« Gabriel ! Si tu révèles son identité devant toute la cour, tu risques de détruire vingt-cinq ans de paix ! »
Le cri du roi Théodore a résonné dans la salle du trône.
Je me suis figée.
Autour de moi, les nobles avaient cessé de rire.
Le prince tenait toujours ma main.
Et le mystérieux cadre en bois, dans lequel je venais d’entrer, émettait maintenant un léger grincement.
Je regardais alternativement le roi et son fils, incapable de comprendre.
« Quelle identité ? » ai-je demandé d’une voix tremblante. « Je m’appelle Madeleine. Mon père est menuisier, ma mère est couturière. Je ne comprends pas ce que vous racontez. »
Gabriel a tourné la tête vers son père.
« Elle a le droit de savoir. »
« Pas ici ! »
Le roi a frappé l’accoudoir de son trône.
Je n’avais jamais entendu un homme parler avec une telle autorité.
Mais ce qui m’effrayait le plus, c’était son visage.
Il n’avait pas l’air en colère contre moi.
Il avait peur.
Peur de quelque chose que ma présence venait de réveiller.
J’ai essayé de retirer ma main de celle du prince.
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Il m’a immédiatement lâchée.
« Pardonnez-moi, mademoiselle. Je ne voulais pas vous effrayer. »
Je l’ai regardé.
« Alors expliquez-moi pourquoi vous connaissez mon prénom. »
Il a hésité.
Derrière lui, plusieurs courtisans échangeaient des regards inquiets.
La jeune femme en robe bleue qui s’était moquée de moi quelques minutes auparavant ne souriait plus.
Gabriel a finalement répondu :
« Parce que je vous cherche depuis trois ans. »
J’ai cru avoir mal entendu.
« Vous… me cherchez ? »
« Oui. »
« Mais nous ne nous sommes jamais rencontrés ! »
Il a baissé les yeux vers le cadre.
« Je sais. Et je sais aussi que cela paraît impossible. »
Je sentais les regards de toute la cour sur moi.
Quelques minutes auparavant, ces gens riaient de mon poids, de ma robe rose, de mes joues rondes.
Maintenant, ils me regardaient comme si j’étais devenue dangereuse.
Le roi s’est levé.
« La cérémonie est terminée. Que tout le monde quitte cette salle. Immédiatement. »
Un murmure de protestation a parcouru l’assemblée.
« Sire, mais les candidates… »
« J’ai dit immédiatement ! »
Les gardes ont ouvert les portes.
Les nobles ont commencé à sortir.
Certains me lançaient des regards curieux.
D’autres semblaient profondément contrariés.
Je me souviens particulièrement d’une jeune femme blonde, vêtue d’une somptueuse robe bleu nuit.
Elle m’avait insultée pendant que j’attendais mon tour.
En passant près de moi, elle a murmuré :
« Je ne sais pas quelle comédie vous avez préparée, mais vous ne deviendrez jamais princesse. »
J’ai baissé les yeux.
Je n’avais même pas la force de lui répondre.
Le prince a entendu.
« Lady Éléonore, un mot de plus et vous ne serez plus invitée au palais. »
Elle est devenue rouge.
Puis elle a disparu derrière les autres candidates.
Lorsque les portes se sont refermées, il ne restait plus que le roi, le prince, deux gardes, le maître de cérémonie et moi.
Le silence était si profond que j’entendais le crépitement des bougies.
J’ai regardé le cadre.
« Est-ce que je peux sortir maintenant ? »
Gabriel a acquiescé.
Je suis sortie doucement de la structure.
À cet instant, j’ai remarqué quelque chose.
Sur le bois, à hauteur de ma main droite, une petite plaque sculptée s’était déplacée.
Derrière elle apparaissait un motif en forme de rose entourée de trois étoiles.
Mon cœur a fait un bond.
Je connaissais ce symbole.
Je l’avais vu des centaines de fois.
Sur une vieille boîte en bois que ma mère conservait sous son lit.
« Cette rose… » ai-je murmuré.
Gabriel s’est tourné vers moi.
« Vous la reconnaissez ? »
Je n’ai pas répondu tout de suite.
Je revoyais ma mère refermer précipitamment sa boîte lorsque j’entrais dans sa chambre.
Elle me disait toujours que c’était un souvenir de jeunesse.
Rien d’important.
Mais elle refusait que je le touche.
« Ma mère possède une boîte avec exactement le même dessin. »
Le roi a porté une main à son visage.
« Marguerite… »
J’ai sursauté.
« Comment connaissez-vous le prénom de ma mère ? »
Il n’a pas répondu.
Gabriel s’est approché de lui.
« Père, cela suffit. »
Le roi a fermé les yeux.
Puis il s’est tourné vers moi.
« Madeleine, quel âge avez-vous exactement ? »
« Vingt-cinq ans. »
« Et où êtes-vous née ? »
« Dans un petit village près de Blois. »
« Qui vous a élevée ? »
Je commençais à perdre patience.
« Je vous l’ai déjà dit. Marguerite et Étienne, mes parents. »
Le roi a regardé le prince.
J’ai vu quelque chose passer entre eux.
Une compréhension silencieuse.
Et cela m’a mise en colère.
« Arrêtez de me regarder comme si je n’étais pas là ! »
Ma voix a résonné dans la salle.
Je n’avais jamais crié sur qui que ce soit de cette manière.
Encore moins sur un roi.
Mais j’étais fatiguée.
Fatiguée d’être observée.
Fatiguée de voir les autres décider de ce que je pouvais entendre, comprendre ou devenir.
« Je suis venue ici parce que je voulais avoir une chance comme les autres. Pas parce que je souhaitais devenir l’objet d’un secret dont tout le monde semble connaître l’existence sauf moi ! »
Gabriel m’a regardée avec une expression étrange.
Il semblait presque soulagé.
« Vous avez raison », a-t-il dit doucement.
Puis il s’est tourné vers son père.
« Je vais lui montrer les lettres. »
Le roi a secoué la tête.
« Gabriel… »
« Elle mérite la vérité. »
Le prince s’est dirigé vers une porte située derrière le trône.
Avant de disparaître, il m’a regardée.
« Vous pouvez partir si vous le souhaitez, Madeleine. Personne ne vous retiendra. Mais si vous acceptez de rester quelques minutes, je pourrai vous expliquer pourquoi ce cadre existe. »