Personne n’avait besoin de la réponse.

Le lendemain, Aldric abdiqua.

Il ne donna la Couronne ni à Céliane, ni à Maëlle, ni à Aurelia.

— J’ai laissé mon intérêt dans la continuité de mon règne influencer des décisions que j’appelais stabilité.

Je ne peux pas réparer cela en choisissant moi-même qui doit profiter de mon départ.

Un Conseil de Transition prit le pouvoir.

Puis toute la capitale posa la même question :

Qui est l’héritière légitime ?

Les traditionalistes répondaient :

Maëlle.

Sa mère était l’aînée.

La renonciation était fausse.

Donc la branche aînée devait revenir.

D’autres défendaient Aurelia.

Elle avait été formée toute sa vie.

Elle connaissait les affaires du royaume.

Et n’avait pas participé au crime originel.

Une troisième faction réclamait la fin de l’hérédité absolue.

Maëlle monta à la tribune.

— Le fait que ma mère ait été privée injustement de ses droits ne prouve pas automatiquement que je suis aujourd’hui la meilleure personne pour gouverner.

Un noble protesta :

— Mais le trône s’est tourné vers vous !

Maëlle regarda le gigantesque siège.

— Le trône s’est tourné vers un dossier que le royaume refusait d’ouvrir.

Pas vers un programme politique.

Des rires éclatèrent.

— Il vous a reconnue !

— Comme personne liée à un litige dynastique.

Pas comme reine.

— Et votre sang ?

Maëlle inspira.

— Mon sang répond à une question sur mon identité.

Pas à toutes les questions sur mes compétences.

Céliane refusa également la restauration automatique.

— J’ai passé dix-neuf ans enfermée.

Le fait que cette injustice m’ait volé la possibilité de régner ne signifie pas que le royaume doit faire semblant que ces dix-neuf années n’existent pas.

Aurelia la regarda avec surprise.

— Vous pourriez reprendre ce qu’on vous a pris.

Céliane répondit :

— On ne me rendrait pas mes vingt-six ans.

On me donnerait un pouvoir actuel au nom d’une possibilité passée.

Ce n’est pas exactement la même chose.

Une nouvelle Charte fut écrite.

La Couronne resterait monarchique.

Mais la succession serait confirmée par une Assemblée élargie lorsque plusieurs branches avaient un droit historique crédible.

Les candidats devraient présenter leurs compétences.

Leurs projets.

Leurs finances.

Et accepter des limites constitutionnelles.

Surtout :

aucune relique, aucun trône, aucun animal sacré et aucune manifestation magique ne pourrait suffire à établir le droit de régner.

Le Premier Siège conserverait une seule fonction :

signaler qu’un litige dynastique scellé devait être rouvert.

Rien de plus.

Maëlle refusa de se présenter.

Aurelia resta stupéfaite.

— Pourquoi ?

— Je ne veux pas être reine.

— Tu es sérieuse ?

— Oui.

— Après tout ça ?

Maëlle sourit.

— Justement après tout ça.

— Tu pourrais gagner.

— Peut-être.

— Et tu ne veux même pas essayer ?

Maëlle regarda les archives.

— Je veux empêcher qu’une autre personne soit changée en pierre parce que son existence dérange une version officielle.

C’est déjà un travail assez ambitieux.

Aurelia resta silencieuse.

Puis :

— Je vais me présenter.

— Je sais.

— Ça te dérange ?

Maëlle réfléchit.

— Non.

Mais je voterai uniquement après avoir entendu ton programme.

Aurelia leva un sourcil.

— Insupportable.

— Institutionnellement.

Aurelia éclata de rire.

PARTIE 5 — AURELIA DEVINT REINE… ET LE TRÔNE QUI AVAIT RECONNU MAËLLE NE S’INCLINA JAMAIS DEVANT ELLE
Deux ans plus tard, quatre candidats se présentèrent.

Princess Aurelia.

Governor Sébastien Ravel.

Magistrate Diane Corven.

Et Duke Louis d’Orme.

Les débats durèrent trois mois.

Pour la première fois, Aurelia dut répondre publiquement à des questions qu’un héritier n’entendait normalement jamais.

— Pourquoi voulez-vous régner ?

Elle répondit :

— Parce que je crois pouvoir le faire correctement.

Puis s’arrêta.

— Et parce que j’ai été élevée toute ma vie à le vouloir.

Je travaille encore à distinguer ces deux raisons.

Cette réponse fit beaucoup parler.

On lui demanda :

— Vous avez soutenu la condamnation de Maëlle.

Pourquoi le royaume devrait-il vous faire confiance ?

Aurelia répondit :

— Il ne devrait pas me faire confiance parce que je regrette.

Il devrait examiner ce que j’ai fait depuis que j’ai compris mon erreur.

J’ai soutenu la réouverture du procès même lorsqu’elle pouvait me coûter la Couronne.

Et si cela ne suffit pas, alors choisissez quelqu’un d’autre.

Maëlle regardait depuis le premier rang.

Elle ne sourit pas.

Mais elle approuva.

Aurelia remporta finalement la confirmation.

De peu.

Trente-quatre pour cent au premier tour.

Puis cinquante-deux au second.

Lorsque son nom fut annoncé, elle resta immobile quelques secondes.

Maëlle s’approcha.

— Félicitations.

Aurelia demanda :

— Tu as voté pour moi ?

— Secret du scrutin.

— Maëlle.

— Majesté.

— Je te déteste.

— Pas encore Majesté.

La cérémonie est demain.

Aurelia soupira.

— Voilà pourquoi je te déteste.

Le lendemain, la Salle du Trône était pleine.

Le grand siège avait été replacé face à la nef.

Pas manuellement.

Le mécanisme du Premier Siège avait lui-même retrouvé sa position neutre après la clôture du procès.

Aurelia gravit les marches.

Avant de s’asseoir…

elle s’arrêta.

Regarda Maëlle.

Puis le trône.

Le grand saphir resta sombre.

Aucun mouvement.

Aucun miracle.

Aurelia sourit.

— Pour une fois, j’apprécie son silence.

Maëlle murmura :

— Profite.

Puis Aurelia fut couronnée.

Pas parce que le trône l’avait choisie.

Mais après un processus auquel elle avait accepté de se soumettre.

Maëlle, elle, étudia.

Droit archivistique.

Procédure dynastique.

Histoire institutionnelle.

Elle échoua à son premier examen de finances royales.

Aurelia conserva le résultat.

— Dix sur vingt.

— Onze et demi.

— J’arrondis politiquement.

— C’est inquiétant de la part d’une reine.

— Le peuple savait ce qu’il choisissait.

Trois ans plus tard, Maëlle devint Gardienne du Premier Siège.

Pas par héritage.

Elle passa les mêmes examens que les autres candidats.

Arriva deuxième en théorie juridique.

Première en analyse des archives.

Son projet fut retenu parce qu’il proposait de retirer au roi tout contrôle individuel sur le mécanisme du trône.

Désormais, si le Premier Siège se tournait…

le dossier correspondant serait automatiquement copié et remis à trois juridictions indépendantes.