J’étais debout devant la tombe de Camille, tenant fermement la main d’Héloïse. Le soleil couchant baignait la vallée d’une lumière d’une douceur infinie, chassant les dernières ombres de nos vies.
Jacques s’approcha de nous, ayant troqué son uniforme de patrouille contre une veste de laine sombre. Son visage n’avait plus cette pâleur fantomatique, cette tension insoutenable qui m’avait tant effrayée sur le trottoir le matin de notre rencontre. Ses yeux bleus reflétaient enfin la paix d’un homme qui avait accompli son devoir d’honneur et rendu sa sœur à la dignité de la terre.
Héloïse lâcha ma main et courut vers lui, s’agrippant à ses jambes avec un éclat de rire joyeux qui résonna dans le calme solennel du cimetière. Jacques la souleva dans ses bras avec une aisance protectrice, lui rendant son grand sourire d’officier bienveillant.
« Vous partez pour la Bretagne demain matin ? » me demanda-t-il avec une pointe de mélancolie vite balayée par une tendresse sincère.
« Oui, » répondis-je en respirant à pleins poumons l’air pur de la montagne. « Une petite maison au bord de la mer, près de Dinard. Les droits de succession d’Helios Meridian ont été gelés, mais le juge des tutelles m’a définitivement restitué mes droits parentaux exclusifs et accordé une provision légale substantielle sur les biens sous séquestre. Héloïse va enfin pouvoir apprendre à nager. Elle va pouvoir courir sur la plage sans que je ne surveille chaque buisson, chaque voiture qui ralentit au coin de la rue. »
Je fis un pas vers lui et posai ma main sur son bras, ce bras solide qui nous avait fait franchir le fleuve de l’enfer.
« Tu nous rendras visite, Jacques ? Tu es son oncle de cœur désormais. Sa famille. »
Jacques posa sa main sur la mienne. Pour la première fois depuis que nos destins s’étaient percutés sur ce trottoir poussiéreux, son sourire atteignit le fond de ses yeux sans aucune retenue.
« Je serai là pour son cinquième anniversaire le mois prochain, Claire. Rex ne me pardonnerait pas de manquer ça. »
Le chien policier aboya doucement, remuant la queue en signe d’approbation totale, avant de poser sa tête contre la barboteuse d’Héloïse.
Nous avons quitté le cimetière côte à côte, descendant le petit chemin de gravier vers la lumière éclatante de la vallée. Derrière nous, les ombres du passé étaient définitivement enfermées dans les cellules du présent. Devant nous s’ouvrait le vaste monde, propre, lumineux, et enfin rendu à la justice.