Henri n’avait pas simplement été assassiné.
Il avait été empoisonné.
Mais le poison n’avait pas été administré par Marc.
Marc avait donné le médicament qui devait provoquer l’arrêt cardiaque.
Mais Henri avait déjà ingéré une autre substance.
Une substance beaucoup plus lente.
Elle avait été introduite dans son corps plusieurs heures auparavant.
La police remonta alors la chaîne.
Qui avait accès à son dîner ?
La gouvernante.
Mais elle avait une preuve irréfutable de son innocence.
Qui avait accès à ses médicaments ?
Marc.
Qui avait accès à son bureau ?
Claire.
Qui connaissait ses habitudes ?
Laurent.
Qui avait le motif ?
Presque tout le monde.
Puis l’inspectrice remarqua quelque chose.
Le carnet d’Henri.
Une ligne avait été modifiée.
21 h 30 — dîner avec Claire.
Mais Claire n’avait pas dîné avec son père ce soir-là.
Quelqu’un avait écrit cette ligne après sa mort.
L’écriture ressemblait à celle d’Henri.
Mais ce n’était pas la sienne.
L’expert confirma.
C’était une imitation.
La personne qui avait écrit cette ligne voulait faire croire que Claire avait été la dernière personne à voir Henri.
L’inspectrice comprit.
— Quelqu’un voulait faire accuser Claire.
Et soudain, tout s’emboîta.
Le faux testament.
La chambre ouverte.
L’appel.
Le message sur la cave.
Les documents.
La vidéo.
La clé.
Tout avait été construit pour créer une seule histoire :
Claire avait tué son père pour obtenir l’héritage.
Mais pourquoi ?
Parce que quelqu’un avait besoin d’un coupable.
Quelqu’un qui connaissait parfaitement la famille.
Quelqu’un qui savait comment les trois enfants réagiraient.
Quelqu’un qui connaissait les secrets d’Henri.
Quelqu’un qui avait accès à tous les documents.
Laurent Dubois.
L’avocat.
PARTIE 15 — L’AVOCAT
Lorsque l’inspectrice confronta Laurent, il ne nia pas.
Il resta silencieux.
Puis il demanda :
— Depuis combien de temps le savez-vous ?
— Que vous avez manipulé les preuves ?
Laurent sourit tristement.
— Que Henri avait compris.
— Compris quoi ?
— Que je travaillais avec Marc.
Julien sentit son sang se glacer.
— Vous ?
Laurent regarda Julien.
— Votre père et moi étions associés depuis vingt ans.
— Vous étiez son avocat.
— Et son conseiller.
— Vous l’avez trahi ?
— Oui.
— Pourquoi ?
Laurent baissa les yeux.
— L’argent.
Il expliqua.
Les détournements avaient commencé des années auparavant.
Marc exécutait.
Mathieu servait involontairement de couverture.
Laurent créait les structures juridiques.
Et Henri avait fini par découvrir la vérité.
Mais il n’avait pas immédiatement dénoncé ses complices.
Parce qu’il voulait protéger ses enfants.
— Pourquoi avoir fait semblant de nous aider ?
Laurent répondit :
— Parce que j’avais besoin de récupérer le dernier dossier.
— Lequel ?
— Celui qui prouve que je suis impliqué.
Julien comprit.
Le testament n’était pas seulement un héritage.
C’était un piège.
Henri savait que Laurent serait obligé d’assister à la lecture.
Il avait donc préparé l’enveloppe noire.
Et le message destiné à Julien.
Le testament déchiré n’avait jamais été la véritable preuve.
Il n’était qu’un leurre.
La vraie preuve se trouvait dans l’enveloppe.
Laurent avait cru pouvoir la récupérer.
Mais Henri avait prévu autre chose.
PARTIE 16 — L’ENVELOPPE NOIRE
L’inspectrice demanda à Laurent :
— Pourquoi avez-vous laissé Julien déchirer le testament ?
Laurent répondit :
— Parce que je savais qu’il ne pouvait pas contenir la vraie preuve.
— Comment le saviez-vous ?
Laurent se tut.
— Répondez.
— Parce que j’avais moi-même participé à sa rédaction.
Julien regarda l’avocat.
— Vous avez écrit le testament ?
— Une partie.
— Et Papa ?
— Il l’a modifié ensuite.
— Pourquoi ?
Laurent sourit.
— Pour me piéger.
L’enveloppe noire fut ouverte.
Elle contenait trois éléments.
Une photo.
Une clé.
Et une lettre.
La lettre disait :
« Laurent,
si tu lis ceci, c’est que tu as cru que j’étais mort avant d’avoir compris.
Tu as toujours été intelligent.
Mais tu as commis une erreur.
Tu pensais que je protégerais mon argent.
Je protège mes enfants.
Et je savais que tu finirais par te trahir toi-même. »
Laurent trembla.
Puis une seconde feuille tomba de l’enveloppe.
C’était une liste de virements.
Des millions d’euros.
Les signatures de Laurent.
Les comptes de Marc.
Les sociétés écrans.
Tout était là.
Laurent comprit qu’il était perdu.
Il sortit soudain une arme.
— Personne ne bouge.
L’inspectrice leva lentement les mains.
Julien recula.
Claire se plaça derrière Mathieu.
Laurent prit Claire en otage.
— Vous voulez savoir pourquoi votre père devait mourir ?
Il plaça l’arme contre sa tête.
— Parce qu’il refusait de comprendre que l’argent détruit les familles.
Julien cria :
— Lâchez-la !
Laurent sourit.
— Votre père m’a laissé sans rien.
— Vous avez volé des millions !
— Ce n’était jamais assez.
Claire tremblait.
— Vous avez tué Papa ?
Laurent hésita.
Puis il répondit :
— Non.
Claire le regarda.
— Alors qui ?
Laurent fixa Julien.
— Demandez à votre frère.
PARTIE 17 — LE SECRET DE JULIEN
Julien devint livide.
— Qu’est-ce que vous racontez ?
Laurent sourit.
— Tu ne te souviens vraiment de rien ?
— De quoi ?
— La nuit de la mort de ton père.
Julien secoua la tête.
— Je n’étais pas là.
Laurent répondit :
— Tu es venu.
Mathieu regarda son frère.
— Julien…
— Je n’y suis pas allé.
— Si.
Laurent continua :
— Tu es venu à 01 h 03.
Julien ferma les yeux.
Une image apparut dans sa mémoire.
La porte.
Le bureau.
Son père.
Une dispute.
Puis un trou noir.
— Non…
Claire murmura :
— Julien ?
Il recula.
— Je me souviens.
Tout le monde se tut.
Julien se rappela.
Il était venu après avoir reçu un message.
Un message prétendument envoyé par son père.
Il était entré dans le bureau.
Henri était vivant.
Il lui avait crié dessus.
Il l’avait accusé de vouloir lui retirer l’entreprise.
Julien avait quitté la pièce furieux.
Mais il n’avait pas tué son père.
Il en était certain.
Alors qui avait envoyé le message ?
Laurent.