Le bruit venait encore de résonner dans l’escalier.

Un choc sourd.

Puis un autre.

Comme si quelqu’un venait de faire tomber un meuble lourd contre le mur.

Personne ne bougea.

Pendant quelques secondes, les trois enfants d’Henri Moreau restèrent immobiles autour de la table, incapables de comprendre ce qu’ils venaient d’entendre.

La villa entière semblait retenir son souffle.

Julien regardait l’escalier.

Mathieu regardait Julien.

Claire, elle, fixait l’avocat.

Laurent Dubois était le seul à paraître parfaitement calme.

Il posa lentement son téléphone sur la table.

— Personne ne monte.

Julien tourna brusquement la tête vers lui.

— Quelqu’un est dans cette maison.

— Je sais.

— Alors vous voulez attendre quoi ?

— La police.

Julien eut un rire nerveux.

— La police ? Vous avez entendu le bruit ! Quelqu’un vient de sortir d’une pièce placée sous scellés !

Il fit un pas vers l’escalier.

Laurent Dubois lui barra immédiatement le passage.

— Je vous ai dit de ne pas monter.

— Écartez-vous.

— Non.

Julien serra les mâchoires.

— Vous n’avez pas à me donner d’ordres dans la maison de mon père.

L’avocat le regarda sans ciller.

— Justement. C’est la maison de votre père. Et votre père m’a demandé de vous empêcher d’y commettre une erreur.

Un nouveau bruit retentit à l’étage.

Cette fois, il était plus faible.

Puis plus rien.

Claire murmura :

— Peut-être qu’il est parti.

Mathieu secoua la tête.

— Par où ?

Il désigna les fenêtres du deuxième étage.

Elles étaient toutes fermées.

La police avait condamné la pièce d’Henri trois jours auparavant.

Aucune porte secondaire n’avait été signalée.

Aucun passage secret n’existait sur les plans officiels de la maison.

Julien regarda son frère.

— Tu veux dire qu’il est encore là ?

Mathieu ne répondit pas.

C’est à cet instant qu’un téléphone se mit à vibrer.

Tous se retournèrent.

Le son venait de la poche de Claire.

Elle sortit son téléphone.

Un numéro inconnu apparaissait à l’écran.

Elle hésita.

— Ne réponds pas, dit Mathieu.

Mais Claire décrocha.

— Allô ?

Aucune voix.

Seulement une respiration.

Lente.

Régulière.

Claire sentit son cœur accélérer.

— Qui est-ce ?

Toujours rien.

Puis une voix masculine, presque inaudible, prononça quatre mots :

— Il sait pour la cave.

La communication fut coupée.

Claire resta figée.

Julien s’approcha.

— Qui était-ce ?

Elle ne répondit pas.

— Claire.

Elle leva les yeux vers son frère.

— Il a dit… qu’il savait pour la cave.

Le visage de Mathieu changea.

Julien le remarqua immédiatement.

— Pourquoi tu fais cette tête ?

Mathieu recula légèrement.

— Je ne sais pas de quoi il parle.

— Mensonge.

— Julien…

— Pourquoi tu réagis comme ça ?

Mathieu regarda Laurent Dubois.

L’avocat avait blêmi.

Pour la première fois depuis le début de la réunion, il semblait réellement inquiet.

Il se dirigea vers la fenêtre.

Il regarda dehors.

Puis il ferma les rideaux.

— Nous devons partir d’ici.

Julien fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

— Parce que si quelqu’un est entré dans cette maison après la mise sous scellés, cela signifie qu’il connaissait l’endroit.

— Et alors ?

Laurent Dubois se retourna.

— Cela signifie qu’il connaissait aussi les habitudes de votre père.

Il marqua une pause.

— Et probablement les vôtres.

Un silence glacial envahit la pièce.

Puis un craquement retentit au-dessus d’eux.

Cette fois, Julien n’attendit pas.

Il repoussa l’avocat et monta les escaliers.

— Julien ! cria Claire.

Mathieu le suivit.

Laurent Dubois jura entre ses dents avant de monter à son tour.

Arrivé au deuxième étage, Julien s’arrêta devant la porte de la chambre d’Henri.

Les bandes rouges et blanches de la police étaient toujours là.

Mais elles avaient été arrachées.

La serrure n’était pas forcée.

Julien posa la main sur la poignée.

Elle était légèrement humide.

— Qu’est-ce que c’est ?

Mathieu s’approcha.

Une petite trace sombre se trouvait sur ses doigts.

Du sang.

Claire poussa un cri.

Julien ouvrit la porte.

La chambre était plongée dans l’obscurité.

Le lit d’Henri était toujours là.

Son bureau.

Ses livres.

Ses lunettes.

Tout semblait exactement comme trois jours auparavant.

Mais quelque chose avait changé.

Le coffre-fort mural était ouvert.

Julien s’avança.

— Il y avait un coffre ici ?

Laurent Dubois répondit :

— Oui.

— Pourquoi la police ne l’a pas ouvert ?

— Parce que votre père avait donné une instruction très précise.

Julien se retourna.

— Laquelle ?

— De ne pas l’ouvrir avant la lecture du testament.

Julien regarda le coffre vide.

— Alors quelqu’un est arrivé avant nous.

Mathieu murmura :

— Qu’est-ce qu’il y avait dedans ?

Laurent Dubois ne répondit pas.

Julien se retourna vers lui.

— Qu’est-ce qu’il y avait dans ce coffre ?

L’avocat prit une profonde inspiration.

— Les preuves.

— Quelles preuves ?

— Celles qui permettent de comprendre pourquoi votre père avait peur de mourir.

À cet instant, une porte claqua au fond du couloir.

Tous se retournèrent.

Une silhouette venait de traverser l’ombre.

Julien se précipita.

— Hé !

Il courut dans le couloir.

La silhouette disparut derrière l’escalier de service.

Julien descendit les marches quatre à quatre.

Mathieu et Claire le suivirent.

Mais lorsqu’ils arrivèrent au rez-de-chaussée…

il n’y avait personne.

La porte arrière était ouverte.

La pluie entrait dans la maison.

Et sur le sol humide, une série d’empreintes s’éloignait vers le jardin.

Julien regarda dehors.

Puis il vit quelque chose.

Une voiture noire était garée derrière les arbres.

Le moteur tournait.

Elle démarra.

Julien courut jusqu’à la fenêtre.

Mais il était trop tard.

La voiture disparut dans la nuit.

Laurent Dubois arriva derrière lui.

— Vous avez vu le conducteur ?

Julien secoua la tête.

— Non.

L’avocat regarda la route.

— Moi, si.

Julien se retourna.

— Qui était-ce ?

Laurent Dubois hésita.

Puis il répondit :

— Quelqu’un qui était censé être mort depuis dix-sept ans.

PARTIE 3 — LE NOM EFFACÉ

La police arriva vingt-deux minutes plus tard.

L’inspectrice Élodie Martin entra dans la villa accompagnée de deux agents.