Le reste avait été envoyé vers une société enregistrée au nom d’un tiers.
Daniel expliqua qu’il était impossible de déterminer immédiatement si toutes ces opérations étaient frauduleuses, mais qu’elles justifiaient une enquête financière.
Marcus se laissa tomber dans son fauteuil.
« Comment ai-je pu ne rien voir ? »
Je m’assis près de lui.
« Elle a passé beaucoup de temps à te convaincre que tout allait bien. »
Il secoua la tête.
« Ce n’est pas une excuse. »
Il regarda les documents.
« J’ai laissé cette femme prendre des décisions concernant notre famille sans jamais vérifier ce qu’elle faisait. »
Brittany se tenait toujours près de la porte.
Elle semblait plus petite que d’habitude.
« Papa, je peux rester ici ? »
Marcus leva les yeux.
« Où est ta mère ? »
« Je ne sais pas. »
« Alors appelle-la. »
« Elle ne me répond pas. »
« Et tu veux que je fasse quoi ? »
Brittany se mit à pleurer.
« Je n’ai nulle part où aller. »
Je sentis une colère ancienne remonter.
Pendant trois ans, cette maison avait été mon lieu de souffrance.
Brittany m’avait humiliée, insultée, accusée et avait même tenté de me faire expulser.
Maintenant qu’elle avait perdu le soutien de sa mère, elle revenait chercher un refuge.
Je regardai mon père.
Je ne voulais pas qu’il prenne une décision par culpabilité.
« Papa, tu peux l’aider à trouver un endroit où vivre si elle en a besoin. Mais ne lui donne pas les clés de la maison comme si rien ne s’était passé. »
Il acquiesça.
Puis il s’adressa à Brittany.
« Je ne vais pas te laisser sans solution. Mais tu ne peux pas revenir vivre ici dans les mêmes conditions. Tu devras reconnaître ce que tu as fait, coopérer avec l’avocat et respecter les limites que nous allons établir. »
Elle baissa la tête.
« D’accord. »
Avant de partir, elle se tourna vers moi.
« Je sais que tu ne me pardonneras pas. »
Je répondis :
« Le pardon ne se réclame pas. Il se mérite. »
Elle ne dit rien.
Et pour la première fois, elle partit sans claquer la porte.
CHAPITRE 7 — LE NOM SUR LE CONTRAT
La semaine suivante, Daniel nous informa que le promoteur avait accepté de suspendre toute démarche concernant la propriété.
Cependant, une question restait sans réponse.
Pourquoi avait-il accepté de verser 120 000 dollars à Vanessa sans vérifier que celle-ci possédait réellement les droits nécessaires à la vente ?
La société apparaissant sur le contrat s’appelait Hartwell Development.
Son directeur était un homme nommé Richard Coleman.
Mon père le connaissait de réputation.
Il avait déjà réalisé plusieurs opérations immobilières dans la région.
Daniel prit rendez-vous avec lui.
La rencontre eut lieu dans un bureau situé au centre-ville.
Richard était un homme d’une cinquantaine d’années, toujours impeccablement habillé.
Il commença par affirmer qu’il avait été victime d’une présentation trompeuse de la situation.
Selon lui, Vanessa lui avait montré des documents laissant penser qu’elle disposait d’un accord familial pour vendre la propriété.
Il avait accepté de verser une avance parce qu’elle lui avait assuré que les signatures finales seraient obtenues rapidement.
Marcus posa les mains sur la table.
« Vous avez signé un contrat portant sur une maison dont vous n’avez jamais vérifié les titres ? »
Richard détourna les yeux.
« Nous pensions que les documents étaient en cours de régularisation. »
Daniel intervint.
« Vous avez pourtant reçu une copie de l’acte de propriété. »
Richard resta silencieux.
L’avocat sortit un document.
« Et voici la preuve que votre service juridique avait identifié l’existence de droits successoraux appartenant à la fille de Marcus Vale. »
Je sentis mon estomac se nouer.
Richard regarda le document.
« Nous avions demandé des clarifications. »
« Et Vanessa vous a répondu quoi ? »
Il soupira.
« Elle a expliqué que sa belle-fille était encore jeune et qu’elle accepterait probablement de signer une fois que son père aurait pris une décision. »
Je ne pus retenir un rire amer.
« Elle parlait de moi comme si je n’étais pas une personne. »
Richard me regarda.
« Je suis désolé. »
« Vous n’aviez aucune raison de penser que j’accepterais de perdre mes droits simplement parce que Vanessa vous l’avait dit. »
Il baissa la tête.
La réunion dura encore près d’une heure.
À la fin, Richard accepta de transmettre tous les échanges écrits et de coopérer à l’examen du dossier.
Mais avant de partir, il demanda à parler à mon père en privé.
Marcus refusa.
« Dites ce que vous avez à dire devant tout le monde. »
Richard hésita.
Puis il prononça une phrase qui nous surprit :
« Vanessa n’était pas la seule personne intéressée par cette maison. »
Daniel se redressa.
« Qu’est-ce que cela signifie ? »
Richard expliqua qu’un autre investisseur avait pris contact avec lui quelques mois plus tôt.
Cet homme voulait acquérir plusieurs terrains dans le quartier.
Il avait également proposé de financer certaines dépenses liées au projet de Vanessa.
Mais il y avait un détail étrange.
L’investisseur connaissait déjà la valeur exacte du patrimoine laissé par Élise.
Et il connaissait même l’existence du compte fiduciaire.
Marcus fronça les sourcils.
« Comment pouvait-il savoir tout cela ? »
Richard sortit une carte de visite.
Il la posa devant nous.
Le nom inscrit dessus me donna la chair de poule.
Jonathan Hart.
Le père biologique de Brittany.
Je regardai mon père.
Marcus avait toujours su que Brittany avait un père différent.
Vanessa avait raconté qu’il était parti lorsque sa fille était petite et qu’il n’avait plus jamais souhaité s’impliquer dans leur vie.
Pourtant, selon les documents de Richard, Jonathan Hart était toujours actif dans le secteur immobilier.
Et il semblait avoir suivi notre situation familiale depuis plusieurs années.
Je murmurai :
« Pourquoi le père de Brittany voudrait-il notre maison ? »
Daniel répondit :