Certaines criaient son nom.

D’autres :

— Usurpatrice !

D’autres encore :

— Maëlle reine !

Maëlle ferma les yeux.

— Ça commence.

Céliane murmura :

— N’écoute aucune foule qui te donne un destin avant de te demander ce que tu veux.

Aurelia la regarda.

— Vous auriez pu me dire ça il y a quinze ans.

Céliane sourit.

— J’étais un peu occupée.

Aurelia éclata de rire malgré elle.

Pour la première fois…

l’ancienne héritière et la future candidate au trône rirent ensemble.

Puis ils entrèrent dans la Salle du Trône.

Le siège d’or était toujours tourné vers l’endroit où Maëlle avait été pétrifiée.

King Aldric attendait au pied des marches.

Lorsqu’il vit Céliane…

il pleura.

— Ma sœur.

Elle s’arrêta.

— Aldric.

Il voulut avancer.

Céliane leva une main.

— Pas encore.

Le roi s’arrêta.

Maëlle regarda son oncle.

— Vous saviez depuis douze ans.

Aldric ne nia pas.

— Oui.

— Vous saviez qu’elle était vivante.

— Oui.

— Et onze mois plus tôt, quand je suis venue avec son nom…

Aldric ferma les yeux.

— J’ai compris que tu pouvais être sa fille.

Aurelia devint blanche.

Même elle ne savait pas cela.

Maëlle resta parfaitement immobile.

— Depuis le début ?

— Pas avec certitude.

— Mais suffisamment pour avoir peur.

— Oui.

— Et vous m’avez laissée être jugée par le fils de l’homme qui avait fait disparaître ma mère.

Le roi murmura :

— Oui.

Maëlle sentit ses larmes monter.

— Alors le problème n’est pas que vous ne saviez pas qui j’étais.

Vous aviez peur de le savoir officiellement.

Aldric baissa la tête.

Cette fois…

le trône n’eut pas besoin de bouger.

Toute la salle savait déjà dans quelle direction regarder.

PARTIE 4 — LE PROCÈS RÉVÉLA QUE MAËLLE ÉTAIT BIEN DE SANG ROYAL… MAIS CELA NE SUFFISAIT PAS À FAIRE D’ELLE UNE REINE
Le procès dura quinze mois.

Il fut le plus grand procès dynastique de l’histoire du royaume.

Et Maëlle posa une condition.

— On examine tout.

Un duc demanda :

— Tout ?

— Les faux documents.

Les actes de Marius.

Les décisions de son père.

Le rôle de King Aldric.

Mais aussi les actions de Céliane.

Et les miennes.

Le duc sembla étonné.

— Les vôtres ?

— J’ai tenté de fuir pendant mon arrestation.

J’ai volé un dossier du greffe.

Et j’ai menti pour obtenir l’accès à l’ancienne bibliothèque.

Ça doit être dans le dossier aussi.

— Pourquoi vous accuser vous-même ?

Maëlle répondit :

— Parce que si mon innocence exige qu’on transforme ma vie en légende, alors on recommence exactement le même problème dans l’autre sens.

L’expertise confirma la filiation.

Maëlle était bien la fille de Céliane et Elias Varenne.

La signature de la renonciation définitive avait été copiée.

L’original ne prévoyait qu’une suspension.

Odran Vale avait organisé la falsification et la détention secrète de Céliane.

Marius, son fils, avait découvert la vérité des années plus tard.

Au lieu de la révéler…

il avait continué.

Pourquoi ?

Parce que sa famille possédait désormais trois domaines confisqués après la chute de Céliane.

Parce que sa carrière dépendait de la version officielle.

Et parce qu’un retour de l’ancienne branche aurait ouvert les comptes de son père.

Le procès de Maëlle fut révisé.

Le sceau royal retrouvé dans sa chambre avait été placé après son arrestation.

Les lettres de complot étaient des faux.

L’inventaire prouvait qu’un agent de Marius avait eu accès à la pièce.

Maëlle fut acquittée de trahison.

Mais elle avait bien frappé un garde lors de sa fuite.

Le garde témoigna.

— Elle m’a lancé une chaise.

Maëlle corrigea :

— Un tabouret.

— C’était une chaise basse.

— Nous pouvons laisser le tribunal décider.

Pour la première fois depuis des mois, la salle éclata de rire.

Le magistrat finit par écrire :

« Objet d’assise en bois. »

Aurelia rappela cette formule pendant des années.

Céliane fut officiellement réhabilitée concernant la prétendue tentative de coup d’État.

Mais ses propres actes restèrent dans le jugement.

Désobéissance militaire.

Détournement irrégulier de fonds.

Détention illégale de messagers.

Le tribunal conclut qu’ils ne justifiaient ni la falsification de sa renonciation ni dix-neuf ans de détention secrète.

Céliane déclara :

— Merci.

Pas pour l’innocence.

Pour la précision.

Marius Vale tenta de fuir.

Il fut arrêté.

Reconnu coupable de falsification de preuves, obstruction, séquestration indirecte, manipulation judiciaire et tentative de couronnement forcé d’Aurelia.

La peine capitale fut proposée.

Maëlle s’y opposa.

— Pourquoi ? demanda un magistrat.

— Parce que je veux qu’il réponde à la loi.

Pas à ma colère.

— Vous n’êtes pas en colère ?

Maëlle eut un rire.

— Énormément.

C’est précisément pour ça que je préfère ne pas écrire sa peine moi-même.

Marius fut condamné à la prison à vie.

Puis vint King Aldric.

La salle était pleine.

Le trône restait tourné vers Maëlle.

Le roi témoigna sans couronne.

— Quand avez-vous appris que Céliane vivait ?

— Il y a douze ans.

— Pourquoi ne pas l’avoir libérée ?

— J’avais peur d’une crise de succession.

— Était-ce votre seule raison ?

— Non.

Il regarda Maëlle.

— Son retour aurait révélé que mon accession reposait sur un document probablement falsifié.

— Vous aviez donc un intérêt personnel.

— Oui.

— Quand Maëlle s’est présentée au palais, pensiez-vous qu’elle pouvait être la fille de Céliane ?

Long silence.

— Oui.

Un murmure traversa la salle.

Maëlle ferma les yeux.

Elle connaissait déjà la réponse.

L’entendre publiquement faisait quand même mal.

— Pourquoi avoir autorisé son arrestation ?

— Marius m’a présenté des preuves.

— Les croyiez-vous entièrement ?

— Non.

— Pourquoi signer la Sentence de Pierre ?

Aldric inspira.

— Parce qu’une personne pétrifiée ne pouvait pas continuer à provoquer une crise pendant que j’essayais de comprendre quoi faire.

Maëlle ouvrit les yeux.

— Pendant que vous essayiez de comprendre ?

— Oui.

— Onze mois.

— Oui.

— Et si le trône ne s’était pas tourné ?

Aldric ne répondit pas.