Elle ne portait plus sa robe de mariée, évidemment.
Elle avait choisi un tailleur sombre et gardait les yeux baissés.
Son avocat prit la parole.
Il expliqua qu’elle contestait certaines interprétations des messages et qu’elle souhaitait parvenir à un accord.
Ryan écouta sans l’interrompre.
Puis son propre avocat lui demanda s’il souhaitait faire une déclaration.
Il se leva.
— Je n’ai jamais demandé à Paige d’aimer ma mère comme je l’aime. Je ne lui ai jamais demandé de remplacer mon père. Je ne lui ai même jamais demandé d’être d’accord avec toutes mes décisions.
Il regarda son épouse.
— Je lui demandais simplement de respecter les personnes qui comptaient dans ma vie.
Paige leva les yeux.
Ryan continua :
— Le jour de notre mariage, tu avais le choix. Tu pouvais venir me dire que tu étais jalouse de la relation que j’entretenais avec ma mère. Tu pouvais me dire que tu avais peur de ne pas trouver ta place. Nous aurions pu en parler.
Il marqua une pause.
— Mais tu as choisi de la pousser dans une piscine.
Paige se mit à pleurer.
— Ryan…
Il leva légèrement la main.
— Laisse-moi terminer.
Sa voix ne tremblait pas.
— Tu as ensuite ri de sa souffrance. Tu as menti devant nos invités. Tu as essayé de faire disparaître les preuves. Et tu as utilisé notre avenir pour justifier des actes que tu savais mauvais.
Il posa ses deux mains sur la table.
— Je ne te quitte pas parce que tu as commis une erreur. Je te quitte parce que tu as organisé une série de mensonges et que tu n’as jamais réellement regretté d’avoir fait souffrir quelqu’un. Tu regrettes seulement d’avoir été découverte.
Paige essuya ses larmes.
Elle ne répondit pas.
La réunion se termina sans réconciliation.
Les démarches juridiques suivirent leur cours.
Les questions financières furent traitées séparément, sur la base des documents disponibles et des conseils des professionnels concernés.
Ryan obtint la récupération d’une partie des sommes transférées. Le reste fit l’objet de démarches supplémentaires.
Quant à moi, ma maison resta à mon nom.
Aucun document ne fut signé pour sa vente.
Et surtout, personne ne pourrait plus prétendre que j’avais accepté de la céder.
Chapitre 12 — Le poids du pardon
Les mois suivants furent difficiles.
Je guérissais lentement.
Mon épaule retrouvait progressivement sa mobilité, mais je gardais une certaine appréhension lorsque je m’approchais d’une piscine.
Parfois, je me réveillais la nuit en revoyant la surface de l’eau au-dessus de mon visage.
Je revoyais les invités qui continuaient à écouter la musique.
Je revoyais la robe blanche de Paige.
Et surtout, je me souvenais de son sourire.
Ryan, lui, essayait de reprendre une vie normale.
Il retourna travailler.
Il reprit certaines activités qu’il avait abandonnées pendant les préparatifs du mariage.
Il recommença à voir ses amis.
Mais il n’était plus tout à fait le même.
Un soir, alors que nous dînions dans la cuisine, il me demanda :
— Maman, tu crois que j’aurais dû voir les signes plus tôt ?
Je posai ma fourchette.
— Tu crois que je les ai vus et que je les ai ignorés ?
— Je ne sais pas.
Je réfléchis.
— Ryan, lorsque ton père est mort, j’ai passé des années à essayer de te protéger de tout ce qui pouvait te faire souffrir. Mais je n’ai jamais pu empêcher toutes les déceptions.
Il m’écoutait attentivement.
— Aimer quelqu’un, ce n’est pas être capable de prévoir chaque mauvaise décision qu’il prendra. Et faire confiance à une personne ne signifie pas que tu es responsable de ses mensonges.
Il resta silencieux.
Puis il demanda :
— Est-ce que tu lui pardonnerais, toi ?
Je regardai la fenêtre.
Je pensai à ma robe bleue, encore rangée dans une housse au fond de mon placard.
Je pensai à cette journée qui aurait dû être heureuse.
Puis je répondis :
— Peut-être qu’un jour, je ne ressentirai plus rien en entendant son nom. Mais pardonner ne veut pas dire lui ouvrir de nouveau ma porte.
Ryan acquiesça.
— Je crois que j’avais besoin d’entendre ça.
Je lui souris.
— Tu as le droit de recommencer ta vie. Mais ne laisse pas cette histoire te faire croire que toutes les personnes que tu rencontreras seront comme elle.
Il sourit à son tour.
Pour la première fois depuis longtemps, son sourire semblait véritable.
Chapitre 13 — La lettre
Six mois après le mariage, je reçus une lettre.
Elle ne portait aucune adresse d’expéditeur.
À l’intérieur se trouvait une feuille pliée en quatre.
L’écriture était celle de Paige.
« Marissa,
Je sais que vous n’avez aucune raison de me pardonner.
Je ne vous écris pas pour vous demander de revenir dans ma vie.
Je voudrais seulement vous expliquer quelque chose que je n’ai jamais réussi à dire à Ryan.
Pendant longtemps, j’ai cru que si je n’étais pas la personne la plus importante dans sa vie, cela signifiait que je ne comptais pas suffisamment.
Je regardais votre relation avec lui comme une compétition.
Chaque souvenir de Daniel me semblait être une preuve que je ne pourrais jamais avoir la même place.
Chaque fois qu’il vous appelait, je pensais qu’il s’éloignait de moi.
Je sais maintenant que c’était faux.
Vous n’étiez pas mon ennemie.
Mais j’ai agi comme si vous l’étiez.
Le jour du mariage, j’ai voulu vous faire peur. J’ai pensé que vous tomberiez dans l’eau, que les invités riraient peut-être et que Ryan finirait par vous reprocher d’avoir gâché la journée.
Je n’ai pas réfléchi à la possibilité que vous ne puissiez pas remonter.
Quand je vous ai vue lutter dans l’eau, j’ai compris que j’avais dépassé une limite.
Mais au lieu de reconnaître ce que j’avais fait, j’ai continué à mentir.
Je ne peux pas revenir en arrière.
Je ne vous demande pas de me croire.
Je voulais seulement que vous sachiez que j’ai compris, trop tard, ce que j’ai détruit.
Paige. »
Je relus la lettre plusieurs fois.