Chapitre 7 : L’Embuscade de Long Island
Le domaine du docteur Julian Croft à Montauk, à l’extrémité est de Long Island, ressemblait à une forteresse moderne en verre et en béton armé, perchée sur des falaises surplombant l’Atlantique en furie. C’est là que le scientifique renégat avait installé son laboratoire privé, financé clandestinement par les fonds occultes d’Oleg Voronin.
À 10 h 45, une luxueuse berline noire franchit la grille d’entrée monumentale, qui s’ouvrit automatiquement après validation du signal émis par le transpondeur de Selena.
La voiture s’arrêta devant le perron principal. Le docteur Julian Croft lui-même descendit les marches en granit pour accueillir sa complice. Grand, mince, portant des lunettes cerclées d’or et une blouse d’un blanc immaculé sous un manteau noir, il affichait un sourire triomphant.
« Svetlana, ma chère ! » s’écria-t-il alors que la portière arrière s’ouvrait. « J’ai vu les téléscripteurs financiers. Les rumeurs sur l’état d’Elena Romano font déjà chuter les actions de son groupe hôtelier de dix pour cent ! Voronin a déjà positionné ses ordres d’achat à découvert sur le marché de Londres ! Où sont les documents signés ? »
Mais ce ne fut pas Selena qui sortit du véhicule.
Ce fut Victor Romano.
Le sourire de Croft s’effaça instantanément, remplacé par une expression de stupéfaction terrifiée. Il fit un pas en arrière vers la porte blindée de son manoir, mais la porte claqua : deux tireurs d’élite du SWAT fédéral, embusqués dans les buissons d’ornement, pointèrent leurs lasers rouges directement sur sa poitrine.
« Ne bougez pas, Docteur Croft ! » hurla une voix puissante dans un mégaphone. « FBI ! Les mains sur la tête ! »
Des véhicules tactiques banalisés surgirent de la route côtière, encerclant la propriété en quelques secondes. Des agents en tenue de combat, l’arme au poing, envahirent la pelouse impeccablement tondue.
Croft leva lentement les mains, tremblant de tout son être. « Romano… qu’est-ce que cela signifie ? Vous faites une grave erreur ! Je suis un citoyen respecté, un chercheur… »
Victor s’avança calmement vers lui sous la protection de Marcus. Son regard était d’une noirceur insondable.
« Votre laboratoire au sous-sol est en train d’être perquisitionné par la brigade des armes chimiques et biologiques », dit Victor d’une voix mesurée qui glaça le sang du médecin. « Vos ordinateurs ont déjà été clonés grâce aux codes d’accès que Selena a fournis il y a quarante minutes. Nous avons les formules de vos peptides synthétiques, vos enregistrements d’expérimentation illégale, et la preuve formelle que vous avez fourni le poison utilisé contre mon épouse. »
« Elle n’aurait pas dû survivre ! » laissa échapper Croft dans un égarement hystérique. « La dose était infaillible ! C’était censé imiter une cardiomyopathie de stress ! C’était parfait ! »
« La perfection n’existe pas chez les monstres », répondit Victor. « Vous allez passer le reste de votre vie à pourrir dans un pénitencier fédéral, Croft. Et quant à Voronin… ses avoirs américains viennent d’être gelés en vertu de la loi RICO par le département du Trésor. Le procureur général a émis une notice rouge d’Interpol contre lui il y a dix minutes. Son empire financier est mort. Tout comme votre liberté. »
Deux agents fédéraux plaquèrent brutalement le docteur Croft contre le capot de sa propre voiture et lui passèrent les menottes en lui récitant ses droits.
Victor ne resta pas pour assister au spectacle de son arrestation. Il tourna les talons, remonta dans son véhicule et ordonna au chauffeur :
« Ramenez-moi à l’hôpital. Immédiatement. »
Chapitre 8 : La Rédemption Impossible
La pluie avait cessé sur Manhattan lorsque Victor franchit de nouveau les portes de l’unité de soins intensifs de Mercy Harbor en début d’après-midi. Le ciel d’automne, lavé de ses nuages sombres, laissait percer des rayons d’une lumière dorée et fragile qui traversaient les grandes baies vitrées de l’hôpital.
Elena avait été transférée dans une suite privée ultra-sécurisée. Elle n’était plus intubée. Bien que visiblement épuisée et encore reliée à un moniteur de contrôle, ses couleurs commençaient à revenir. À son chevet se tenait Daniel Vance, qui refermait une serviette en cuir contenant les documents légaux certifiant l’écrasement de la tentative d’OPA hostile de Voronin.
En voyant entrer son patron, Daniel échangea un regard complice et respectueux avec Victor, puis s’éclipsa discrètement en refermant la porte derrière lui.
Victor s’avança lentement vers le lit d’Elena. Il avait l’impression de peser un siècle de plus que la veille. Ses vêtements de marque étaient froissés, tachés de suie et d’antiseptique, ses traits étaient creusés par une nuit d’angoisse et de combat. Mais dans ses yeux, il n’y avait plus l’ombre de l’arrogance d’autrefois.
« C’est terminé », dit-il doucement. « Croft a été arrêté. Selena est en détention fédérale. Les preuves que tu avais rassemblées ont permis au FBI de démanteler l’ensemble du réseau de Voronin aux États-Unis. Tes terminaux portuaires sont en sécurité. L’entreprise est sauvée. »
Elena le regarda longuement. Son regard était calme, dénué de colère, mais d’une gravité qui serra le cœur de Victor plus fort que n’importe quelle menace.
« L’entreprise est sauvée », répéta-t-elle d’une voix faible mais claire. « C’est tout ce qui compte pour toi, n’est-ce pas, Victor ? L’empire. Les milliards. Les gratte-ciel. »
Victor secoua la tête, une douleur indicible tordant ses traits. « Non, Elena. Rien de tout cela n’a d’importance. Quand je t’ai vue sur ce lit ce matin… quand j’ai compris que j’avais failli te tuer par ma vanité, ma stupidité et ma lâcheté… j’ai réalisé que tout cet argent n’était que de la poussière. Si tu avais fermé les yeux pour toujours aujourd’hui, j’aurais tout brûlé de mes propres mains. »
Il s’agenouilla près du lit, posant son front contre le matelas, à quelques centimètres de la main d’Elena.