Des larmes coulèrent immédiatement sur ses joues.

« Où est-il ? »

Richard baissa la voix.

« Dans la forteresse de Montfaucon. Depuis dix ans. »

Emma regarda sa mère.

Jamais elle ne l’avait vue ainsi.

Marguerite tremblait de tout son corps.

Puis elle murmura un prénom.

« Adrien… »

Emma s’approcha.

« Maman ? »

Marguerite tomba à genoux devant sa fille et la prit dans ses bras.

Elle pleurait.

Mais cette fois, ce n’étaient plus seulement des larmes de douleur.

C’étaient des larmes d’espoir.

« Emma… »

Sa voix se brisa.

« Ton père est vivant. »

PARTIE 4 — LA COURONNE DU PARDON
Trois jours plus tard, l’aube se levait sur les forêts entourant la forteresse de Montfaucon.

Un convoi royal approchait des murailles.

En tête chevauchait le commandant de la garde, accompagné de Richard et de plusieurs officiers fidèles à la couronne légitime.

À l’intérieur d’une voiture fermée se trouvaient Marguerite et Emma.

La fillette regardait les arbres défiler derrière la fenêtre.

Elle tenait dans ses mains la petite médaille d’or que Richard lui avait donnée.

« Maman ? »

Marguerite tourna la tête.

« Oui, mon cœur ? »

« Et s’il ne me reconnaît pas ? »

Sa mère lui prit doucement la main.

« Il ne t’a jamais rencontrée, Emma. Mais cela ne signifie pas qu’il ne t’aime pas. »

« Comment peut-on aimer quelqu’un qu’on n’a jamais vu ? »

Marguerite resta silencieuse un instant.

Puis elle sourit.

« Lorsque tu étais encore dans mon ventre, ton père te parlait chaque soir. Il racontait des histoires. Il chantait parfois, très mal d’ailleurs. »

Emma esquissa un sourire.

« Vraiment ? »

« Vraiment. Et quand je lui disais que tu ne pouvais pas encore comprendre ses paroles, il répondait que l’amour n’avait pas besoin d’être compris pour être ressenti. »

Emma baissa les yeux vers la médaille.

« Alors peut-être qu’il m’attend. »

Marguerite serra sa main.

« Je suis certaine qu’il t’attend. »

Mais au fond d’elle-même, une autre peur grandissait.

Dix années de captivité pouvaient détruire un homme.

Elle ignorait dans quel état elle allait retrouver Adrien.

Elle ignorait même s’il serait encore capable de la reconnaître.

Lorsque le convoi franchit les portes de la forteresse, le commandant présenta les nouveaux ordres royaux.

Le gouverneur, un homme massif au visage sévère, les lut deux fois.

Puis il leva les yeux vers Marguerite.

« C’est impossible… »

Richard s’approcha.

« Ouvrez les cellules. »

Le gouverneur hésita.

« Mais les anciens ordres précisaient que le prisonnier ne devait jamais être libéré. »

Richard posa le sceau de la régence provisoire sur la table.

« Ces ordres ont été annulés. »

Une demi-heure plus tard, ils descendaient un escalier étroit.

L’air devenait de plus en plus froid.

Une odeur de pierre humide remplissait les couloirs.

Emma marchait près de sa mère.

Devant une dernière porte de fer, le geôlier s’arrêta.

« Il est là. »

Marguerite sentit son cœur battre violemment.

La clé tourna.

La porte s’ouvrit.

Dans une cellule sombre, un homme était assis près d’une petite fenêtre.

Il avait les cheveux longs, traversés de mèches grises.

Son visage était creusé par les années.

Ses vêtements étaient simples et usés.

Il tenait dans ses mains un petit morceau de bois sur lequel il avait gravé une étoile.

Lorsque la porte s’ouvrit, il ne leva même pas la tête.

« Je vous ai déjà dit que je n’avais rien à avouer. »

Marguerite porta une main à sa bouche.

Cette voix…

Dix ans n’avaient pas réussi à l’effacer de sa mémoire.

« Adrien ? »

L’homme se figea.

Pendant plusieurs secondes, il resta immobile.

Puis il releva lentement la tête.

Ses yeux rencontrèrent ceux de Marguerite.

Il cligna plusieurs fois, comme s’il craignait de voir une hallucination.

« Marguerite ? »

Elle fit un pas.

« Oui. »

Sa voix tremblait.

« C’est moi. »

Adrien se leva si vite qu’il faillit tomber.

« Non… Ce n’est pas possible. »

Il regarda le geôlier, puis Richard.

« On m’a dit que tu étais morte. »

Marguerite éclata en sanglots.

« Moi aussi, on m’a dit que tu étais mort. »

Adrien s’avança.

Il s’arrêta à quelques centimètres d’elle.

Ses mains tremblaient tellement qu’il n’osait pas la toucher.

« Est-ce que tu es réelle ? »

Marguerite prit ses mains et les posa contre ses joues.

« Je suis là, Adrien. »

Il ferma les yeux.

Puis il la serra contre lui.

Ils restèrent enlacés sans parler.

Dix années de solitude, de regrets et d’espoir impossible semblaient s’effondrer autour d’eux.

Emma les regardait avec des larmes silencieuses.

Puis Adrien aperçut la petite fille.

Il recula légèrement.

« Qui… qui est cette enfant ? »

Marguerite essuya ses joues.

Elle se tourna vers Emma.

« Viens, ma chérie. »

Emma hésita.

Son père l’observait avec une expression bouleversée.

Marguerite lui posa une main sur l’épaule.

« Adrien… voici notre fille. »

L’homme devint immobile.

« Notre… fille ? »

Marguerite acquiesça.

« Elle s’appelle Emma. Elle a neuf ans. »

Adrien regarda la fillette.

Ses yeux se remplirent aussitôt de larmes.

« Une fille… »

Il répéta ces mots comme s’ils étaient trop beaux pour être vrais.

Puis il s’agenouilla devant elle.

« Bonjour, Emma. »

La petite répondit timidement :

« Bonjour. »

Adrien sourit à travers ses larmes.

« Je ne sais pas si j’ai le droit de te demander cela… »

Il hésita.

« Mais est-ce que je peux te prendre dans mes bras ? »

Emma regarda sa mère.

Marguerite lui sourit.

Alors la fillette fit un pas.

Puis un autre.

Et elle se jeta dans les bras de cet homme qu’elle n’avait jamais connu.

Adrien la serra contre lui.

Il pleurait ouvertement.

« Ma petite fille… »

Emma enfouit son visage contre son épaule.

” Papa? “

Il éclata en sanglots.

« Oui, mon trésor. Oui. »

« Je t’ai attendu. »

Adrien ferma les yeux.