« Ne lui faites pas de mal. »

Éléonore posa sur elle un regard glacial.

« Tu as toujours été si prévisible, Marguerite. Il suffisait de menacer quelqu’un que tu aimais pour obtenir ton obéissance. »

Emma sentit une colère brûlante lui envahir la poitrine.

« Laissez ma mère tranquille ! »

La reine se tourna vers elle.

« Ouvre le coffre. »

Emma reste immobile.

« Non. »

Éléonore fit un signe au garde le plus proche de Marguerite.

L’homme posa la pointe de son épée contre le sol, tout près des pieds de la prisonnière.

« Ouvre-le, ou ta mère ne reverra jamais la lumière du jour. »

Emma regarda Marguerite.

Sa mère secouait la tête.

« Ne fais pas ça, ma chérie. »

Mais la fillette venait de comprendre quelque chose.

Elle n’était pas seule.

Dans la salle du trône, les gardes s’étaient agenouillés.

Dans les couloirs, les portes avaient semblé l’appeler.

Et ici, sous terre, les statues semblaient la regarder.

Elle s’approcha du coffre.

Ses doigts tremblaient.

« Si je l’ouvre, vous nous laisserez partir ? »

Éléonore sourit.

« Tu as ma parole. »

Emma leva les yeux.

« Votre parole ne vaut rien. »

La reine perdit son sourire.

Richard baissa brièvement la tête pour dissimuler une expression de fierté.

Emma posa les deux mains sur le cristal.

Un rayon doré se répandit dans la pièce.

Le coffre s’ouvrit.

À l’intérieur, le testament reposait sur un coussin de velours.

Mais un deuxième objet apparut.

Une petite couronne d’argent.

Au moment où Emma effleura le parchemin, une lumière se projeta au-dessus de l’autel.

Une image prit forme.

Le visage d’un homme âgé apparut.

Le roi Philippe IV.

Tous reculèrent.

Même Éléonore.

La voix de l’ancien souverain résonna dans la chambre.

« Si vous entendez ces mots, c’est que le sang de ma famille a retrouvé le chemin de la vérité. »

Richard tomba à genoux.

Marguerite porta une main à sa bouche.

Emma regardait la silhouette avec fascination.

L’image poursuivit :

« Je reconnais Marguerite de Saint-Clair comme héritière légitime de la couronne. Après elle, ses descendants porteront le droit de succession. Aucun autre prétendant ne pourra revendiquer ce trône sans l’accord de la lignée reconnue. »

Éléonore hurla :

« ASSEZ ! »

Elle arracha le parchemin des mains d’Emma.

Puis elle le jeta au sol et sortit une petite torche qu’un soldat portait.

« Si ce document disparaît, personne ne pourra le prouver ! »

Richard se précipita.

Un mercenaire le frappa violemment au visage.

Le conseiller tomba à genoux.

Emma cria.

La reine approcha la flamme du testament.

Le parchemin commença à brûler.

Marguerite ferma les yeux.

Des années d’espoir semblaient partir en fumée.

Mais Emma ne regardait pas les flammes.

Elle regardait la couronne d’argent.

Une phrase, gravée à l’intérieur, venait d’apparaître sous la lumière.

Le trône peut être volé. Jamais le serment du sang.

Emma prit la couronne.

Elle était légère.

Presque chaude.

Elle la posa sur sa tête.

Instantanément, les douze statues s’illuminèrent.

Un souffle puissant balaya la pièce.

La flamme s’éteignit.

Le parchemin cessa de brûler.

Éléonore recula en hurlant.

Les armes des mercenaires devinrent si lourdes qu’ils durent les abandonner.

Et la voix du roi Philippe résonna de nouveau.

« Le véritable pouvoir ne réside pas dans la peur. Il réside dans la responsabilité de protéger ceux qui ne peuvent se défendre. »

Emma leva la tête.

Une lumière dorée enveloppait ses cheveux châtains.

Mais elle ne semblait ni plus grande ni plus âgée.

Elle restait une petite fille.

Une petite fille qui avait peur pour sa mère.

Une petite fille qui choisissait pourtant de ne pas reculer.

« Libérez-la », murmura-t-elle.

Les liens de Marguerite tombèrent au sol.

Les soldats reculèrent.

Éléonore regarda la fillette avec une terreur grandissante.

« Qu’est-ce que tu es ? »

Emma répondit doucement :

« Je suis la fille de Marguerite. »

Puis elle ajouta :

« Et vous allez enfin lui demander pardon. »

La reine serra les dents.

« Jamais ! »

Elle se précipita vers le coffre de cristal et tenta de saisir la couronne.

Mais au moment où ses doigts touchèrent l’autel, les douze statues tournèrent simultanément la tête.

Un grondement assourdissant traversa les fondations du château.

Une fissure s’ouvrit dans le sol devant la reine.

Elle tomba à genoux, terrifiée.

Emma leva la main.

« Arrêtez ! »

Tout s’immobilisa.

La fissure cessa de s’élargir.

La lumière se stabilisa.

Richard regarda l’enfant, bouleversé.

Éléonore était encore vivante.

Emma aurait pu la laisser tomber.

Elle avait choisi de la sauver.

Et c’est à ce moment précis que Richard comprit pourquoi le trône l’avait reconnue.

Non seulement à cause de son sang.

Mais aussi à cause de son cœur.

Une heure plus tard, les portes de la grande salle du trône s’ouvrirent.

Les deux cents aristocrates attendaient toujours.

Ils virent entrer Richard, le visage blessé.

Puis Marguerite, portant sa vieille robe de servante.

Et enfin Emma.

La petite fille avançait entre eux, la couronne d’argent sur ses cheveux.

Derrière elle marchait Éléonore.

Sans escorte.

Sans assurance.

Le visage défait.

Richard monta les marches de l’estrade.

Il déploya ce qui restait du testament royal.

Puis, devant tous les dignitaires réunis, il annonça :

« Au nom du roi Philippe IV, je reconnais publiquement Marguerite de Saint-Clair comme héritière légitime de la couronne. »

Un murmure parcourut la salle.

Éléonore tenta de protester.

Mais Richard leva la main.

« Et j’accuse la reine Éléonore de Valmont d’avoir usurpé le pouvoir, organisé la disparition de l’héritière et dissimulé l’existence d’un prisonnier royal. »

Marguerite se figea.

« Un prisonnier ? »

Richard tourna lentement les yeux vers elle.

Son expression changea.

« Marguerite… Il y a encore une chose que vous devez savoir. »

Elle sentit ses jambes faiblir.

« Quoi ? »

Le conseiller inspira.

« Adrien n’est pas mort. »

Le monde sembla s’arrêter.

Marguerite porta une main à son cœur.

« Non… »

« Il est vivant. »