La maison se trouvait au bout d’une rue calme.
Une grande propriété entourée de haies, avec une façade en pierre claire et un portail noir.
Je sonnai.
Personne ne répondit.
Je sonnai une deuxième fois.
Puis la porte s’ouvrit.
Une femme d’une cinquantaine d’années apparut.
Ses cheveux étaient attachés en arrière.
Son visage était plus marqué que dans mes souvenirs.
Mais je la reconnus.
Catherine Vale.
Elle me regarda sans surprise.
« Je me demandais combien de temps il te faudrait. »
Je restai immobile.
« Où est ma sœur ? »
Elle ouvrit davantage la porte.
« Entre. »
« Où est Sofia ? »
Elle baissa les yeux.
« Elle est en sécurité. »
Je sentis ma colère monter.
« Tu as participé à la falsification des documents de notre famille. Tu as signé des transferts qui ont dépouillé mon père. Tu as laissé ma mère croire que j’étais mort. Et maintenant tu me dis que ma sœur est en sécurité ? »
Catherine ne répondit pas.
Elle se contenta de s’écarter.
Je pénétrai dans la maison.
Sur une table du salon se trouvait une photographie.
Une jeune femme souriait devant un jardin.
Elle avait les cheveux bruns, les yeux clairs et un petit grain de beauté près de la lèvre.
Sofia.
Mais elle n’avait pas l’air d’une jeune femme de dix-neuf ans.
Elle semblait avoir presque trente ans.
Je pris la photographie.
« Quand a-t-elle été prise ? »
« Il y a trois semaines. »
Mon cœur se mit à battre plus vite.
« Où est-elle ? »
Catherine inspira profondément.
« Dominic, avant que tu la voies, tu dois comprendre une chose. Sofia n’a pas été victime de la même histoire que ta mère. Elle a pris certaines décisions elle-même. »
« Quelles décisions ? »
« Elle a accepté de disparaître. »
Je la fixai.
« Pourquoi ? »
Catherine s’assit.
« Parce qu’elle a découvert ce que Gabriel avait fait à ton père. Et parce qu’elle a compris que tu serais la prochaine victime. »
Je secouai la tête.
« Tu veux me faire croire que ma sœur a volontairement abandonné sa famille pendant onze ans ? »
« Elle avait dix-neuf ans, Dominic. Elle était terrifiée. »
Catherine se leva et se dirigea vers un couloir.
« Viens. »
Elle ouvrit une porte.
Au fond de la pièce, une femme était assise devant un ordinateur.
Elle tourna la tête.
Nos regards se croisèrent.
Puis elle se leva.
« Dominic ? »
Je n’avais pas entendu cette voix depuis onze ans.
« Sofia… »
Elle porta une main à sa bouche.
Je m’approchai lentement.
Elle fit quelques pas.
Puis nous nous retrouvâmes dans les bras l’un de l’autre.
Je la serrai si fort que j’avais peur de lui faire mal.
« Je te croyais morte », murmurai-je.
Elle pleurait.
« Je sais. »
« Pourquoi ? »
Elle ferma les yeux.
« Parce que j’ai découvert qui avait tué papa. »
Je reculai.
« Tu sais qui l’a tué ? »
Elle acquiesça.
Puis elle prononça les mots qui allaient tout changer.
« Ce n’était pas Gabriel. »
Chapitre 8 — Le véritable assassin
Sofia nous expliqua qu’elle avait découvert la vérité quelques jours avant les funérailles de mon père.
Elle avait dix-neuf ans.
À cette époque, elle étudiait la finance et travaillait occasionnellement dans le service administratif de l’entreprise familiale.
Un soir, elle était entrée dans le bureau de mon père pour récupérer un dossier.
Elle avait trouvé un tiroir ouvert.
À l’intérieur se trouvaient des relevés bancaires, des copies de contrats et plusieurs courriels imprimés.
Les documents révélaient que Gabriel avait transféré de l’argent à travers une série de sociétés fictives.
Mais un détail avait attiré son attention.
Certaines opérations avaient été approuvées depuis le bureau personnel de notre père, à des heures où il se trouvait à l’étranger.
Sofia avait d’abord pensé à une erreur informatique.
Puis elle avait découvert que les signatures avaient été reproduites.
Elle avait immédiatement appelé notre père.
Mais il ne répondait pas.
Elle avait alors contacté Catherine, qui était devenue sa confidente depuis plusieurs années.
Catherine lui avait conseillé de ne rien dire à Gabriel.
Le lendemain, notre père était mort.
Et deux semaines plus tard, notre mère avait disparu.
Sofia avait compris que la situation était bien plus grave qu’une simple fraude financière.
Elle avait commencé à enquêter discrètement.
Puis elle avait découvert un enregistrement audio.
Un enregistrement dans lequel Gabriel parlait avec Richard Whitmore.
Mais ce n’était pas le passage qui l’avait terrorisée.
C’était la voix d’une troisième personne.
Une voix familière.
Une voix que Sofia connaissait depuis son enfance.
Celle de Catherine Vale.
« Tu étais avec eux ? » demandai-je.
Catherine baissa la tête.
« Oui. »
Je fis un pas vers elle.
« Tu as trahi notre famille ? »
« Oui. »
« Tu as participé à la mort de mon père ? »
Elle se mit à pleurer.
« Je n’ai jamais voulu qu’il meure. »
Sofia intervint.
« Catherine a découvert les détournements financiers avant nous. Elle avait accès à certains comptes. Gabriel l’a convaincue de participer aux transferts en lui promettant qu’il protégerait les intérêts de la famille. »
« Et Richard ? »
« Richard était chargé de blanchir les fonds à travers ses sociétés d’investissement. »
Je regardai Catherine.
« Pourquoi avoir continué après la mort de mon père ? »
Elle essuya ses larmes.
« Parce que Gabriel m’a menacée. Il possédait des documents qui prouvaient que j’avais signé les premiers transferts. Si je le dénonçais, je risquais la prison. Et il m’a fait croire que Sofia serait arrêtée avec moi. »
« Alors tu as choisi de protéger ta propre réputation. »
Elle ne répondit pas.
Je continuai :
« Et ma sœur ? »
Sofia prit la parole.
« Catherine m’a aidée à disparaître après que Gabriel a découvert que j’avais trouvé l’enregistrement. Elle m’a fait passer pour morte afin de me protéger. Mais elle a aussi utilisé mon identité pour maintenir certains droits dans la fiducie. »