« Victor ! Mon Dieu, enfin je te trouve ! » s’exclama-t-elle à voix basse en se précipitant vers lui. Elle tenta de poser sa main manucurée sur son bras. « Tu es parti comme un fou de mon appartement. J’ai eu une peur bleue. Comment va-t-elle ? Les médecins ont dit quoi ? »
Victor resta immobile, rigide comme une statue de marbre. Pour la première fois depuis des mois, il la regardait sans le filtre de la luxure ou de la flatterie. Il vit la tension imperceptible au coin de ses yeux, le regard scrutateur qui tentait de percer derrière son masque de détresse, et surtout, ce parfum d’ambre entêtant qui masquait une odeur chimique plus âcre, presque imperceptible.
Lentement, Victor retira son bras de son étreinte.
« Qu’est-ce que tu fais ici, Selena ? »
Elle cilla, décontenancée par la froideur métallique de son timbre. « Mais enfin… je m’inquiétais pour toi ! Et pour elle, évidemment. Je sais ce qui s’est passé avec le téléphone hier soir, Victor. Je m’en veux terriblement. Si j’avais su qu’elle était vraiment malade, je t’aurais passé l’appel tout de suite. Mais elle appelle toujours quand nous sommes ensemble, elle fait toujours des scènes… Je pensais qu’elle simulait pour gâcher notre soirée ! »
« Elle était en train de mourir sur le sol de mon salon », dit Victor, chaque mot tombant comme un couperet. « Elle a rampé sur les mains et les genoux pour déclencher l’alarme d’incendie parce que tu lui as dit que je ne voulais pas lui parler. »
Selena porta une main tremblante à ses lèvres. « Victor, pardonne-moi… Je te jure que je ne savais pas ! Tu ne peux pas me reprocher d’avoir voulu protéger notre intimité ! »
« Pourquoi as-tu appelé la fondation ce matin, Selena ? »
La jeune femme se figea. Le masque d’innocence se fissura une seconde avant qu’elle ne parvienne à esquisser un sourire confus. « La fondation ? De quoi parles-tu ? »
« Tu as contacté le bureau des finances pour savoir si Elena avait encore l’autorité de signature sur les comptes de la fondation Romano. Pourquoi cette question ? Qu’est-ce que les finances de mon épouse ont à voir avec toi ? »
« Je… j’essayais simplement d’aider ! » balbutia-t-elle, haussant légèrement le ton. « Tu as dit toi-même l’autre jour que si Elena était hospitalisée pour dépression, il faudrait réorganiser les procurations pour éviter des blocages administratifs. J’ai pensé que… »
« Tu as pensé que tu pouvais piller douze millions de dollars avant même que son cœur ne cesse de battre ? »
Le visage de Selena perdit toute couleur. Ses yeux s’étrécirent, et pour la première fois, la créature prédatrice tapie derrière la façade mondaine se montra à découvert.
« Tu as perdu la tête, Victor. C’est le choc qui te fait délirer. Je suis venue ici pour te soutenir, et voilà comment tu me traites ? Après tout ce que nous avons partagé ? »
« Rends-moi mes clés d’appartement », dit Victor d’une voix sourde. « Et donne-moi ton sac. »
« Quoi ? Jamais de la vie ! Tu n’as aucun droit… »
Elle fit un pas en arrière pour fuir, mais deux ombres massives se dressèrent soudain derrière elle. Marcus Thorne, flanqué d’un agent de sécurité en costume sombre, venait d’émerger de la cage d’escalier. Avec une précision chirurgicale et sans un mot superflu, Marcus bloqua la trajectoire de Selena.
« Mademoiselle Vale », dit Marcus d’une voix caverneuse. « Veuillez vous abstenir de tout mouvement brusque. »
« Lâchez-moi ! Victor, dis à ces brutes de me laisser tranquille ! » siffla-t-elle, se débattant tandis que le deuxième garde lui retirait calmement son sac à main en crocodile des épaules.
Victor ouvrit le sac avec une méthodique indifférence. À l’intérieur se trouvaient un passeport au nom d’une autre nationalité, plusieurs liasses de devises étrangères, les clés du penthouse de Manhattan, et un petit flacon en verre ambré dépourvu d’étiquette commerciale, simplement marqué d’une référence manuscrite : C-19/Croft.
Victor leva les yeux vers Selena. Le regard de la jeune femme était devenu venimeux, dépourvu de toute trace de larmes.
« Tu as toujours été un imbécile sentimental, Victor », cracha-t-elle avec une haine pure. « Tu pensais qu’une femme comme moi pouvait s’intéresser à un homme suffisant, arrogant et pathétique comme toi pour autre chose que ton empire ? Tu as passé six mois à te gargariser de mes compliments pendant que ta petite femme silencieuse découvrait tout. Elle était plus intelligente que toi. Beaucoup plus. »
« Qu’y a-t-il dans ce flacon ? » gronda Victor, le sang bouillonnant dans ses tempes.
Selena laissa échapper un rire bref et cruel. « Demande à ton cher ami le docteur Croft. Mais dépêche-toi, Victor. Parce que le corps d’Elena a absorbé sa dernière dose hier après-midi dans son thé bio. Et selon mes calculs, ses reins devraient lâcher avant midi. »
Chapitre 3 : La Révélation d’Elena
Victor sentit le sol se dérober sous ses pas. « Marcus, emmène-la au sous-sol. Enferme-la dans le salon privé de sécurité. Personne n’entre, personne ne sort. Si elle essaie de crier ou d’utiliser un téléphone, fais ce qu’il faut. »
« Entendu, Monsieur Romano », répondit Marcus, saisissant fermement Selena par le bras. Elle ne se débattit même plus, affichant un rictus méprisant tandis qu’on la traînait vers l’ascenseur de service.
Victor se précipita dans la chambre d’Elena, le flacon serré dans sa paume moite. Le docteur Miriam Shaw, une femme d’une cinquantaine d’années aux traits tirés par la fatigue, examinait les moniteurs aux côtés d’un cardiologue interventionniste.
« Docteur Shaw ! » appela Victor, le souffle coupé. « Vous devez analyser ceci immédiatement. C’est ce qui l’a empoisonnée. »
La praticienne se tourna vivement, saisissant le flacon avec précaution à travers un gant stérile. « Qu’est-ce que c’est ? »