Vincent se releva d’un bond, son arme braquée en une fraction de seconde.
Dans l’embrasure de la porte se tenait Salvatore Moretti. L’oncle sexagénaire, aux cheveux gominés et au visage ravagé par les excès et la cruauté, portait un manteau de laine noire ouvert sur un gilet pare-balles. Derrière lui, six mercenaires équipés de fusils d’assaut pointaient leurs lasers rouges directement sur la poitrine de Vincent.
Parmi eux se tenait Marco, le propre second de Vincent, les yeux baissés, une arme fumante à la main. La taupe.
— Baisse ton arme, mon neveu, susurra Salvatore d’un ton mielleux. Tu es encerclé. Tes fidèles sont morts ou neutralisés là-haut. La maison est à moi. L’Outfit est à moi.
Vincent ne baissa pas son arme d’un millimètre, son regard devenant meurtrier.
— Tu as violé le sanctuaire de ma maison, Salvatore. Tu as pointé des armes sur ma femme et mon enfant. Il n’y a pas assez de place en enfer pour le châtiment qui t’attend.
Salvatore éclata d’un rire gras et déplaisant qui résonna contre les murs de béton.
— Une enfant ! Qui l’eût cru ? Le grand loup solitaire de Chicago cachait une portée ! Si j’avais su plus tôt que cette petite traînée d’actrice portait la descendance de la famille, je n’aurais pas attendu aujourd’hui pour vous cueillir. Cette gamine est une mine d’or. Elle signera la reddition de tous tes capitaines avant la fin de la nuit.
Un grondement sourd, presque inhumain, s’échappa de la gorge de Vincent.
— Laisse-les partir, Salvatore. Je te cède tout. Le territoire, les comptes, les cargaisons, la présidence des sociétés. Je signe la dévolution de pouvoir immédiatement. Mais tu les laisses monter dans un hélicoptère et quitter le pays.
Mon cœur manqua un battement. Vincent Moretti, l’homme qui avait sacrifié sa jeunesse, son sang et notre amour pour bâtir son empire, était en train de jeter sa couronne dans la boue sans la moindre seconde d’hésitation, juste pour acheter notre fuite.
Salvatore sourit cruellement en secouant la tête.
— Tu as toujours été trop sentimental au fond, Vincent. C’est pour ça que ton père est mort, et c’est pour ça que tu vas mourir ce soir. Crois-tu vraiment que je sois assez stupide pour te laisser en vie ? Toi et ta progéniture ? Non. Marco, liquide le boss. Je m’occupe de la petite et de sa mère personnellement.
Marco hésita, son canon tremblant légèrement en visant son ancien chef.
— Vincent… je suis désolé… murmura le traître. Il m’a offert la moitié de la zone portuaire…
— Ne t’excuse pas auprès de moi, Marco, dit Vincent d’une voix d’un calme terrifiant, presque surnaturel. Excuse-toi auprès de tes ancêtres.
À cet instant précis, un vrombissement métallique résonna au plafond.
Le système anti-incendie d’urgence que Vincent avait conçu pour sa propre forteresse ne libérait pas de l’eau. Il libérait un gaz halon lourd hautement pressurisé, couplé à une coupure pyrotechnique des verrous de secours.
Avant que quiconque n’ait le temps de réagir, Vincent pressa un minuscule détonateur caché sous la boucle de sa montre.
Une explosion assourdissante retentit dans le conduit au-dessus des mercenaires. Des dalles de béton et des plaques d’acier s’effondrèrent en un fracas d’apocalypse, écrasant deux des assaillants sur le coup et projetant un nuage opaque de poussière et de fumée blanche dans tout le couloir.
— Claire, COUVRE SES YEUX ! hurla Vincent.
Je plaquai Lily contre ma poitrine, enfouissant son visage sous mon manteau et me jetant au sol derrière le lit de camp.
Dans le brouillard étouffant, l’enfer se déchaîna.
Vincent bougea avec une férocité qui tenait du prédateur suprême. Profitant de la cécité temporaire de ses adversaires, il plongea dans la poussière. Les détonations de son arme résonnèrent en un rythme régulier, implacable, terrifiant. Un tir, un cri. Deux tirs, un corps qui s’effondre.
— Tirez ! Tirez sur tout ce qui bouge ! hurlait Salvatore, paniqué.
Des rafales automatiques déchirèrent les murs, faisant siffler des éclats de maçonnerie tout autour de nous. L’une des balles ricocha à quelques centimètres de ma tête, mais je ne bougeai pas, faisant rempart de mon propre corps pour protéger ma fille qui criait de terreur sous mon manteau.
Soudain, une ombre titubante émergea du nuage de plâtre devant la porte de la chambre forte. C’était Salvatore. Son visage était couvert de suie et de sang, un éclat de béton lui ayant balafré la joue. Il aperçut Lily et moi au sol. Un sourire hideux déforma ses lèvres alors qu’il levait son arme vers nous.
— Crève avec lui ! cracha-t-il.
Je n’eus pas le temps de réfléchir. L’instinct maternel prit le dessus sur toute raison, sur toute peur, sur toute humanité. Je levai l’arme que Vincent m’avait confiée à deux mains, alignai la silhouette grotesque du vieil homme dans la pénombre, et pressai la détente.
Le recul me meurtrit les poignets.
Une première balle frappa Salvatore à l’épaule droite, lui faisant lâcher son pistolet.
Il poussa un hurlement de rage et tituba en avant, tentant de sortir un couteau de sa ceinture.
— Viser le centre de masse.
Les mots de Vincent résonnèrent dans mon esprit comme un ordre sacré. Je pressai à nouveau la détente. Une fois. Deux fois.
Les deux projectiles frappèrent l’oncle en pleine poitrine. Salvatore s’immobilisa, les yeux écarquillés d’incrédulité, regardant la femme qu’il avait qualifiée de traînée venir d’anéantir son règne. Il tomba lourdement à genoux, crachant un flot écarlate, avant de s’effondrer face contre terre sur le carrelage brisé.
Le silence retomba brutalement sur le sous-sol. Un silence lourd, épais, saturé par l’odeur du sang et du soufre.
— Claire…
La voix était faible. Trop faible.
Je me retournai vivement.
Vincent émergeait lentement de la fumée, son arme pendant au bout de ses doigts. Les mercenaires et le traître Marco gisaient inertes dans le couloir derrière lui. La menace était anéantie. Salvatore était mort.