« Tu savais que maman était vivante ? »

Sofia acquiesça.

« Oui. »

Je la regardai avec une douleur immense.

« Tu savais que j’étais vivant aussi ? »

Elle détourna les yeux.

« Je l’ai appris il y a seulement trois ans. »

Je m’approchai de la fenêtre.

J’avais besoin de respirer.

Pendant onze ans, ma famille avait été dispersée par les mensonges d’une poignée de personnes.

Mon père était mort.

Ma mère avait été enfermée.

Ma sœur avait disparu.

Et moi, j’avais vécu comme un homme sans nom.

Mais il restait une question.

« Qui a réellement provoqué la mort de papa ? »

Sofia sortit une petite clé USB de son tiroir.

« L’enregistrement complet est là-dessus. »

Elle la posa devant moi.

« Tu dois l’écouter jusqu’au bout. »

Chapitre 9 — L’enregistrement de minuit

Thomas connecta la clé USB à son ordinateur.

Le fichier portait une date : 14 novembre, onze ans auparavant.

L’enregistrement commença par des bruits de pas.

Puis la voix de Gabriel.

« Alessandro commence à poser trop de questions. Il veut faire auditer tous les comptes. »

Une autre voix répondit.

Celle de Richard Whitmore.

« Alors il faut agir avant qu’il ne signe les nouveaux documents. »

Gabriel reprit :

« Il ne me laissera jamais prendre le contrôle tant que Dominic sera son héritier. »

Un silence.

Puis une troisième voix intervint.

« Vous avez oublié Elena. »

Je me raidis.

C’était Catherine.

Elle continua :

« Si Alessandro meurt, Elena comprendra immédiatement. Il faut également l’écarter. »

Richard répondit :

« L’accident est déjà organisé. »

Gabriel demanda :

« Et Dominic ? »

Cette fois, une quatrième personne parla.

Une voix calme.

Presque douce.

« Dominic n’est pas le problème. Il suffit de lui faire croire que tout le monde est mort. »

Je ne respirais plus.

Je connaissais cette voix.

Je l’avais entendue des centaines de fois.

Lors des anniversaires.

Aux repas de famille.

Dans les réunions de l’entreprise.

C’était la voix de notre ancien avocat familial.

L’homme qui avait rédigé les documents de succession de mon père.

L’homme qui avait certifié ma prétendue mort.

L’homme qui avait authentifié les signatures utilisées pour transférer les actions.

Edward Sinclair.

Je regardai Thomas.

« Il est encore en activité ? »

Thomas hocha lentement la tête.

« Il dirige un cabinet juridique très réputé. Il travaille toujours avec Valerio Holdings. »

Je fixai l’écran.

L’enregistrement continuait.

Gabriel disait :

« Et si Dominic revient ? »

Edward répondit :

« Il ne reviendra pas. Et s’il revient, personne ne le croira. Nous avons déjà préparé les documents nécessaires. »

Puis Richard ajouta :

« Il ne reste qu’à faire signer Elena. »

Catherine demanda :

« Et si elle refuse ? »

Un silence suivit.

Puis Edward prononça une phrase qui me donna envie de briser l’écran.

« Alors nous utiliserons la fille. »

L’enregistrement s’arrêta.

Sofia pleurait.

Catherine avait le visage enfoui dans ses mains.

Thomas resta silencieux.

Je compris alors que Gabriel n’était pas le seul responsable.

Richard n’était pas le cerveau de l’opération.

Catherine n’avait pas été l’unique traîtresse.

Le véritable architecte du complot était Edward Sinclair.

Et cet homme avait passé onze ans à contrôler les documents juridiques de ma famille.

Mais ce n’était pas tout.

Thomas venait de recevoir un message.

Il le lut deux fois.

Puis il leva les yeux vers moi.

« Dominic, il y a un problème. »

« Quoi ? »

« Gabriel vient de déposer une demande d’administration judiciaire concernant Valerio Holdings. »

« Sur quel fondement ? »

« Il prétend que tu es un imposteur qui tente de prendre le contrôle d’une société appartenant légalement à sa famille. »

Je laissai échapper un rire sans joie.

« Il a donc décidé de m’attaquer avant que nous puissions le faire. »

Thomas hocha la tête.

« Et il demande une audience d’urgence demain matin. »

Je me levai.

« Alors nous serons là. »

Chapitre 10 — Le tribunal de Manhattan

Le lendemain matin, le tribunal était rempli de journalistes.

La nouvelle du retour de Dominic Valerio avait commencé à circuler dans les médias financiers.

Certains articles me présentaient comme un héritier disparu.

D’autres me décrivaient comme un escroc tentant de récupérer une fortune qui ne lui appartenait pas.

Gabriel était déjà présent lorsque j’entrai dans la salle.

Il portait un costume bleu marine parfaitement ajusté.

À ses côtés se trouvait Edward Sinclair.

Richard Whitmore était assis au premier rang.

Vivienne n’était pas venue.

Je pris place près de Thomas.

Le juge entra.

L’audience commença.

L’avocat de Gabriel fut le premier à parler.

Il expliqua que son client avait dirigé Valerio Holdings pendant onze ans dans des circonstances difficiles.

Il affirma que les documents de succession étaient parfaitement légaux.

Il prétendit que l’homme assis devant lui n’avait jamais prouvé son identité.

Puis Gabriel se leva.

Il me regarda.

« Votre Honneur, je connaissais Dominic depuis sa naissance. J’ai participé à son éducation. J’ai été présent lors de son prétendu retour à la vie publique. Je peux vous assurer que cet homme n’est pas mon neveu. »

Je ne bougeai pas.

Thomas se leva à son tour.

Il présenta mon acte de naissance, mes anciens dossiers médicaux, les documents de mon accident et plusieurs preuves biologiques permettant de confirmer ma filiation.

Le juge examina les pièces.

Puis Thomas demanda à présenter les documents bancaires.

Il révéla que plusieurs milliards de dollars avaient été transférés depuis les comptes de Valerio Holdings vers des sociétés liées à Richard Whitmore.

Le représentant de Gabriel protesta.

Mais Thomas poursuivit.

Il présenta ensuite l’enregistrement audio.

Edward Sinclair se leva brusquement.

« Cette preuve est irrecevable ! Elle a été obtenue illégalement et son authenticité n’est pas établie. »

Thomas répondit calmement :

« Nous avons fait authentifier le support original par un laboratoire indépendant. Nous disposons également de plusieurs copies conservées dans des archives bancaires. »

Le juge ordonna la diffusion de l’enregistrement.