Paige eut un petit rire.
« Elle finira par comprendre. Ryan déteste les conflits. Si je lui fais croire que sa mère devient difficile, il prendra naturellement ses distances. »
Puis elle ajouta :
« Et si cela ne suffit pas, je trouverai un moyen de lui montrer qu’elle ne peut plus tout contrôler. »
La vidéo s’arrêtait là.
Ryan regarda Brooke.
— Qui est cette femme ?
— Vanessa. La cousine de Paige.
— Celle qui travaille dans l’immobilier ?
Brooke hocha la tête.
Ryan ferma les yeux.
— Mon Dieu…
Il connaissait Vanessa.
Elle avait participé à plusieurs réunions concernant leur projet de logement.
Il avait même envisagé de lui confier certaines démarches administratives.
Je compris que l’histoire dépassait largement une querelle entre une belle-mère et sa belle-fille.
Mais je ne savais pas encore à quel point.
Chapitre 4 — La vérité à l’hôpital
L’hôpital était presque silencieux lorsque nous arrivâmes.
Une infirmière m’installa dans une chambre et prit mes constantes.
Ryan resta près de moi.
Il avait retiré sa veste de mariage et défait le premier bouton de sa chemise.
Il semblait avoir vieilli de plusieurs années en quelques minutes.
Après les examens, le médecin nous expliqua que mon épaule avait subi un traumatisme supplémentaire.
Heureusement, je n’avais pas de nouvelle fracture, mais les tissus déjà blessés avaient été fortement sollicités. Il fallait immobiliser mon bras, surveiller la douleur et poursuivre les examens.
Il me posa également des questions sur l’eau que j’avais avalée.
Il me recommanda de rester sous surveillance pendant plusieurs heures.
Lorsque le médecin sortit, Ryan s’assit près de mon lit.
Pendant un long moment, aucun de nous ne parla.
Puis il murmura :
— Je suis désolé, maman.
Je tournai la tête vers lui.
— Pourquoi ?
— Parce que je n’ai pas vu ce qui se passait.
— Tu n’étais pas près de la piscine.
— Je veux dire avant. Toutes ces petites choses. Les remarques. Les appels interrompus. Les fois où elle te faisait sentir que tu étais de trop.
Je lui pris la main.
— Ryan, je ne voulais pas te mettre dans une situation difficile.
Il baissa les yeux.
— C’est exactement ce qu’elle disait toujours. Que tu ne voulais pas me mettre dans une situation difficile. Elle répétait que tu utilisais ta gentillesse pour me garder près de toi.
Je secouai doucement la tête.
— Je n’ai jamais voulu que tu choisisses entre nous.
— Je sais.
Il se leva, marcha jusqu’à la fenêtre, puis revint.
— Tu sais ce qui me fait le plus mal ?
— Quoi, mon chéri ?
— Pendant des mois, j’ai cru que je devais choisir mes mots avec toi pour éviter les disputes avec Paige. Je pensais que je protégeais notre mariage. En réalité, je te demandais de supporter des choses que tu ne méritais pas.
Je sentis mes yeux se remplir de larmes.
— Je voulais simplement que tu sois heureux.
Ryan s’assit de nouveau.
— Je l’étais, maman. Mais j’étais tellement occupé à vouloir que tout le monde soit heureux que je n’ai pas remarqué que quelqu’un souffrait.
Il regarda mon bras immobilisé.
— Je ne laisserai plus jamais cela arriver.
Je lui demandai de ne pas prendre une décision définitive sous le coup de la colère.
Il secoua la tête.
— Ce n’est pas seulement la colère. C’est ce que j’ai vu. Ce que j’ai entendu. Et surtout ce que j’ai compris.
À cet instant, son téléphone vibra.
Un message de Paige.
« J’espère que tu es satisfait. Tu as humilié ta femme devant toute sa famille. Rentre à la maison pour que nous puissions parler. »
Ryan lut le message sans répondre.
Un second arriva.
« Si tu ne reviens pas, ne t’étonne pas si notre mariage se termine avant même d’avoir commencé. »
Il posa son téléphone.
Puis il me regarda.
— Je crois que c’est déjà terminé.
Chapitre 5 — Le document dans le coffre
Le lendemain matin, alors que je commençais à me sentir un peu mieux, Ryan reçut un appel de son avocat.
Il avait contacté celui-ci quelques mois auparavant pour préparer certains documents liés à leur futur logement.
L’avocat voulait le rencontrer.
Ryan m’expliqua que Paige lui avait présenté un projet d’achat immobilier à proximité de la ville.
Ils avaient envisagé d’acheter une grande maison ensemble.
Il avait même versé une somme destinée à réserver le bien.
Mais quelque chose le préoccupait désormais.
— Maman, tu te souviens de la maison dont Paige parlait ?
— Celle qu’elle voulait acheter après le mariage ?
— Oui. Elle disait que nous avions trouvé une excellente occasion. Mais elle voulait que je signe rapidement certains documents.
Il sortit son ordinateur et consulta plusieurs courriels.
Je le regardai parcourir les messages.
Puis son visage se décomposa.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
Il tourna l’écran vers moi.
Un document immobilier apparaissait.
Il concernait une propriété appartenant à une société dont le nom ne me disait rien.
Mais l’adresse indiquée était celle de ma maison.
Je sentis mes mains devenir froides.
— Pourquoi mon adresse est-elle sur ce document ?
Ryan continua de lire.
— C’est une demande d’évaluation préalable à une opération immobilière.
— Mais je n’ai jamais autorisé personne à vendre ma maison.
— Je sais.
Il agrandit le document.
Dans une rubrique consacrée aux personnes concernées, mon nom apparaissait.
À côté figurait une mention qui me fit presque perdre le souffle :
« Consentement verbal du propriétaire à confirmer. »
— Je n’ai jamais donné mon consentement, murmurai-je.
Ryan prit une photographie du document.
Il appela immédiatement son avocat.
Celui-ci lui demanda de ne rien signer, de conserver tous les courriels et de ne contacter personne avant d’avoir examiné les pièces.
Une heure plus tard, il arriva à l’hôpital.
Il s’appelait Thomas Reed.
C’était un homme d’une cinquantaine d’années, calme, précis et particulièrement attentif aux détails.
Il examina les documents.
Puis il nous posa plusieurs questions.