— M. Hensley de l’agence Varro recevra un appel de ma part d’ici une heure. Mais vous ne travaillerez plus sous ses ordres. À compter de cet instant, vous êtes nommée directrice générale de la sécurité rapprochée de la famille DeLuca. Vous fixez votre salaire, vous choisissez vos hommes, vous restructurez nos protocoles de fond en comble. Et Carlo… le poste de chef de la sécurité est désormais vacant. Il vous appartient si vous le voulez.

Mia contempla le patriarche mafieux sans ciller. Elle jeta un coup d’œil à Matteo, qui l’observait avec une lueur de fierté et d’admiration non feinte dans les yeux.

Puis, avec cette franchise brutale qui avait failli la faire chasser du domaine la veille, elle répondit :

— Je n’accepterai pas de diriger vos hommes de main, monsieur DeLuca. Je ne suis pas un soldat de la pègre. Je suis un agent de protection indépendante.

Un murmure de stupeur parcourut les lieutenants massés au fond de la pièce. Personne ne refusait une offre directe de Lorenzo DeLuca sans en payer le prix fort.

Mais Lorenzo leva simplement la main pour faire taire ses subordonnés, intrigué.

— Continuez, dit-il.

— Je resterai au domaine, poursuivit Mia d’une voix claire. Mais uniquement en tant que garde du corps personnelle de Matteo. J’aurai le contrôle absolu sur ses déplacements, ses horaires et ses accès sécurisés, sans que vous n’ayez votre mot à dire sur mes choix tactiques. Et si un jour un de vos lieutenants remet en doute mes ordres ou mon jugement parce que je suis une femme, je lui briserai le genou comme je l’ai fait pour Carlo avant de vous présenter ma démission.

Matteo éclata d’un rire sonore, un rire franc et libérateur qui résonna sous les hauts plafonds du manoir meurtri.

— Je vous avais prévenu, père. Elle est incorruptible, têtue comme une mule, et elle a toujours le dernier mot.

Lorenzo fixa Mia pendant encore de longues secondes. Ses épaules s’affaissèrent imperceptiblement, libérant la tension accumulée durant cette nuit de cauchemar. Pour la première fois de sa vie, le chef le plus redouté de la ville inclina la tête en signe de respect devant une employée.

— Marché conclu, mademoiselle Callaway. Vos conditions sont les miennes.

Le vieux patriarche se retourna vers ses hommes pour donner ses ordres de réorganisation, laissant Matteo et Mia seuls près de l’âtre mourant.

L’aube dorée inondait désormais les grandes fenêtres de la salle d’honneur, chassant les ténèbres et les terreurs de la nuit. Le domaine DeLuca s’éveillait sous un règne nouveau.

Matteo s’approcha de Mia, les mains dans les poches, son habituel sourire charmeur illuminant de nouveau son visage aristocratique.

— Alors, directrice Callaway… Quelle est votre première consigne pour la journée qui commence ?

Mia baissa les yeux vers ses pieds poussiéreux, s’accroupit sans la moindre gêne au milieu du grand hall d’honneur tapissé de marbre précieux, et renoua d’un geste précis la boucle défaite de sa chaussure de sécurité.

Puis elle se redressa, planta ses yeux noisette dans ceux du jeune héritier et esquissa, pour la toute première fois depuis son arrivée, un sourire imperceptible au coin des lèvres.

— Ma première consigne, monsieur DeLuca ? Trouvez-moi un café noir bien serré. Et surtout, essayez de ne pas renverser la tasse en chemin.