Nous sommes rentrés tous les deux à la salle, Léo et moi.

Le gymnase était plongé dans la pénombre. L’odeur du cuir usé, de la sueur froide et du camphre nous a accueillis comme une vieille famille bienveillante qui ouvre ses bras pour consoler les vivants.

Léo s’est arrêté devant le grand miroir d’entraînement qui couvrait le mur du fond, celui-là même où son père avait répété ses gammes pendant des milliers d’heures. Sans un mot, le petit bonhomme a retiré son manteau de deuil. Il a ramassé les bandes de crêpe blanche posées sur le rebord du ring et a commencé à les enrouler méthodiquement autour de ses petites mains, croisant les tours de tissu entre ses phalanges avec une précision d’artisan.

Puis, il a levé ses yeux sombres vers mon reflet dans la glace.

« Coach ? » a-t-il demandé d’une voix claire, débarrassée de toute hésitation.

J’ai retiré ma veste de costume noir pour enfiler mon vieux pull d’entraînement élimé. Mes articulations grinçaient un peu sous la fatigue de la journée, mais mon cœur battait d’une vigueur neuve, débarrassé du poids de dix ans de culpabilité.

« Oui, Léo ? »

« À quelle heure commence le premier round ? »

J’ai décroché le chronomètre à poussoir qui pendait à son clou rouillé, j’ai enclenché le ressort d’un coup de pouce sec, et le son métallique du gong d’entraînement a retenti sous les voûtes séculaires, clair, triomphant, immortel.

« Tout de suite, petit phénix, » ai-je répondu en montant sur le ring. « Garde haute, menton rentré. La vie ne fait pas de cadeaux à ceux qui baissent les bras. »