillez toute la maison.
Quelques minutes plus tard, ils découvrirent une porte dissimulée derrière une étagère du sous-sol.
Julien resta bouche bée.
— Je n’ai jamais vu ça.
Mathieu ferma les yeux.
Claire le regarda.
— Toi, tu savais.
— Non.
— Tu savais !
Mathieu finit par lâcher :
— Papa m’avait demandé de ne jamais y entrer.
L’inspectrice regarda la porte.
— Alors nous allons voir ce qu’il voulait cacher.
La serrure céda après quelques minutes.
La porte s’ouvrit.
Une odeur de poussière et de métal envahit la pièce.
Il n’y avait ni argent ni bijoux.
Seulement des cartons.
Des dossiers.
Des photographies.
Et un vieux magnétophone.
Sur le mur du fond se trouvait une grande photographie de famille.
Henri.
Sa femme Madeleine.
Julien enfant.
Mathieu enfant.
Et Claire, encore bébé.
Mais quelque chose attira l’attention de l’inspectrice.
Une personne avait été soigneusement découpée sur la photographie.
Quelqu’un avait disparu de l’image.
Élodie prit la photo.
— Qui était cette personne ?
Personne ne répondit.
Elle se tourna vers Henri, représenté sur la photo.
Puis vers les enfants.
— Qui manque ici ?
Julien regarda l’image.
Il pâlit.
— Je ne sais pas.
Mathieu recula.
Claire observa le morceau manquant.
Puis elle murmura :
— Moi, je sais.
Tous se tournèrent vers elle.
— C’était notre oncle.
Julien fronça les sourcils.
— Quel oncle ?
Claire répondit :
— Antoine.
L’inspectrice demanda :
— Antoine Moreau ?
— Oui.
— Qu’est-il devenu ?
Claire secoua lentement la tête.
— On nous a dit qu’il était mort.
Mathieu murmura :
— Il est mort.
Claire le regarda.
— Alors pourquoi Papa l’avait-il photographié dix-sept ans plus tard ?
Le silence tomba.
Élodie regarda les dossiers.
Sur l’un d’eux figurait une date.
12 octobre 2009.
Elle l’ouvrit.
À l’intérieur se trouvaient des relevés bancaires.
Des contrats.
Des photographies.
Et une lettre.
L’inspectrice la lut.
Son visage changea.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Julien.
Elle lui tendit la lettre.
Il la prit.
L’écriture était celle d’Henri.
« Si quelque chose m’arrive, ne cherchez pas mon assassin parmi ceux qui me détestent.
Cherchez parmi ceux qui ont besoin de mon silence. »
Julien releva les yeux.
— Ça ne veut rien dire.
Laurent Dubois, qui venait d’entrer dans la cave, répondit :
— Si.
Il désigna le dossier.
— Cela signifie qu’Henri savait depuis longtemps qu’il était menacé.
Élodie demanda :
— Pourquoi ne nous a-t-il jamais rien dit ?
Laurent Dubois répondit :
— Parce qu’il ne faisait plus confiance à la police.
L’inspectrice se redressa.
— C’est une accusation sérieuse.
— Ce n’est pas une accusation.
Il regarda les trois enfants.
— C’est ce que votre père m’a dit.
Julien s’approcha.
— Vous savez qui l’a tué ?
Laurent Dubois ne répondit pas immédiatement.
Puis il prononça :
— Je sais pourquoi il devait mourir.
PARTIE 4 — LE PREMIER MENSONGE
Ils remontèrent dans le salon.
La pluie continuait de tomber.
L’inspectrice ferma la porte de la cave et demanda à ses agents de la sécuriser.
Puis elle s’assit face aux trois enfants.
— Nous allons reprendre depuis le début.
Elle posa une photographie sur la table.
C’était une image d’Henri prise quelques semaines avant sa mort.
Il se trouvait devant l’un des bâtiments de son entreprise.
À côté de lui se tenait un homme.
Le visage avait été partiellement masqué.
Mais il était suffisamment visible.
Julien regarda la photo.
— C’est Antoine.
Mathieu secoua la tête.
— Impossible.
— Pourquoi ?
— Parce qu’Antoine est mort en 2009.
L’inspectrice demanda :
— Qui vous l’a annoncé ?
Mathieu se tut.
Claire répondit :
— Notre père.
Élodie se tourna vers Laurent.
— Vous avez une explication ?
L’avocat regarda la photo.
— Henri n’a jamais cru qu’Antoine était mort.
Julien se leva.
— Alors pourquoi nous avoir dit le contraire ?
— Pour vous protéger.
— De quoi ?
Laurent posa ses deux mains sur la table.
— De votre propre famille.
Julien éclata de rire.
— Vous voulez nous faire croire que mon père a menti pendant dix-sept ans pour nous protéger ?
— Oui.
— Et vous voulez aussi nous faire croire que vous êtes le seul à connaître la vérité ?
— Non.
L’avocat regarda Claire.
— Votre sœur la connaît aussi.
Claire fronça les sourcils.
— Moi ?
— Votre père vous avait parlé d’Antoine.
Claire secoua la tête.
— Jamais.
— Si.
— Non.
— Il vous a parlé de lui six mois avant sa mort.
Claire se leva.