« J’ai essayé, Dominic. Trois fois. La première, ils m’ont transférée dans un autre établissement. La deuxième, ils ont détruit les lettres que j’avais écrites. La troisième, ils m’ont dit que tu étais mort. »

Je ne trouvai rien à répondre.

Elle reprit :

« Après cela, j’ai cessé de lutter. Je ne voulais pas leur donner une raison de te faire du mal. »

Je m’assis près d’elle.

« Qui est au courant de tout cela ? »

Elle hésita.

Puis elle prononça un nom.

« Margaret Collins. »

Je fronçai les sourcils.

« L’ancienne secrétaire de papa ? »

Elle acquiesça.

Margaret travaillait pour mon père depuis plus de trente ans.

Elle connaissait les comptes, les contrats, les partenaires et presque tous les secrets de l’entreprise.

Après la mort d’Alessandro, elle avait démissionné brutalement.

On m’avait raconté qu’elle était partie à la retraite.

Ma mère me révéla qu’elle avait en réalité conservé une copie du véritable testament ainsi qu’un ensemble de documents originaux.

« Ton père lui avait confié une dernière mission. »

« Laquelle ? »

Elle me tendit un petit papier.

Une adresse.

Et un numéro de coffre.

« Il avait dit que si un jour tu revenais, Margaret saurait quoi faire. »

Chapitre 6 — Le coffre que Gabriel n’avait jamais trouvé

Le soir même, je retrouvai Thomas Reed dans son cabinet de Manhattan.

Il avait passé la journée à vérifier les documents relatifs à ma mère.

Il confirma qu’elle avait été maintenue dans l’établissement sous un dispositif juridique douteux, avec des restrictions de visite imposées par son représentant légal.

Nous avions déjà contacté les autorités compétentes afin de protéger son statut et d’empêcher tout nouveau transfert sans contrôle.

Mais nous ne pouvions pas nous permettre de précipiter les choses.

Gabriel disposait encore d’un immense réseau.

Il avait des relations politiques, des avocats expérimentés et des alliés dans plusieurs institutions financières.

Thomas examina le papier que ma mère m’avait donné.

« C’est l’adresse d’une ancienne banque privée de Brooklyn. Elle a fermé ses portes il y a six ans. »

« Le coffre existe encore ? »

« Si le numéro est exact, il a été transféré vers une banque dépositaire. »

Il prit son téléphone et appela un ancien collègue.

Une heure plus tard, nous avions obtenu un rendez-vous.

Le lendemain, nous nous rendîmes dans une agence sécurisée.

Après plusieurs vérifications d’identité et l’intervention d’un notaire, un employé nous conduisit dans une salle privée.

Le coffre numéro 1842 fut placé sur une table.

Il contenait trois objets.

Une enveloppe.

Une clé USB.

Et un carnet relié en cuir.

Sur l’enveloppe figurait mon nom.

L’écriture de mon père.

Je l’ouvris avec précaution.

« Mon fils,

Si tu lis ces lignes, cela signifie que je n’ai pas réussi à te protéger comme je l’aurais voulu.

Je sais que tu m’en voudras peut-être de t’avoir laissé certaines vérités cachées.

Mais je ne voulais pas que tu grandisses en pensant que l’argent était la seule chose qui comptait dans notre famille.

Gabriel a trahi ma confiance.

Mais je ne suis pas certain qu’il soit le véritable cerveau de cette opération.

J’ai découvert qu’une personne bien plus proche de nous lui fournissait des informations depuis des années.

Je n’ai pas réussi à identifier cette personne.

J’ai seulement compris qu’elle avait accès à tous les documents personnels de la famille.

Dominic, ne cherche pas uniquement celui qui a pris notre argent.

Cherche celui qui a voulu prendre notre nom.

Je t’aime.

Papa. »

Je relus les dernières lignes.

« Une personne bien plus proche de nous. »

Thomas prit le carnet.

Il l’ouvrit à la première page.

Des dates.

Des montants.

Des noms de sociétés.

Puis une liste de rendez-vous.

Nous parcourûmes les pages pendant près de deux heures.

À la fin du carnet, une série de transactions attirèrent notre attention.

Chaque transfert important avait été validé par deux personnes.

Gabriel Valerio.

Et une certaine Catherine Vale.

Je connaissais ce nom.

Catherine avait été la meilleure amie de ma mère.

Elle avait également été la marraine de ma sœur cadette, Sofia.

Mais Sofia était morte à l’âge de dix-neuf ans.

Du moins, c’était ce que l’on m’avait toujours raconté.

Je regardai Thomas.

« Tu sais quelque chose sur Catherine Vale ? »

Il parcourut rapidement les pages.

« Elle possède une société de gestion patrimoniale à Londres. Mais son nom apparaît aussi dans les documents relatifs à la société qui détient les actions de ta famille. »

« Et quel est son rôle ? »

Thomas se pencha sur le carnet.

Puis il tourna une page.

Son visage devint livide.

« Dominic… »

« Quoi ? »

Il posa le doigt sur une ligne.

« Catherine Vale n’est pas simplement une associée. Elle est indiquée comme administratrice principale de la fiducie familiale. »

Je me levai.

« Mais ce n’est pas possible. »

Thomas tourna le carnet vers moi.

Une dernière mention figurait en bas de page.

« Bénéficiaire secondaire : Sofia Valerio. »

Je sentis le sol se dérober sous mes pieds.

Ma sœur.

Ma petite sœur, que j’avais enterrée onze ans plus tôt.

Son nom apparaissait sur un document signé six mois auparavant.

Chapitre 7 — La deuxième morte de la famille

Je passai la nuit à relire les documents.

Je voulais croire à une erreur.

Mais chaque nouvelle vérification confirmait la même chose.

Sofia avait été déclarée morte onze ans auparavant.

Pourtant, son nom était toujours présent dans plusieurs documents financiers.

Elle était même bénéficiaire secondaire d’une fiducie qui contrôlait une partie importante de l’empire Valerio.

À six heures du matin, Thomas m’appela.

« J’ai quelque chose. »

« Quoi ? »

« J’ai trouvé une ancienne adresse associée à Catherine Vale. Elle se trouve à Greenwich, dans le Connecticut. »

« Et Sofia ? »

« Je n’ai pas encore de preuve directe. Mais il existe un numéro de téléphone associé à la même adresse. »

Je pris immédiatement mes clés.

Nous roulâmes jusqu’à Greenwich.