Nous restâmes ainsi pendant plusieurs minutes.

Daniel attendit en silence.

Puis il sortit un autre document.

« Il y a quelque chose que vous devriez également savoir. »

Mon père releva la tête.

« Quoi encore ? »

L’avocat posa une copie d’un acte notarié sur la table.

Il s’agissait d’une disposition supplémentaire concernant la propriété.

Élise avait prévu une option de rachat entre les héritiers.

Cela signifiait que si Marcus souhaitait conserver la maison, il pouvait acquérir légalement les droits transmis à sa fille, à condition que celle-ci accepte librement la transaction et que la valeur soit déterminée selon une expertise indépendante.

Je regardai le document.

« Donc je peux choisir ? »

Daniel acquiesça.

« Absolument. Votre mère avait prévu cette possibilité pour éviter que la maison devienne une source de conflit permanent. »

Marcus me regarda.

« Je ne te demanderai jamais de me céder quoi que ce soit. »

Je réfléchis longuement.

Puis je répondis :

« Je ne veux pas vendre la maison. Pas maintenant. »

Il acquiesça.

« Alors elle restera notre maison, si tu le souhaites. »

Je souris tristement.

« Mais à une condition. »

« Laquelle ? »

« Plus personne ne décidera de ma place ici à ma place. »

Mon père prit ma main.

« Promis. »
CHAPITRE 10 — VANESSA REVIENT
Le retour de Vanessa eut lieu un jeudi soir.

Il était un peu après dix-neuf heures lorsque la sonnette retentit.

Marcus regarda l’écran de la caméra.

Il ne bougea pas.

C’était elle.

Elle se tenait sur le perron, les cheveux attachés et un manteau beige sur les épaules.

Elle n’avait plus l’air de la femme élégante et sûre d’elle qui contrôlait chaque conversation.

Elle semblait épuisée.

Mon père ouvrit la porte, mais ne la laissa pas entrer.

« Qu’est-ce que tu veux ? »

« Marcus, nous devons parler. »

« Nous avons déjà beaucoup parlé. »

« Pas de cette manière. »

Elle regarda derrière lui.

« Je voudrais voir ta fille. »

Je m’approchai.

« Je suis là. »

Son visage se crispa.

« Je ne suis pas venue pour me disputer. »

« Alors pourquoi es-tu venue ? »

Elle prit une profonde inspiration.

« J’ai fait des erreurs. »

Mon père croisa les bras.

« Des erreurs ? »

« Je n’aurais jamais dû laisser les choses aller aussi loin. »

Je la regardai.

« Tu as essayé de me faire expulser de ma propre maison. Tu as organisé une fausse agression. Tu as tenté de récupérer mon héritage. Et tu as engagé la maison dans une vente sans notre accord. »

Elle baissa les yeux.

« Je sais. »

« Non, Vanessa. Tu sais seulement que tu as été découverte. »

Son visage se durcit.

« Tu as toujours pensé que je voulais te prendre quelque chose. »

Je ne répondis pas immédiatement.

Puis je dis :

« Tu m’as accusée de tout pendant trois ans. Tu as fait de chaque problème une faute de ma part. Tu as utilisé ta fille contre moi et tu as convaincu mon père que je détruisais son mariage. Alors oui, j’ai fini par comprendre que tu voulais quelque chose. »

Elle regarda Marcus.

« Tu ne vas quand même pas laisser une jeune fille détruire notre mariage ? »

Il ferma les yeux une seconde.

Puis il répondit :

« Ce n’est pas ma fille qui a détruit notre mariage. Ce sont tes choix. »

Vanessa commença à pleurer.

« Je t’aimais. »

« Peut-être. Mais tu as essayé de me tromper, de manipuler ma famille et de prendre ce qui appartenait à ma fille. »

« Je voulais simplement assurer l’avenir de Brittany. »

« En détruisant celui de mon enfant ? »

Elle ne répondit pas.

Mon père poursuivit :

« Tu as choisi de transformer cette maison en terrain de bataille. Je ne peux plus vivre comme si rien ne s’était passé. »

Vanessa tendit la main.

« Marcus, s’il te plaît. »

Il recula.

« Tu vas recevoir les informations nécessaires par l’intermédiaire des avocats. Ne reviens pas ici sans accord. »

Elle regarda une dernière fois le salon.

Puis ses yeux se posèrent sur moi.

Pendant une fraction de seconde, je crus qu’elle allait m’insulter.

Mais elle se contenta de dire :

« Tu as gagné. »

Je secouai la tête.

« Ce n’était pas un jeu. »

Elle partit.

Et mon père referma la porte.

Cette fois, il ne la regarda pas s’éloigner par la fenêtre.

Il resta simplement devant la porte, la main posée sur la poignée.

Puis il se retourna vers moi.

« Je suis désolé que tu aies dû vivre tout ça. »

Je hochai la tête.

Mais au fond de moi, je savais que l’histoire n’était pas encore terminée.

Vanessa avait disparu.

Jonathan Hart était toujours impliqué.

Et les 120 000 dollars n’avaient pas été retrouvés.

CHAPITRE 11 — LE DOSSIER DE JONATHAN HART
Les semaines suivantes furent consacrées à l’examen des documents.

L’avocat de Marcus engagea un expert-comptable indépendant et un spécialiste en vérification de signatures.

Les résultats furent inquiétants.

La procuration utilisée pour certaines démarches bancaires présentait plusieurs anomalies.

Le contrat immobilier comportait également des incohérences.

La signature attribuée à Marcus n’avait pas été réalisée dans les conditions habituelles.

Les experts ne pouvaient pas encore désigner avec certitude l’auteur de la falsification, mais les éléments étaient suffisants pour transmettre le dossier aux autorités compétentes.

De leur côté, les enquêteurs commencèrent à examiner les mouvements financiers de Vanessa et les opérations liées à la société immobilière.

Puis une information inattendue arriva.

Jonathan Hart avait quitté son domicile.

Son entreprise avait cessé plusieurs activités et des créanciers réclamaient le remboursement de sommes importantes.

Daniel nous expliqua que l’homme traversait des difficultés financières depuis plusieurs années.

Il avait accumulé des dettes en investissant dans des projets immobiliers risqués.

L’achat potentiel de notre maison représentait pour lui une occasion de récupérer une partie de ses pertes.