« Une substance synthétique liée au laboratoire du docteur Julian Croft. La femme qui était avec moi l’a administrée à Elena. Elle a parlé d’une défaillance rénale imminente. »

Le visage du docteur Shaw s’assombrit. « Cela concorde avec les anomalies sanguines que nous venons de recevoir du laboratoire. Ses taux de troponine sont incohérents et ses enzymes hépatiques s’effondrent. Ce n’était pas un infarctus classique, mais une nécrose myocardique aiguë induite par une toxine. Donnez-moi dix minutes avec l’équipe de toxicologie d’urgence. »

Elle quitta la pièce en courant avec le flacon.

Victor s’approcha lentement du lit. Elena avait ouvert les yeux. Sa peau était diaphane, presque translucide, et ses lèvres gercées portaient la trace de la douleur extrême qu’elle combattait encore. Mais son regard, autrefois si doux, brillait d’une lucidité perçante.

Elle retira d’une main faible le masque à oxygène pour parler.

« Elle est venue… n’est-ce pas ? » chuchota-t-elle, sa voix n’étant qu’un souffle éraillé.

Victor tomba à genoux à côté du lit, prenant la main glacée de sa femme entre les siennes. Des larmes brûlantes coulèrent enfin sur ses joues, emportant avec elles l’illusion de son invulnérabilité.

« Elena… pardonne-moi. Mon Dieu, pardonne-moi. J’ai été aveugle, j’ai été un monstre… »

« Ne pleure pas, Victor », murmura-t-elle, avec une pointe d’ironie amère dans la voix. « Les larmes ne te vont pas. Elles abîment ton image de titan de l’immobilier. »

« Elena, s’il te plaît… »

« Écoute-moi », ordonna-t-elle, trouvant une force surprenante dans sa détresse. « Je n’ai pas beaucoup de temps si ce produit me détruit de l’intérieur. Dans mon bureau… au penthouse… derrière le tableau de Monet que tu m’as offert pour notre cinquième anniversaire. Il y a un second coffre. La clé est cousue dans la doublure de mon manteau d’hiver bleu marine. »

Victor la regarda avec stupeur. « Un second coffre ? »

« Tu croyais que j’étais une idiote passive qui passait ses journées à pleurer sur tes infidélités ? » Une lueur de fierté indomptable passa dans ses yeux bruns. « Dès le moment où j’ai senti son parfum dans notre lit, j’ai commencé à enquêter. Pas pour te détruire, Victor. Au début, je voulais juste comprendre ce qui manquait à notre vie. Mais ce que j’ai découvert… dépassait une simple liaison adultère. Selena Vale n’est pas une maîtresse d’occasion. C’est une agente de démantèlement corporatif envoyée pour détruire le groupe Romano de l’intérieur. »

Victor retint son souffle. « Qu’est-ce que tu racontes ? »

« Le cartel d’investissement d’Oleg Voronin », souffla Elena, respirant avec difficulté. « Ils convoitent tes terrains portuaires à Brooklyn et tes baux commerciaux à Manhattan depuis cinq ans. Tu as toujours refusé leurs offres de rachat hostile. Alors ils ont utilisé une arme biologique et financière. Selena était chargée de te séduire pour obtenir tes accès biométriques, tandis qu’elle m’empoisonnait lentement avec des doses micro-dosées d’une toxine peptidique indétectable. Mon décès devait passer pour une crise cardiaque naturelle due au stress. Une fois que j’étais morte, Selena devait faire valider le nouveau testament qu’elle avait falsifié avec l’aide de notre ancien notaire… et transférer les parts de contrôle de la fondation à leur société offshore. »

Chaque mot résonnait comme un coup de tonnerre dans l’esprit de Victor. La trahison n’était pas seulement conjugale ; c’était un assassinat prémédité couplé au plus grand casse corporatif de la décennie.

« Tu savais tout cela… et tu ne m’as rien dit ? » balbutia Victor.

« J’ai essayé ! » s’écria Elena dans un hoquet de douleur, sa main se crispant sur les draps. « J’ai essayé de te parler cent fois ! Mais à chaque fois que j’ouvrais la bouche, tu me coupais la parole ! Tu me disais que j’étais jalouse, hystérique, paranoïaque ! Tu préférais écouter ses flatteries empoisonnées plutôt que la femme qui avait construit cet empire avec toi à l’époque où nous n’avions qu’un bureau de dix mètres carrés dans le Bronx ! »

Une alarme retentit sur le moniteur cardiaque. Le rythme d’Elena s’emballait.

« Elena, calme-toi, je t’en supplie ! » cria Victor en se levant.

« Va chercher ce dossier, Victor », dit-elle en fermant les yeux, luttant pour respirer. « Sauve ce qu’il reste de notre honneur. Et si je dois mourir aujourd’hui… fais en sorte qu’ils paient pour chaque goutte de poison qu’ils m’ont fait avaler. »

Le docteur Shaw fit irruption dans la pièce avec une seringue prête à l’emploi. « Sortez, Monsieur Romano ! Nous avons identifié le composant ! C’est un dérivé de conotoxine synthétique mélangé à des bêta-bloquants modifiés. Nous devons injecter l’antidote et commencer une dialyse d’urgence immédiatement ! Sortez ! »

Les infirmières poussèrent Victor hors de la chambre. La porte se referma d’un claquement sec, le laissant seul dans le couloir, anéanti, le cœur battant à tout rompre.

Chapitre 4 : La Toile de l’Araignée
Victor quitta l’hôpital à toute allure, escorté par deux voitures blindées de sa garde rapprochée. Dehors, la pluie battante de New York semblait vouloir laver la crasse accumulée sur la métropole. Les essuie-glaces battaient une cadence frénétique sur le pare-brise de son SUV.

Assis à l’arrière, Victor composa le numéro de Daniel Vance.

« Daniel, active l’alerte rouge au conseil d’administration. Oleg Voronin est derrière tout ça. »

Un silence pesant s’installa à l’autre bout du fil. « Voronin ? L’oligarque russe naturalisé chypriote ? Celui qui contrôle Titan Capital ? »

« C’est lui. Selena est son exécutrice. Elle a infiltré notre vie privée pendant que Croft fournissait les armes chimiques. J’ai besoin que tu fasses geler immédiatement tous les droits de vote de mes actions et que tu révoques l’ensemble des procurations signées au cours des six derniers mois. »