Le roi accepta.
Difficilement.
Mais il accepta.
La Maison des Veilles ressemblait à un couvent.
Murs blancs.
Jardins silencieux.
Fenêtres hautes.
Le directeur assura ne connaître aucune Céliane.
Maëlle répondit :
— Alors ouvrez les registres.
Il refusa.
Aurelia présenta l’ordre judiciaire.
Il pâlit.
Les registres s’ouvrirent.
Pas de Céliane.
Mais une pensionnaire appelée :
Celia Arven.
Entrée dix-neuf ans auparavant.
Financée pendant toutes ces années par une fondation.
Nom du donateur original :
Odran Vale.
Puis, après sa mort…
Marius Vale.
Maëlle sentit ses jambes trembler.
Céliane avait quarante-cinq ans.
Ses cheveux étaient presque entièrement gris.
Pas à cause de l’âge seulement.
À cause d’une vie enfermée.
Lorsqu’elle vit Maëlle…
elle ne s’approcha pas.
Elle resta près de la fenêtre.
Les mains tremblantes.
— Quel est ton nom ?
Maëlle pleurait déjà.
— Maëlle.
Céliane ferma les yeux.
Puis murmura :
— Sabine l’a gardé.
Maëlle cessa de respirer.
— Vous connaissiez Sabine.
— C’était la sœur d’Elias.
Maëlle fit un pas.
Puis s’arrêta.
— Vous êtes ma mère ?
Céliane répondit :
— Oui.
Mais elle n’avança toujours pas.
— Je peux te toucher ?
Maëlle pleura davantage.
— Oui.
Elles s’embrassèrent.
Aurelia détourna le regard.
Même Solan essuya ses yeux.
Une heure plus tard, Céliane raconta tout.
Elle et Elias n’avaient jamais préparé de coup d’État.
Mais ils avaient effectivement rassemblé des soutiens au Conseil afin de défendre leur mariage et empêcher qu’on force Céliane à renoncer.
Odran Vale transforma cela en « faction rebelle ».
King Emeric, leur père, paniqua.
Céliane accepta temporairement de suspendre ses droits pour éviter une arrestation d’Elias.
Puis elle découvrit que le document avait été transformé en renonciation définitive.
Elle voulut protester.
Elle fut arrêtée.
Elias tenta de la libérer.
Il mourut pendant l’opération.
Céliane fut envoyée à la Maison des Veilles.
Officiellement « pour sa sécurité ».
En réalité…
pour qu’elle disparaisse sans être exécutée.
Aurelia demanda :
— King Aldric savait-il que vous étiez ici ?
Céliane resta silencieuse.
Maëlle sentit immédiatement le danger dans ce silence.
— Maman.
Céliane regarda Aurelia.
— Pas au début.
Aldric avait vingt et un ans.
On lui avait dit que sa sœur avait fui à l’étranger.
— Et plus tard ?
Céliane ferma les yeux.
— Il est venu.
Maëlle se figea.
— Quand ?
— Il y a douze ans.
Aurelia pâlit.
— J’avais sept ans.
— Oui.
— Pourquoi ?
— Il avait découvert des irrégularités.
Il voulait me voir.
Maëlle murmura :
— Et il vous a laissée ici.
Céliane ne répondit pas immédiatement.
— Oui.
Le mot tomba comme une pierre.
Maëlle se leva.
— Pourquoi ?
— Il avait peur.
— Évidemment.
Céliane prit une respiration.
— Il m’a dit qu’il croyait désormais que ma renonciation avait été falsifiée.
Mais vingt ans de politique s’étaient déjà construits autour de son règne.
Toi, tu étais cachée.
Aurelia venait de naître depuis plusieurs années.
Il disait qu’un retour brutal pouvait provoquer une guerre entre les branches.
— Et vous avez accepté ?
Céliane regarda ses mains.
— Non.
Je lui ai demandé de me libérer.
— Et ?
— Il a dit qu’il devait d’abord trouver une solution.
Maëlle eut un rire amer.
— Douze ans.
— Oui.
Aurelia pleurait silencieusement.
Céliane ajouta :
— Je ne veux pas que vous transformiez Aldric en monstre simple.
— Pourquoi pas ? demanda Maëlle.
— Parce que ce serait plus confortable.
Il m’aimait.
Il avait peur.
Il avait profité de ma disparition.
Les trois choses peuvent être vraies en même temps.
Maëlle ne répondit pas.
Céliane avait également ses propres fautes à révéler.
— J’ai ordonné à des officiers de l’Est de désobéir temporairement au roi.
Aurelia releva la tête.
— Donc il y avait vraiment une insubordination.
— Oui.
J’ai également détourné des fonds du domaine de Valest pour protéger Elias et préparer une défense juridique.
Et j’ai fait retenir deux messagers du Conseil sans mandat pendant une nuit.
Maëlle regarda sa mère.
— Pourquoi me dire ça maintenant ?
— Parce que je refuse de sortir de dix-neuf ans d’effacement pour devenir une légende parfaite.
J’ai été victime d’un crime politique.
Je n’étais pas irréprochable.
Les deux peuvent coexister.
Maëlle s’assit.
Elle semblait épuisée.
— Je commence à détester les histoires compliquées.
Aurelia murmura :
— Moi aussi.
Céliane les regarda toutes les deux.
— C’est généralement un bon signe.
Pendant ce temps, à la capitale, Grand Chancellor Marius Vale agissait.
Il déclara que Céliane était mentalement instable.
Que Maëlle avait manipulé le trône.
Que Princess Aurelia devait être couronnée immédiatement afin d’éviter une crise.
Lorsqu’Aurelia reçut le message…
elle éclata de rire.
— Il veut me couronner ?
Solan acquiesça.
— Demain.
— Sans me demander ?
— Le Conseil d’urgence affirme que votre présence n’est pas nécessaire pour proclamer une succession si le roi abdique.
Aurelia regarda Maëlle.
— Voilà donc son plan.
Maëlle demanda :
— Tu vas faire quoi ?
Aurelia resta silencieuse.
— Tu veux le trône.
— Oui.
La franchise surprit Maëlle.
Aurelia poursuivit :
— Je l’ai voulu toute ma vie.
Je ne vais pas prétendre que ça disparaît simplement parce que j’ai appris que ton existence complique tout.
— Bien.
— « Bien » ?
— J’ai déjà assez de gens qui transforment leurs émotions en discours nobles.
Continue.
Aurelia sourit malgré elle.
Puis devint sérieuse.
— Mais si j’accepte maintenant, Marius utilisera mon couronnement pour déclarer le dossier clos.
Maëlle acquiesça.
Aurelia retira sa tiare.
La posa sur la table.
— Alors je suspends officiellement ma revendication jusqu’au procès.
Maëlle la regarda longtemps.
— Tu n’abandonnes pas.
— Non.
— Tu pourrais encore te présenter après.
— Oui.
— Et tu veux gagner.
— Énormément.
Maëlle eut un petit sourire.
— D’accord.
Au moins, on sait où on en est.
Ils ramenèrent Céliane à la capitale.
Pas de cortège royal.
Pas de couronne.
Elle avait demandé une voiture simple.
À leur arrivée, des centaines de personnes s’étaient rassemblées.